L'Insee dresse le panorama de l’emploi et des salaires en France

Publié le 06/03/2013
Dans son panorama des évolutions de l’emploi et des salaires, l’Insee détaille la dégradation de la conjoncture économique des dernières années, mais pointe aussi une résorption des écarts salariaux au cours des quarante dernières années

Les disparités salariales se sont réduites en France entre 1967 et 2009, le rapport entre les 10 % des Français les mieux payés et les 10 % les moins payés passant de 3,5 à 3. C’est ce que révèle l’Insee dans une série d’études consacrées à l’évolution de l’emploi et des salaires. Le resserrement des écarts de salaire au sein de groupes de même niveau de diplômes et d’expérience contribue notamment à la baisse des disparités sur la période, néanmoins « amortie par l’élévation du niveau global d’éducation de la population active », note l’Insee. Autrement dit, la réduction des disparités aurait été de plus grande ampleur si la répartition des diplômes était restée identique.

Parallèlement, la pression du chômage a entamé le pouvoir de négociation des salariés lors de leur entrée sur le marché du travail. Aujourd’hui, les jeunes diplômés font les frais d’un tassement des rémunérations, la crise ayant poussé nombre d’entre eux à reconsidérer leurs prétentions salariales à la baisse.

 Dès la fin de 2010, l’emploi intérimaire en général, et industriel en particulier, a connu un fort recul.

Autre explication, la revalorisation régulière du Smic a dynamisé les bas salaires et resserré les écarts, notamment entre les revenus les plus bas, tandis qu’en haut de l’échelle, les très hauts salaires (le 1 % les plus riches) continuent de progresser. De fait, le salaire moyen par tête – qui tient compte de l’ensemble des rémunérations, telles que primes, intéressement, heures supplémentaires…) – progresse de 0,2 % en 2012, après une hausse de 0,4 % en 2011 dans le secteur privé (le secteur public enregistrant, lui, une baisse de 0,3 %).

L’emploi intérimaire, sorte de baromètre

Parallèlement aux questions salariales, l’Insee pointe la poursuite de la dégradation de l’emploi depuis l’été 2011. Avec 370 000 emplois salariés non marchands perdus depuis le début de 2008, l’éclaircie promise par François Hollande sur le front du chômage d’ici à la fin de l’année 2013 s’éloigne de plus en plus. La crise des dettes souveraines de l’été 2011 a en effet provoqué un nouveau retournement conjoncturel après la timide reprise de l’activité au cours du premier semestre, marqué par 84 000 créations d’emplois.

Une dégradation qui, une fois n’est pas coutume, succède à la chute de l’emploi intérimaire, signe annonciateur des variations de l’emploi hors intérim. Dès la fin de 2010, l’emploi intérimaire en général, et industriel en particulier, a connu un fort recul. Et la vague de plans sociaux ou de restructurations laisse présager une nouvelle dégradation pour 2013. Au cours des trois premiers trimestres de 2012, l’intérim industriel enregistrait une perte de 102 000 emplois, contre 64 000 pour l’emploi industriel hors intérim.

Les seniors sont également sur la corde raide. Chercher et retrouver un emploi après 55 ans n’est pas plus aisé en France que dans les autres pays européens, mais l’Hexagone semble affecté par un décrochage à cet âge charnière.

Les réformes des retraites intervenues au cours des trente dernières années constituent un élément de réponse, la forte dégradation du taux d’emploi des plus de 55 ans entre 1975 et 2000 (passé de 82 à 60 %) devant tenir compte du passage de l’âge de départ à la retraite de 65 à 60 ans intervenu en 1983. A contrario, le début des années 2000 voit une reprise du taux d’activité (de 53 à 69 %) atteignant, pour les plus de 60 ans, un niveau comparable à celui de 1985 (20 %). Reste que celui-ci demeure insuffisant, et pèse dans l’augmentation du nombre de demandeurs d’emploi. Or, sur ce point, les effets imputables à l’évolution conjoncturelle ne peuvent faire figure de seule explication : le relèvement à 60 ans (contre 57 auparavant) de l’âge de dispense de recherche d’emploi pour les seniors sans emploi en a poussé davantage sur un marché du travail qui n’a rien de florissant et, par voie de conséquence, a gonflé les statistiques du chômage.

Un retour à temps partiel

Dans le cadre des retours à l’emploi après 55 ans, près de la moitié d’entre eux s’effectue à temps partiel ; cette situation tient d’une part au choix d’un certain nombre de seniors, d’autre part à des effets de la demande. Ainsi, explique l’Insee, « la part des contrats aidés dans les emplois retrouvés progresse avec l’âge : ces contrats, principalement à temps partiel, représentent 16 % entre 55 et 59 ans, contre 13 % entre 50 et 54 ans, et 9 % des emplois retrouvés entre 45 et 49 ans ».

aballe@cfdt.fr

Retrouvez l'intégralité de l'étude sur le site de l'Insee