INRS : Pas touche à ma prévention !

Publié le 27/02/2018

Depuis des mois, la section syndicale CFDT de l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des maladies professionnelles et des accidents du travail se bat bec et ongles afin de sanctuariser son budget, menacé d’une coupe de 20 %, avec à la clé une réduction des effectifs de 10 %. Une action qui est à l’image de la section : pleine d’énergie, créative et soucieuse du collectif.

Qui a dit qu’un chercheur est une personne discrète, qui ne sort jamais de son laboratoire ? Certainement quelqu’un qui ne connaît pas l’équipe CFDT de l’INRS, cet institut de recherche basé à Nancy et dédié à l’amélioration des conditions de travail et à la prévention des accidents de travail et des maladies professionnelles. Ses militants ont plutôt choisi de faire du « raffut » afin d’attirer l’attention sur les risques d’amputation de leur budget de fonctionnement, envisagé dans la prochaine convention d’objectifs et de gestion (COG) correspondant à la période 2018-2022, avec la menace de perdre 20 % sur le fonctionnement et 10 % sur les effectifs. Une baisse de moyens qui serait fatale à cet établissement unique en son genre, qui emploie 240 chercheurs sur un total de 578 salariés (formateurs, experts, etc.). Et dont les études et recherches permettent d’améliorer le quotidien des 21 millions de salariés en France. « Déjà, en 2013, il y avait eu des restrictions. Mais elles étaient absorbables, explique Christian Darne, délégué syndical central. Mais là, c’est faire peser un vrai risque sur nos travaux de recherche, qui constituent 42 % de notre activité ! » C’est donc le « R » de recherche que l’équipe, passée experte en matière de communication, a utilisé comme symbole et même mascotte, tout au long des semaines d’intense mobilisation qui viennent de se dérouler.

     

Une visibilité bien orchestrée
L’équipe a organisé un véritable battage médiatique autour de son action visant à préserver cet outil unique en Europe qu’est l’INRS. Et pas n’importe comment ! « Il faut un récit, une dramaturgie, des symboles », souligne François Brand, secrétaire du comité central d’entreprise, un des piliers de l’organisation de la course à pied qui a eu lieu entre Nancy et Paris. En communicants émérites, les membres de l’équipe ont alimenté chaque jour leur fil Twitter (@LongMarcheINRS). « Pendant la course, les salariés nous ont suivis quasiment heure par heure. »

Des relais et des soutiens
L’équipe a bien entendu mobilisé en interne les salariés, mais elle est aussi allée chercher des soutiens à l’extérieur : elle a sensibilisé plusieurs députés et sénateurs de la région, venus visiter les laboratoires de l’INRS. Elle a aussi invité Laurent Berger, venu le 7 février. « On a sorti l’INRS de l’anonymat », résume le délégué syndical central Christian Darne.

Un fonctionnement collectif
Une équipe bien organisée et structurée qui privilégie le fonctionnement participatif. Pour impliquer les adhérents, et notamment les inciter à la lecture et à la compréhension des accords, elle rédige systématiquement des argumentaires (« pour » et « contre ») afin que qu’ils se décident en connaissance de cause.

     

La mobilisation CFDT, une course de fond !

Au départ, rien n’était gagné. Pas même en interne. Quand les premières informations sur le projet de restrictions budgétaires arrivent, en juin 2017, l’équipe CFDT s’inquiète. Elle est la seule. « Les salariés n’ont pas suivi, au début. Face à nous, l’organisation syndicale concurrente disait : “Vous faites de l’agitation pour rien, seulement en vue des prochaines élections” » (elles se tiendront en octobre 2018), se souvient Thierry Weibel, élu au comité d’entreprise. Mais, déterminée, l’équipe met toute son énergie dans une mobilisation qu’elle souhaite la plus visible possible. « Pour exister. Nous sommes un tout petit établissement. Il fallait faire parler de nous », justifie Christian Darne. Un comble et un paradoxe concernant cet institut dont les domaines d’études ont des implications majeures sur le quotidien des travailleurs : recherches sur les impacts des produits toxiques, des polluants, développements de procédés de protection, etc. Ainsi, l’étude qui a démontré les effets toxiques pour la santé du bisphénol contenu dans les tickets de caisse a été menée dans leurs laboratoires.

