En Champagne-Ardenne, les équipes CFDT se battent pour préserver l'emploi

Publié le 02/05/2013
Dans les Ardennes, les salariés d’Electrolux comme ceux de KME se mobilisent pour sauver des emplois dans une région frappée de plein fouet par la désindustrialisation.

Situé au cœur de l’Europe, le département des Ardennes a été un berceau de la métallurgie française grâce à sa vaste forêt, source d’une énergie bon marché, et à la Meuse, qui fournissait l’eau en abondance et permettait de transporter les marchandises. De ce boum industriel, on retient aujourd’hui le nom des familles Faure, Martin ou Wendel, qui ont créé à partir du xixe siècle des entreprises prospères spécialisées dans le travail du fer. Les usines Electrolux de Revin ou KME de Givet-Fromelennes sont les fruits de cette histoire. Elles ont été construites au milieu du xixe siècle, se sont développées au cours du xxe et ont été rattrapées par la crise de l’industrie en Europe en entrant dans le xxie siècle.

Le soutien des salariés

Chez Electrolux comme chez KME, les salariés font majoritairement confiance aux militants CFDT, qui redoublent d’efforts pour pérenniser l’activité de ces deux bastions industriels menacés. « Nous nous battons pour l’emploi et l’avenir des usines, insistent les deux sections. Il n’est pas question d’accepter une fermeture contre un chèque. Ce n’est pas une position toujours facile à tenir, mais les salariés nous soutiennent car ils sont très attachés à la région et savent que toute fermeture d’usine est une catastrophe sociale. »

Chez Electrolux, les salariés viennent d’obtenir une première victoire après des mois de doutes*. Alors que le groupe suédois avait annoncé l’arrêt de toute activité en 2014, il vient de rétropédaler face à la mobilisation du personnel (grève totale de quatorze jours) et la pression des pouvoirs publics. Après des négociations serrées menées à Bercy, Electolux s’est engagé à conserver l’usine jusqu’en 2016… et surtout à ne pas partir tant qu’un repreneur sérieux n’aura pas été trouvé. D’ici là, de nouveaux produits (chauffe-eau, hotte) devraient être attribués à l’usine, qui était jusqu’à présent spécialisée dans les machines à laver. « Nous ne sommes pas naïfs, affirme le charismatique délégué CFDT Lysian Fagis. Nous savons que cet engagement peut être remis en question, mais dans la période actuelle, obtenir qu’un groupe mondial revienne sur sa décision, ce n’est pas rien ! »

Chez KME, où l’on fabrique des tubes de cuivre, c’est la fonderie (60 salariés sur 300) qui est menacée. À force de contre-propositions CFDT et d’expertises économiques, la position de la direction semble avoir évolué. L’activité fonderie pourrait être maintenue, mais rien n’est acté. « Nous sommes encore en train de travailler à une nouvelle stratégie, souligne le délégué CFDT Rachid Belkebir. Les financiers à la tête du groupe n’ont aucune politique industrielle. Ils ne cherchent qu’un retour sur investissement à court terme. Nous avons parfois le sentiment d’être les seuls à penser l’activité de l’usine dans plusieurs années. »

La section CFDT (150 salariés sur 300) ne désarme pas pour autant. Ici, c’est le syndicalisme de propositions qui prime. « Nous frappons à toutes les portes pour sauver la fonderie car, à moyen terme, c’est tout le site qui sera en péril », explique Rachid.

L’anticipation des problèmes

Parallèlement, l’équipe CFDT anticipe les problèmes sociaux qui pourraient survenir en cas de fermeture définitive de la fonderie. La situation est alarmante : dans une région déjà sinistrée en matière d’emploi, comment reconvertir des personnes assez âgées (la moitié du personnel a plus de 50 ans) et peu formées (50 % des opérateurs n’ont aucun diplôme). Dès la crise de 2008, les élus ont actionné tous les dispositifs existants en matière de formation professionnelle. Les salariés ont ainsi pu valider leurs qualifications ou en acquérir de nouvelles. « Nous nous battrons jusqu’au bout pour éviter la fermeture, mais l’histoire nous a appris qu’il est toujours préférable d’anticiper les problèmes pour mieux les affronter », conclut Rachid.

jcitron@cfdt.fr

Electrolux et KME

Groupe suédois fondé en 1910, Electrolux emploie 52 900 salariés dans le monde, dont 1 100 en France. Il a racheté l’usine de Revin (berceau historique des marques françaises Arthur Martin et Faure) en 1976. L’usine de Revin (qui date de 1854) emploie 419 salariés ; ils étaient 2 600 dans les années 70…

Groupe italien fondé en 1886, KME, spécialisé dans la transformation du cuivre, emploie 6 250 salariés dans le monde, dont près de 1 000 en France. L’usine de Givet, qui date de 1892 (Compagnie française des métaux), emploie 290 salariés (plus de 1 000 dans les années 90).