En Lorraine, le Sgen-CFDT joue et gagne

Publié le 25/09/2018

Mettre leurs talents personnels au service du syndicalisme pour sortir des pratiques habituelles, c’est le pari réussi des militants du Sgen-CFDT-Lorraine. Objectifs : faire connaître la CFDT et attirer de nouveaux adhérents.

Septembre, c’est aussi la rentrée des professeurs stagiaires : un public jeune, débutant dans la vie professionnelle et généralement peu en prise avec le syndicalisme. À l’école supérieure du professorat et de l’éducation (Espé) de Montigny-lès-Metz, 160 nouveaux enseignants arrivent chaque année en formation. Le conseil syndical du Sgen-CFDT-Lorraine cible particulièrement ce type d’établissement pour se développer. « C’est le meilleur moyen de fidéliser les enseignants, qui restent généralement dans le premier syndicat où ils ont adhéré », explique Hélène Weisse, élue à la commission administrative paritaire départementale de Moselle. Mais hormis les journées intersyndicales, au cours desquelles toutes les organisations sont invitées à venir dans l’école, il n’est pas toujours facile de se faire connaître à l’Espé de Montigny-lès-Metz, l’un des quatre établissements lorrains. La présence du SNUipp-FSU (Syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et PEGC [professeurs d’enseignement général de collège]) y est forte, et les occasions de s’entretenir avec les professeurs stagiaires se révèlent plutôt rares. Le Sgen-Lorraine a décidé de s’y rendre deux fois par semaine, les lundis et les jeudis, à l’heure du déjeuner, avant la reprise des cours de l’après-midi.

Des débuts un peu compliqués

     

Sortir des pratiques habituelles
Le tractage ne fonctionnant pas auprès d’un public jeune et éloigné du syndicalisme, le Sgen-CFDT-Lorraine a décidé de changer de méthode. Il a tâtonné puis innové, inventé et trouvé la clé en inversant les rôles pour intéresser les futurs enseignants aux revendications CFDT avec un jeu de questions-réponses inspiré du célèbre Jeu des mille euros. Banco et superbanco !

S’adapter à son auditoire
« Nous sommes des professeurs de l’Éducation nationale, quoi de plus naturel que d’utiliser nos propres ressources pédagogiques en nous montrant en tant qu’enseignants sachant parler en public et faire réagir un auditoire ? », constate Frédéric Escallier, militant du Sgen-CFDT et animateur du Jeu d’Émile.

Montrer un autre visage du syndicalisme
L’équipe voulait incarner un syndicalisme généraliste et non catégoriel. Les militants ont volontairement élargi les questions aux sujets d’actualité et aux revendications de la CFDT. En s’inscrivant dans un ensemble plus vaste, qui relie choix professionnels et choix sociétaux, ils ont voulu faire évoluer la perception négative que certains futurs professeurs avaient du syndicalisme.

     

« Pour être visibles, nous déjeunions à la cantine avec les stagiaires. Puis on sortait nos prospectus et nous attendions, dans le couloir, comme les autres organisations syndicales présentes, que des enseignants stagiaires viennent nous voir avec leurs questions, explique Frédéric Escallier, membre de l’équipe Sgen du jeudi. Les semaines passaient, et peu de monde venait nous voir, tandis que FO discutait, que la CGT prenait des adresses et que le SNUipp-FSU s’invitait dans les conversations. » Déconcertés, les militants s’interrogent quant au bien-fondé de la méthode. « Comment intéresser les stagiaires, leur donner l’image d’un syndicat utile, dynamique et porteur d’une vision sociétale et pas seulement pourvoyeur de conseils sur la carrière ou la rémunération ? », s’est demandé Lysiane Girousse, également dans l’équipe des jeudis. Les militants ont alors l’idée d’inverser la démarche et de poser eux-mêmes des questions. Pour cela, ils mettent au point un jeu de questions-réponses en s’inspirant du célèbre Jeu des mille euros de France Inter. « Ludique, pédagogique et non intrusif », résume Frédéric. L’équipe CFDT le rebaptise le Jeu d’Émile et opte pour un rendez-vous hebdomadaire (le jeudi à 13 h 15) dans la cafétéria attenante à la cantine. « C’est un piano oublié dans un coin qui m’a donné l’idée, continue Frédéric. Il était là, comme dans certaines gares SNCF, j’ai pensé qu’il pourrait nous servir. Seulement, aucun de nous trois ne sait en jouer… alors je me suis souvenu des trois petites notes du célèbre jeu radiophonique. Il nous suffisait d’endosser les rôles de questionneur et questionné et d’essayer d’attirer l’attention sur nous. Prendre la parole en public, c’est notre cœur de métier ! »
L’idée prend forme. Frédéric endosse le rôle d’animateur, Lysiane celui de la candidate et Hélène s’assoit avec le « public » pour relancer le jeu.