Alors, en vue de donner l’écho le plus large possible à leur action, l’équipe décide d’organiser une grande course à pied, entre Nancy et Paris (375 kilomètres, en plein mois de décembre, qui plus est !) pour aller porter les revendications CFDT au ministère du Travail. Une douzaine de salariés se sont relayés pendant quatre jours, appuyés par une équipe logistique au top, qui profite des diverses étapes afin de sensibiliser les habitants rencontrés à leur situation. À leur arrivée, les coureurs (et tout le staff d’encadrement) ont d’ailleurs été accueillis par une délégation de la Confédération, venue les accompagner dans le cadre de l’entrevue avec le cabinet de la ministre. En parallèle, l’équipe bat le rappel auprès de la population nancéenne, des élus locaux (dont plusieurs députés et sénateurs qui viendront les soutenir), des médias… « Nous avons sorti l’INRS de l’anonymat », résume Christian Darne. Grâce à une information régulière sur leur fil Twitter, « les salariés nous ont suivis quasiment heure par heure pendant la course », note François Brand, secrétaire du comité central d’entreprise. « Quand on a eu notre demi-page dans le journal local, on a marqué des points : les salariés ont vu qu’on n’était pas des guignols ! » Tout le temps qu’a duré la mobilisation, l’équipe a gagné en crédibilité… et fait au passage quelques adhésions ! La pétition lancée à la fin décembre 2017, avec laquelle les membres de la section sont allés voir les salariés un par un, a été signée par 97,6 % du personnel ! « Maintenant, plus personne ne peut dire : “Mais qui est la CFDT ?” », se réjouit le délégué syndical central Christian Darne.

L’organisation de cette course est à l’image du fonctionnement de la section : bien structurée, avec « une bonne répartition des rôles », une énorme énergie (communicative !), une attention « à éviter la réunionite, ce qui permet de garder du temps pour l’action »… La section est aussi très attachée à son fonctionnement participatif. « Chez nous, il n’y a pas de culture de cumul de mandats, mais on fait ensemble. Et tout est validé par les adhérents. » Tout est d’ailleurs conçu en vue de les impliquer au maximum, notamment dans la lecture et la connaissance des accords, avant qu’ils ne se prononcent sur leur contenu. Pour chaque négociation, l’équipe crée un support de communication (sous forme d’argumentaire « pour » et « contre ») qui permet de voter en connaissance de cause. Le fonctionnement du comité d’entreprise et ses partis pris (à savoir proposer des activités collectives pour tisser des liens entre salariés) relèvent de la même philosophie. Créative en matière de communication, l’équipe l’est aussi en innovation sociale. Et pousse régulièrement la direction à expérimenter : comme elle l’a fait lors des dernières négociations annuelles obligatoires, en obtenant un dispositif de sécurisation des parcours professionnels inclus dans l’accord. Ce dispositif statistique permet de repérer (par un système qui s’apparente aux nuages de points) les salariés qui auraient pu se voir écartés ou privés d’évolution dans leur carrière. Et 0,2 % de la masse salariale a été affectée à leur repositionnement salarial.

Une équipe CFDT qui réussit à impliquer sa direction

Bref, l’équipe n’est jamais à court d’idée ou de projet quand il s’agit d’alimenter la vie sociale de l’entreprise. Prochain rendez-vous à venir : une conférence portant sur les violences sexistes et sexuelles au travail, dans le courant du mois de mars. « Sur un tel sujet, si on se contentait de faire un tract, ce serait un coup d’épée dans l’eau. On ne voulait pas non plus que ce soit simplement un message syndical. Il fallait que la direction s’implique », résume François Brand. Aussi, la section a-t-elle poussé la direction à monter un groupe de travail, avec la participation des ressources humaines, pour organiser un événement. Alors, comment, dans ces conditions, peut-on encore penser qu’un chercheur est une personne discrète qui ne sort jamais de son labo ?

epirtat@cfdt.fr

     

Repères

• Créé en 1947, l’Institut national de recherche et de sécurité est un établissement de droit privé dédié à la prévention. Il fait partie de la branche AT-MP de la Sécurité sociale.

• L’activité de l’INRS consiste pour 42 % en études et recherches (240 chercheurs répartis en 21 laboratoires traitent tous les types de risque) et 25 % d’assistance auprès des services de santé au travail ou d’entreprises privées, via les CHSCT, les Carsat… L’INRS a aussi une activité en matière d’information et de communication relatives aux risques et à la prévention.