Ségur de la santé : La CFDT signe un accord historique pour les personnels soignants et accompagnants

Publié le 10/07/2020
  • Plus d’1 million d’agents et contractuels obtiennent 183 euros nets par mois.
  • 15 000 personnes vont être recrutées.
  • Les personnels des établissements sociaux et médico-sociaux ne doivent pas être oubliés.

« Pour la CFDT Santé-Sociaux, c’est oui, réagit Eve Rescanières, la secrétaire générale de la fédération Santé-Sociaux, alors qu’un projet d’accord sur la santé, visant à « rendre attractive la fonction publique hospitalière : en revalorisant les carrières et les rémunérations et sécurisant les environnements de travail », contenant 20 mesures a été soumis aux partenaires sociaux par le gouvernement. « Avec cet accord une grande marche a été franchie. Nous regrettons néanmoins qu’il ait fallu une pandémie mondiale pour que l’engagement des personnels soient reconnus. »

« Nous pouvons être fiers de ce qui a été obtenu. Quand on est syndicaliste, quand on s’est battu, on s’engage là-dessus », poursuit Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT. Alors que l’hôpital et ses personnels sont maltraités depuis des années et confrontés à des politiques d’austérité et de baisse des effectifs, le verdict du Ségur de la Santé était particulièrement attendu, et ce depuis les annonces d’Emmanuel Macron, à Mulhouse le 25 mars dernier. Le Président avait alors annoncé un plan d’investissement massif et la revalorisation des carrières à l’hôpital.

Du jamais vu dans la fonction publique hospitalière

Nous ne voulons pas être des oubliés 

« À travail égal, salaire égal » et « une même reconnaissance pour le travail accompli ». C’est ce que demandent les jeunes étudiants en 3ème année de soins infirmiers, qui se sont portés volontaires pendant la crise sanitaire pour venir en renfort dans des unités Covid, principalement en Ile-de-France. « Tout au long de la crise, nous avons effectué le même travail que les aides-soignants, dont nous avons une équivalence de diplôme dès la première année de notre cursus. Mais au lieu d’être rémunérés comme tels, nous n’avons perçu qu’une indemnité de stage », explique Manon Poussier, cofondatrice du collectif « Les oubliés ». Même si l’indemnité (1,47 euro de l’heure, soit 50 euros par semaine !) a finalement été majorée – les étudiants ont perçu 1500 euros au lieu des 250 pour les 5 semaines de travail –, « cette indemnité ne correspond pas à notre rôle ni à notre niveau d’engagement dans les services », précise la jeune femme.

Clairement, leur présence dans les équipes s’est révélée primordiale, souvent pour venir en renfort d’effectifs trop restreints. « Un jour, au moment où j’allais partir, après mes sept heures de travail, la cadre m’a demandé de rester pour remplacer une aide-soignante qui n’avait pas pu venir. Ce jour-là, j’ai fait une journée de douze heures ». Sentiment d’injustice, de « non reconnaissance » mais aussi « sentiment d’être considéré comme de la main-d’œuvre bon marché » ont conduit ces « oubliés » à rédiger une pétition – qui a reçu près de 24 200 signatures et encouragements –, créer un compte Instagram et une chaîne YouTube sur laquelle on peut retrouver une vingtaine de témoignages (*). « Ce n’est pas le moment de décourager toute une génération de travailleurs aux conditions de travail déjà difficiles », rappelle l’un des signataires de la pétition, pour marquer son soutien aux jeunes « oubliés ».   E.P

« Après des années de disette, nous avons obtenu une enveloppe sans précédent de 7,5 milliards d’euros, répartie entre les agents titulaires et contractuels des établissements de santé et EHPAD de la fonction publique hospitalière, de l’associatif et du lucratif ! », se félicite Eve Rescanières. Ils percevront ainsi, dès le 1er septembre 90 euros nets par mois, puis 93 euros nets supplémentaires par mois, dès mars 2021, soit au total 183 euros nets par mois (2196 euros nets par an).

Les personnels hospitaliers privés recevront eux 160 euros par mois, sous réserve d’un accord de branche. Par ailleurs, les grilles des salaires de nombreux métiers (infirmiers, personnels de rééducation et médico technique, directeurs de soins…) seront revalorisées d’ici au 1er janvier 2022. Un groupe de travail sera mis en place dès le mois de septembre pour mettre en œuvre cette revalorisation. « Nous serons pleinement impliqués », insiste la secrétaire générale de la fédération Santé-Sociaux. « Nous obtenons également la catégorie B pour les aides-soignants et les auxiliaires de puériculture. Une reconnaissance pour celles et ceux qui sont les chevilles ouvrières de l’hôpital. » Mais surtout une réponse à une revendication portée par la CFDT Santé-Sociaux depuis dix ans. « Notre signature permet aussi à tous les agents de catégorie C, notamment les agents de service hospitaliers rémunérés jusqu’à présent au Smic, d’être revalorisés à hauteur de 110% du Smic ! » Une augmentation de 15% de leur salaire.

Autre satisfaction pour la CFDT, l’annonce de l’embauche de plus de 15 000 agents. 8 000 emplois seront créés et les 7 300 postes actuellement vacants devront être pourvus.

Renforcement de la négociation au niveau local

Le projet d’accord prévoit également de renforcer la négociation dans les établissements : formation professionnelle, conditions et organisations du temps de travail, télétravail, sécurité et santé au travail… pourront être discutés localement. « Les accords majoritaires opposables et le droit syndical local sont des leviers pour faire évoluer les organisations et assurer la qualité des soins et des conditions de travail, au plus près des réalités », rappelait la CFDT Santé-Sociaux dans son Plan B pour l’hôpital.

Enfin, un comité de suivi de l’accord réunissant les signataires se réunira une fois par trimestre au minimum pour veiller au respect de celui. Si les avancées sont nombreuses, la fédération regrette toutefois que les établissements sociaux et médico-sociaux soient exclus du champ d’application de l’accord. « Nous sommes déterminés à obtenir des mesures pour tous les personnels, prévient Eve Rescanières. Pour la CFDT Santé-Sociaux, la reconstruction du secteur sanitaire, social et médicosocial de demain ne fait que commencer. »

glefevre@cfdt.fr