En Bretagne, le sections de l’agroalimentaire à l’offensive pour sécuriser les parcours

Publié le 18/11/2014

En Bretagne, des équipes syndicales de différentes filières du secteur agroalimentaire suivent un accompagnement spécifique pour sécuriser les parcours des salariés.

« Par où commencer ? Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC), pénibilité, contrats de génération, salariés en situation de handicap, égalité femmes-hommes : après le plan de sauvegarde de l’emploi, il fallait négocier tous ces thèmes dans le cadre du nouveau périmètre de l’entreprise », témoigne Patricia Le Bars, qui a pris ses fonctions de déléguée syndicale centrale chez Doux en mars 2013, quelques mois après que le groupe a décidé de liquider sa branche « frais », ce qui a entraîné le licenciement de plus de mille personnes. Comment créer du droit effectif pour les salariés sans se retrouver noyé par de nombreuses négociations ? Comment résister à la pression des délais souvent trop courts imposés par les directions ? Comment permettre aux salariés d’anticiper leur avenir professionnel alors que la stratégie économique de l’entreprise est incertaine, voire opaque ? Toutes ces questions sont partagées par les sept sections qui se sont réunies pendant trois jours à la fin octobre à Plounéour-Ménez (Finistère), à l’invitation du Centre d’études et de formation des salariés de l’agroalimentaire (Cefa), le centre de formation de la FGA, et de l’Institut de formation en Région Bretagne (Ifreb), l’outil de formation de l’union régionale.

La formation, un levier pour sécuriser les parcours

Que leurs entreprises produisent de la viande (Jean Caby, Rohan Viande Élaboration, Doux), des conserves et des plats cuisinés (CGPA Peny), du saumon et de la truite fumés (Moulin de la Marche), des œufs (Ovoteam) ou des pâtisseries (Délifrance), toutes les équipes CFDT font le même constat : ce sont avant tout les cadres et les agents de maîtrise qui ont accès à la formation. Au mieux, les salariés travaillant sur les lignes sont formés à l’hygiène et la sécurité. Rares sont ceux qui bénéficient de certificats de qualification professionnelle permettant d’attester de leurs compétences. De plus, les CQP ne sont reconnus que dans les branches qui les ont créés, et ne favorisent donc pas la mobilité professionnelle. Or la formation est l’un des principaux leviers de sécurisation des parcours des salariés. « On voit des robots arriver sur les lignes mais les gens ne sont pas formés pour les conduire et les réparer, il n’y a pas d’anticipation de la part de la direction », déplore Marc Le Provost, élu au comité d’entreprise du Moulin de la Marche. « CPF [compte personnel de formation], CEP [conseil en évolution professionnelle], Cif [congé individuel de formation]… Qu’y a-t-il précisément derrière tous ces sigles ? Nous sommes venus acquérir des outils pour faire des propositions », poursuit Marc.

“Quand on tient le crayon, on reprend le pouvoir”

Cette première session organisée par le Cefa et l’Ifreb sur la sécurisation des parcours professionnels vise précisément à lever les freins auxquels les militants sont confrontés lorsqu’ils veulent s’engager dans une négociation sur la formation. « Peu de militants s’y retrouvent dans la complexité des dispositifs, et il faut reconnaître que la formation n’est pas une priorité revendicative », fait observer Véronique Le Faucheur, chef du projet « Développement de la sécurisation des parcours professionnels dans l’agroalimentaire en Bretagne ». Lancé il y a plus d’un an, ce projet d’accompagnement spécifique des équipes vise à placer la formation en tête des priorités syndicales, mais aussi à « écrire le contenu des accords plutôt que de les amender. Quand on tient le crayon, on reprend le pouvoir », insiste Véronique Le Faucheur.

Une réalité confirmée par Patricia Le Bars, qui exprime « la fierté ressentie par les élus CFDT après que la direction a suivi l’accord de méthode que nous proposions sur les négociations à engager ». La CFDT de Doux a même réussi à faire inscrire dans son projet d’accord GPEC les informations que devait fournir la base de données unique. À l’aide de ces informations, les militants vont pouvoir faire apparaître la stratégie de l’entreprise et préparer ainsi les autres thèmes de négociation.

Comme les autres équipes syndicales réunies à Plounéour-Ménez, les élus de CGPA Peny ont bien l’intention de retourner dans leur entreprise en étant à l’offensive : « Nous ne voulons plus que la direction impose le plan de formation ! Nous voulons le réorienter en faveur des catégories professionnelles délaissées », affirme Josiane Guégan, déléguée syndicale.

Une dynamique à l’œuvre

« C’est notre responsabilité d’impulser le dialogue social pour faire en sorte que les salariés ne restent pas vingt-cinq ans à un poste avec la même qualification », assure Nadine Le Boedec, qui est, avec Jean-Luc Guillart, l’un des deux militants-ressources mis à disposition par l’Uri pour accompagner les sections. Ce travail sur le terrain a permis de reconstruire des revendications et a créé une dynamique entre équipes, les avancées des uns inspirant les autres. Un accord obtenu par les élus de Délifrance a ainsi servi de trame aux militants du Moulin de la Marche. La plupart des sections ont aussi mené des enquêtes Flash afin de connaître les besoins des salariés en matière de formation. « Cela permet aux militants d’aller vers les salariés, à qui ils restituent les résultats de l’enquête. C’est un enjeu de développement. Et puis cela favorise une prise de conscience quant à l’importance de la formation. C’est plutôt autour des NAO [négociations annuelles obligatoires] que naissent les mouvements sociaux, mais pourquoi n’y aurait-il pas des mobilisations pour réclamer des formations ? », souligne Jean-Luc Guillart.

À l’issue de ces trois jours, chaque équipe est repartie avec des axes de revendication prioritaires et un plan d’action. Les 21 et 22 mai 2015, les sections se retrouveront en vue de faire le point sur leurs avancées et affiner leur stratégie. Rendez-vous est pris !

nfigarol@cfdt.fr

    


• Les filières de l’agroalimentaire, qui représentent 38 % de l’emploi industriel en Bretagne, ne cessent de perdre en compétitivité. Le secteur est confronté depuis 2006 à l’envolée des prix du lait, des céréales, des oléagineux et du sucre.

• Les dispositifs de soutien émanant de la Pac (politique agricole commune) disparaissent progressivement.

• Restructurations, fermeture de sites, fusions, reprises… : les entreprises modifient leur périmètre dans l’urgence, avec de lourdes conséquences sociales.