Faire entendre la voix de la CFDT sur l’Île-d’Yeu

Publié le 22/08/2018

Pour répondre aux préoccupations des agents et faire face à des élus politiques peu conscients des réalités professionnelles, la section CFDT Interco de L’île-d’Yeu mise sur l’écoute et la proximité.

Trente-cinq minutes. C’est le temps nécessaire pour rejoindre L’Île-d’Yeu en bateau. Si l’océan Atlantique forme une frontière naturelle entre le continent et l’île, il semble en constituer une autre en matière de conditions de travail et de dialogue social. C’est ce qui a poussé Laure Barault, agent territorial spécialisé des écoles maternelles (Atsem), à rejoindre la CFDT en 2011. « Je me suis rendu compte qu’il y avait des soucis dans certains services, ma voix et celle de mes collègues n’étaient pas entendues. C’est là que j’ai rencontré Yannick Leroux, qui était alors le secrétaire de la section. Il m’a expliqué le rôle d’un syndicat et les valeurs de la CFDT, je m’y suis retrouvée. » La CFDT est alors la seule organisation présente au sein de la mairie, mais la section s’essouffle et tente de se maintenir à flot.

Dialogue social en déshérence

     

Inciter les agents à adhérer
Si la section compte aujourd’hui un quart des agents de la collectivité, elle regrette de ne pas être présente partout. « Nous allons continuer à aller dans chacun des services, à la rencontre de chaque agent. » La section compte sur ses actions de proximité et d’échange en HMI pour son développement et faire adhérer les agents. « Ce qui se passe au sein des Ehpad nous montre que nous sommes sur la bonne voie ! »

Développer le travail avec l’interpro
Forte de son succès et du dynamisme de ses élus, la CFDT est connue et reconnue sur l’île. « Les salariés du privé viennent nous voir, nous demande des informations, de les orienter. Certains sont d’ailleurs adhérents à la CFDT mais ne savent forcément vers qui se tourner. » La section tente de répondre au mieux aux interrogations de chacun. « On va voir comment aller plus loin, en lien avec le syndicat, notamment. »

Cap sur les élections du 6 décembre
« La liste est déjà complète, elle est d’ailleurs excédentaire ! » La section n’a eu aucun mal à boucler sa liste. « Nous nous présentons devant les agents confiants. Le mandat qui se termine montre que l’action de la CFDT paye. » Garantie du maintien des primes, participation de l’employeur à la complémentaire santé, obtention des tickets-déjeuner : le pouvoir d’achat des salariés sera au cœur des revendications de la section.

     

Yannick lui propose rapidement de relever un défi : prendre sa suite. Laure accepte. « Un mois plus tard, je devenais secrétaire de section. Je ne savais pas par où commencer mais je savais pouvoir compter sur le soutien de l’équipe et du Syndicat Interco de la Vendée. » Après avoir bénéficié de plusieurs formations syndicales, elle prend ses marques et saute le pas.
Mais la tâche n’a rien d’aisé. Malgré de bons scores aux élections professionnelles (la CFDT obtient 54 % en 2014), les obstacles sur le terrain sont nombreux. À la mairie, le dialogue social est en panne… quand il ne déraille pas complètement. « Nous ne recevions pas les documents nécessaires à la préparation des comités techniques [CT] et des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail [CHSCT], quand ceux-ci n’étaient pas simplement annulés. On ne pouvait pas exercer sereinement nos mandats syndicaux. Plusieurs courriers ont été envoyés au maire, aux élus ainsi qu’au préfet pour dénoncer les méthodes employées et la non-considération des représentants du personnel. Lors d’une situation de crise, un courrier adressé au maire avait été cosigné par plus de la moitié des agents ! », se souvient Laure, élue titulaire au CT et au CHSCT. L’équipe CFDT doit aussi surmonter une problématique insulaire. Et Yann Gabillaud, conseiller du salarié, le sait bien : « Il n’est pas coutumier dans l’île de manifester ; il y a une certaine peur, peur de perdre son travail, de ne plus être considéré, parce qu’ici tout le monde se connaît, certains préfèrent subir et ne rien dire. »

Pourtant, les militants de la section ne reculent pas. Forts d’un optimisme à toute épreuve, ils accentuent les rencontres avec chacun des agents après les élections. « Ces tournées sont pour nous l’occasion de présenter aux collègues les fiches d’observations mises en place dans le cadre du document unique. Si un collègue constate un problème, il peut en faire part. C’est à nous qu’il revient, ensuite, d’aborder les problèmes en CT ou CHSCT », explique Jean Jacquemont, secrétaire du CHSCT. Les agents hésitent d’abord à remplir ces fiches, mais confrontés à des conditions de travail qui se dégradent, ils comprennent rapidement leur intérêt. Comme cet agent technique qui devait transporter de lourdes poubelles en fin de journée sur un trajet à fort dénivelé. « On a pu défendre son cas, des solutions ont été trouvées », poursuit Julien Merceron, élu au CT.Jean et Julien évoquent également « l’affaire des lacets », emblématique de la défiance grandissante entre les agents et les élus politiques. « Il était reproché aux agents techniques des changements trop fréquents de lacets de chaussure. Là où les agents invoquaient légitimement une usure de la tenue de travail, la municipalité suspectait des abus et ne voulait plus acheter de lacets. Il a fallu batailler pour obtenir qu’ils en acceptent la prise en charge. Cela reflète bien la difficulté de se faire entendre ! » À force d’échanges, les militants gagnent rapidement la confiance des agents. C’est une belle victoire pour la section. « Une reconnaissance qui nous encourage à poursuivre », enchaîne Laure.