Le bon sketch qui fait le buzz

Pour faire connaître la CFDT, l’animateur présente le jeu avec trois petites notes de piano. Il va ensuite poser ses questions à la candidate, trois types de questions renouvelées chaque semaine. La question « orange » est systématiquement attribuée à un certain Laurent Berger ou à Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale du Sgen-CFDT. « C’est une façon de répéter chaque semaine un nom et de le faire connaître des professeurs stagiaires », explique Frédéric. Ce jour-là, la question est du secrétaire général : « Une question de Laurent Berger, de Guérande : pour quelles raisons le Sgen-CFDT et la CFDT se sont-ils mobilisés le 22 mai 2018 ? » Lysiane répond du tac au tac. Puis c’est la question banco, attribuée à un militant. « À quelle date les résultats du premier mouvement des professeurs des écoles en Moselle seront-ils donnés ? » La troisième question, « superbanco », émane d’un adhérent. « Quelle est la position du Sgen-CFDT-Lorraine sur l’organisation des stages de réussite pour les élèves de CM2 et de troisième durant les vacances scolaires ? » Mais, curieusement, Lysiane se trompe toujours au « superbanco », et le public est alors sollicité… Si rien ne se passe, Hélène, assise dans le public, prend le relais pour répondre, échanger avec d’autres personnes présentes et susciter le débat… « À partir de ce sketch, tout a changé, non seulement le jeu a plu, mais nous étions attendus à 13 h 15 au bout de quelques semaines… », rapportent les militants, amusés.

Le jeu ne dure jamais plus de trois minutes mais l’action syndicale, elle, se poursuit bien au-delà de la pause déjeuner. Certaines questions exigeant des recherches approfondies, les mails s’échangent et les militants répondent dans un deuxième temps. Les questions du jeu sont également reprises chaque semaine sur le compte Facebook du Sgen-CFDT-Lorraine et commentées sur les réseaux sociaux. Victime de son succès, le jeu a même été filmé et diffusé par des stagiaires. « La CFDT a commencé à être connue des uns et des autres. Résultat, à la réunion sur les mutations qui s’est tenue à la rentrée de janvier 2018 à l’Espé, les stagiaires venaient spontanément nous voir ! », se réjouit Hélène.

La CFDT bien mieux identifiée

« D’octobre 2017 à juin 2018, le Jeu d’Émile a généré 23 adhésions et réussi à faire de la CFDT une alternative au SNUipp. La boîte à questions située sur le panneau d’affichage syndical se remplit chaque semaine. Nous sommes non seulement identifiés mais, surtout, de plus en plus sollicités ! »

Cerise sur le gâteau : l’équipe, qui s’était inscrite au Challenge développement, lancé par la CFDT en mai 2017, dans la catégorie « Campagne de syndicalisation la plus originale », est arrivée première ! En septembre, le jeu reprend avec un nouveau public. L’enjeu : des adhésions, bien sûr, mais aussi les élections de décembre dans la fonction publique. Pour ce double challenge, l’équipe, qui a pris une belle assurance, commence l’année scolaire en confiance.

cnillus@cfdt.fr 

     

Repères

• La Lorraine compte environ 26 000 enseignants. De 600 à 700 stagiaires (enseignants des premier et second degrés) sont formés chaque année dans les quatre écoles supérieures du professorat et de l’éducation (Espé), qui dépendent de l’université de Lorraine.

• Le Sgen-CFDT-Lorraine compte 1 400 adhérents.

• Aux élections de 2014, le Sgen-CFDT, quatrième organisation, a obtenu 12,3 % des voix, derrière FSU (34,7 %), Unsa (22,4 %) et Fnec FP-FO (15,5 %) et devant CGT (3,8 %) et Sud (3 %).