Veolia–Suez : Une précipitation condamnable

Publié le 09/10/2020

La volonté de Veolia de racheter son concurrent Suez à marche forcée risque d’avoir des conséquences très importantes sur l’emploi en France. Un tel mécano industriel nécessite du temps et l’accord de toutes les parties pour réellement être bénéfique aux entreprises et à leurs salariés.

La « bataille de l’eau » qui est en train de se jouer entre Veolia (180 000 salariés) et Suez (90 000) pourrait n’être qu’un beau thriller économique pour initiés si des milliers d’emplois n’étaient en jeu. La décision de Véolia de racheter son principal concurrent soulève en effet de nombreuses questions sociales. Rien qu’en France, Véolia emploie 50 000 salariés et Suez, 29 500. Or, les deux groupes (anciennement Générale des eaux et Lyonnaise des eaux) ont quasiment les mêmes activités. Selon l’expert mandaté par les organisations syndicales de Suez, 4300 emplois dans les fonctions supports et transverses pourraient être sur la sellette ainsi que 1200 emplois dans les sièges nationaux et régionaux. A l’international, ce serait 6 000 emplois potentiellement en doublon. « Veolia a beau dire qu’il n’y aurait aucune incidence sur l’emploi, ce n’est pas possible », soutient Cédric Tassin, coordinateur CFDT du groupe Suez. D’ailleurs, afin que ce rachat soit accepté par les autorités de la concurrence, Véolia a prévu de vendre l’activité eau de Suez en France à un fond financier qui est prêt à s’investir sur le long terme, mais qui suscite quand même des inquiétudes chez les quelques 12 000 salariés concernés. « Et la partie déchet risque également de se retrouver en situation monopolistique et être vendue à des entreprises beaucoup moins bien-disantes socialement », ajoute Cédric Tassin.

Pour la CFDT de Suez, il n’est donc pas question de baisser les bras et d’accepter ce rachat « hostile ». Elle conteste en justice la vente par Engie à Véolia des 29,9 % de Suez qu’elle détenait et qui ouvre la possibilité d’une OPA sur l’ensemble de l’entreprise. Dans le même temps, elle mène une campagne auprès des pouvoirs publics afin d’alerter sur les risques d’une telle opération, aussi bien socialement qu’économiquement. « Le temps passé à cette opération est du temps qui n’est plus consacré à gagner de nouveaux marché pour les deux entreprises », résume le coordinateur. Pour l’ensemble des fédérations CFDT concernées par ce dossier et la Confédération il est inconcevable de vouloir mener une telle opération en urgence vus les enjeux. « L’eau et les déchets sont deux secteurs qui ont de l’avenir et qui vont être au cœur de la transition économique et écologique des prochaines années, résume le secrétaire national Philippe Portier. Les conséquences d’un tel rapprochement doivent être étudiées de près. Il y a encore aujourd’hui trop de zones d’ombre et trop d’incertitudes dans le projet présenté. Il faut se donner du temps. »

jcitron@cfdt.fr