Des dysfonctionnements auxquels s’attelle la section

Parce que la parole des agents s’est libérée, la section a identifié plusieurs dysfonctionnements, dont il va falloir s’occuper sur le plan syndical. Notamment le manque d’anticipation dans la gestion des emplois et des compétences. Un peu partout sur l’île, des temps partiels sont imposés aux agents (à chaque fois aux femmes), le recours aux contractuels se multiplie, les collègues en arrêt ne sont pas remplacés, les congés sont annulés arbitrairement. « En discutant avec les collègues de la crèche, on a appris qu’elles n’avaient ni de temps de pause ni le temps de déjeuner pendant des journées de huit heures consécutives. Le droit du travail n’était pas respecté ! » Laure s’attarde sur la situation de l’Ehpad, « où les aides-soignantes dénoncent leur mal-être. La pression sur les agents, et tout particulièrement sur les contractuelles, confine au harcèlement. Quand elles ne répondent pas au téléphone pour pallier les absences, on vient frapper à la porte de leur domicile ». Alors, quand la grève nationale visant à dénoncer les conditions de travail des agents et les conditions de vie des résidents des Ehpad est annoncée, c’est l’effervescence. Le 30 janvier 2018, ce sont près de 300 personnes qui défilent dans L’Île-d’Yeu, sous les seules couleurs de la CFDT. Une fierté pour la section. De mémoire d’Islais, une telle mobilisation n’avait pas eu lieu depuis des décennies. « Le maire l’a bien compris, on peut se mobiliser ! », résument Delphine Taraud et Sophie Lopéra, élues du personnel.

L’accueil d’adhérentes grâce à la qualité de l’écoute

Après la mobilisation des Ehpad, la section a accueilli deux nouvelles adhérentes, au départ un peu perdues. « On ne connaissait pas nos droits. On savait qu’on se faisait avoir, mais on ne pouvait pas dire non parce que ça aurait pénalisé nos collègues ou les patients. C’est ce qui nous a poussées à venir trouver la CFDT », résume l’une d’elles. Comme elles, de nombreux agents viennent régulièrement s’informer sur leurs droits, le rôle des syndicats ou le fonctionnement des instances dans le cadre des heures mensuelles d’informations (HMI), régulièrement délivrées par la section.

Afin de se faire entendre du plus grand nombre, la CFDT n’hésite pas à communiquer aussi sur ses résultats. Les tracts rappellent ainsi régulièrement le recours des agents aux fiches d’observations, la mise en place du document unique et des registres d’hygiène et de sécurité, l’accompagnement individuel dédié aux agents en difficulté, la garantie du maintien des primes ou encore le respect difficilement arraché du fonctionnement des instances… « En quatre ans, le boulot que nous avons abattu est énorme. On est reconnu par le maire et par les agents. Des salariés du privé viennent nous voir pour qu’on les aide. On essaye de leur apporter une réponse. On aimerait bien développer l’interpro sur L’Île-d’Yeu », témoigne Laure.

Tous les nouveaux défis qui attendent la section

La section ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Bien sûr, les conditions de travail continueront à mobiliser le bouillonnant collectif CFDT de l’île. « Il y a encore beaucoup de choses à faire. Cela passe par des titularisations, une gestion optimisée des ressources humaines et l’anticipation des mouvements. Nous aurons bientôt une médiathèque, et on ne sait même pas quels vont être les besoins en termes d’effectifs !, se désole Laure, qui y voit pourtant une formidable opportunité de reconversion ou d’évolution professionnelle pour les agents. » Dans le même temps, la section s’est fixé d’autres objectifs, autour de l’amélioration du pouvoir d’achat des agents. Pour cela, elle compte demander une participation de l’employeur à la complémentaire santé et la mise en place des tickets-déjeuner. « Ici, le coût de la vie est deux à trois fois plus élevé que sur le continent », poursuit la secrétaire de section, rappelant que « ce sont évidemment les salariés les plus précaires, dans bien des cas les femmes à temps partiel subi, qui pâtissent de cette situation ». La section CFDT a également les yeux tournés vers les élections du 6 décembre dans la fonction publique. « Les listes sont déjà complètes. On va bientôt devoir refuser du monde ! Nous sommes ultramotivés, de plus en plus nombreux, et on va continuer à défendre l’intérêt général », poursuivent les militants. « On est la section CFDT la plus à l’ouest en France, mais très loin d’être à l’ouest sur nos revendications ! », conclut malicieusement Yann.

glefevre@cfdt.fr

     


Repères

• La mairie et le centre communal d’action sociale (CCAS) de L’Île-d’Yeu comptent 214 agents, répartis dans les différents services de la ville. L’île vendéenne compte environ 4 600 habitants.

• Près d’un quart des agents de la collectivité sont adhérents à la section CFDT (les femmes représentent quelque 75 % d’entre eux). La CFDT, seule organisation syndicale présente à L’Île-d’Yeu, a remporté 54 % des voix aux dernières élections, en 2014.