Nouvelle forte hausse du chômage en avril

Publié le 31/05/2013
Le nouveau bond du nombre de demandeurs d’emploi en avril confirme les sombres prévisions tant de l’OCDE que de l’Unédic. La CFDT appelle à “une mobilisation urgente de tous pour inverser la tendance”.

Une fois de plus, les chiffres du chômage ne sont pas bons. Fin mars, la France comptait déjà 3,224 millions de chômeurs, dépassant ainsi le pic historique de 1997. Avec 39 800 chômeurs supplémentaires en avril (soit + 1,2 % sur un mois et + 12,5 % sur un an), le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A atteint donc 3,264 millions de personnes en France métropolitaine. Si l’on compte les demandeurs d’emploi qui travaillent en activité réduite, près de 4,8 millions ! « Derrière les statistiques, explique la CFDT, et au-delà des plans sociaux médiatisés, les fins de CDD et les missions d’intérim restent de loin les premières causes d’entrée dans le chômage. En parallèle, le chômage de longue durée continue d’augmenter dramatiquement, avec la crise qui persiste. Nombreux sont ceux qui connaissent la précarité. »

François Hollande aura beau marteler que les mesures engagées par le gouvernement finiront par inverser la courbe du chômage, chacun sait que cela prendra du temps. Quelques mois – au mieux – avant que les dispositifs ne produisent leurs effets. Et en l’absence de croissance, « cette tendance négative se prolongera encore dans les prochains mois avant que nous ne parvenions, par la mobilisation de tous les acteurs et de tous les instruments, à inverser la courbe du chômage à la fin de l’année », concède-t-il, alors que les derniers chiffres de l’OCDE, moins optimistes, prédisent un taux de chômage de 10,7 % en 2013 et de 11,1 % en 2014. Même son de cloche du côté de l’Unédic, chargée de la gestion de l’assurance-chômage, qui s’attend à une poursuite de la hausse jusqu’en 2014. Possible embellie, l’organisme paritaire évoque un ralentissement sensible pour le 4e trimestre 2013 (4 900 inscrits supplémentaires contre 99 200 au 1er trimestre)… avant que la courbe du chômage ne reparte à la hausse en 2014. Ces prévisions, précise l’Unédic, « intègrent l’impact du CICE [crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi], qui commencerait à créer des emplois au second semestre 2013 » ainsi que la mise en œuvre des emplois d’avenir, loin pour l’instant de remplir leurs objectifs. « L’évolution de la situation économique offre peu de perspectives à court terme mais doit faire réagir », a souligné la secrétaire générale adjointe de la CFDT, Véronique Descacq, appelant à « une mobilisation urgente de tous pour inverser la tendance ».

Premiers chiffrages pour 2014

Sur le plan financier, les prévisions de déficit de l’Unédic pour 2013 sont maintenues (4,8 milliards d’euros), et les premiers chiffrages pour 2014 – établis sur la base des prévisions de croissance du consensus des économistes et des prévisions d’emploi – n’inclinent pas à l’optimisme (5,6 milliards de déficit pour un endettement total de 24,2 milliards en fin d’année). « Dans un contexte de crise économique qui dure, où les pertes d’emplois nettes se multiplient, il n’est pas étonnant de connaître un tel endettement, explique Patricia Ferrand, vice-présidente (CFDT) de l’Unédic, et le choix des négociateurs de financement par l’endettement est aujourd’hui assumé collectivement. » Les partenaires sociaux devront, quoi qu’il en soit, prendre en compte les prévisions de l’Unédic lors de la prochaine renégociation de la convention d’assurance-chômage, qui devra à la fois faire évoluer les règles (lire l’encadré ci-dessous) et mettre en place les droits rechargeables. Selon la CFDT, « ce n’est pas le moment de baisser les droits des chômeurs, en période de crise, où la situation des demandeurs d’emploi demeure complexe et souvent très anxiogène au vu des perspectives de retour à l’emploi limitées ».

 aballe@cfdt.fr

Amélioration des règles de l’assurance-chômage

Déclinaison concrète de l’Ani « modernisation et fonctionnement du paritarisme » (accord du 17 février 2012), le premier rapport semestriel de l’Unédic, rendu public le 23 mai dernier, fait état des difficultés de mise en œuvre de la convention d’assurance-chômage telles qu’elles sont perçues par les bénéficiaires, l’opérateur chargé de son application (Pôle emploi) ou les instances de médiation. Il devrait d’ailleurs, d’ici à la fin juin, être complété par une enquête menée auprès de 70 chômeurs. D’un point de vue général, la lisibilité et la compréhension de leurs droits par les demandeurs d’emploi demeurent la priorité, notamment pour ce qui concerne le cumul activité réduite et allocations. « La clarté et la compréhension des règles sont des conditions indispensables à l’efficacité du dispositif d’activité partielle. Le manque de lisibilité peut conduire certains allocataires à ne pas prendre un emploi de courte durée, faute de connaître les conséquences que cela aura sur leur indemnisation », reconnaît l’Unédic. Or, prévient Patricia Ferrand, « les mécanismes incitatifs (activité partielle aujourd’hui, droits rechargeables demain) ne fonctionneront qu’à cette condition ». Pour remédier à une telle situation, le rapport préconise plusieurs pistes de réflexion opérationnelles afin de limiter les effets de seuil aux effets contre-productifs, même si l’évolution du dispositif (d’un point de vue réglementaire) relève de la seule compétence des partenaires sociaux. Mais globalement, l’amélioration de la réglementation nécessitera, selon Patricia Ferrand, de « trouver le bon équilibre entre des règles complexes qui répondent aux spécificités d’un maximum de demandeurs d’emploi et une simplification à l’extrême, source d’injustice sociale ».


 ©Marta Nascimento/Réa