L’Afpa accompagne la transition énergétique

Publié le 21/06/2016

La transition énergétique crée des emplois qui exigent de nouvelles compétences. L’Afpa a revu son offre de formation dans ce sens. Reportage au centre de Lomme, près de Lille.

Conduire un bus, déplacer des parpaings avec une grue, installer une salle de bains, monter un mur en maçonnerie, dessiner des poutrelles métalliques… Les stagiaires du centre Afpa (Association nationale pour la formation professionnelle des adultes) de Lomme, demandeurs d’emploi ou salariés en reconversion, apprennent les gestes de leur futur métier. À leur disposition, des plateaux techniques répartis sur 67 000 m2, spécialisés pour l’essentiel dans le BTP et l’industrie. Ici, comme dans le reste du réseau Afpa, les métiers d’avenir, liés à la transition énergétique et au numérique, sont une priorité. Les formations les plus traditionnelles ont été revues à travers le prisme de l’écologie. Pas par effet de mode, mais pour répondre aux évolutions du marché de l’emploi. 

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L’intégration de nouvelles normes 

Le développement durable n’est pas une nouveauté dans la région. Sous l’impulsion de l’économiste américain Jeremy Rifkin, le Nord-Pas-de-Calais (aujourd’hui rejoint par la Picardie au sein de la nouvelle région des Hauts-de-France) a engagé sa troisième révolution industrielle. « La métropole lilloise a lancé un plan de réhabilitation énergétique de 100 000 logements anciens dont les retombées en termes d’emplois sont encore tangibles, explique Jean-Marc Bécourt, responsable syndical CFDT de l’Afpa Nord-Pas-de-Calais. Les professionnels du bâtiment doivent se conformer à de nouvelles normes, qui ont été intégrées à nos formations. » Le métier de chauffagiste, par exemple, s’est transformé en Ticcser (technicien installateur en chauffage, climatisation, sanitaire et énergies renouvelables). Le Ticcser ne se contente pas de remplacer le chauffe-eau hors d’usage par un modèle plus récent, il apporte une prestation complète de conseil sur l’isolation thermique et les équipements les plus économes en énergie. Dans l’atelier du centre Afpa de Lomme dédié à cette formation, une quinzaine de stagiaires s’affairent, chacun devant un box de 6 à 8 m2 équipé d’une arrivée d’eau et d’électricité. Leur défi : installer une salle de bains avec ballon d’eau chaude, circuit électrique et radiateur, en conciliant confort et économie d’énergie. La première consigne des formateurs est d’apprendre à dimensionner l’installation en fonction des utilisateurs. La présence d’ados dans un foyer entraîne, par exemple, une surconsommation d’eau chaude. Une donnée à intégrer. Les stagiaires peuvent s’essayer aux différentes technologies, installer des panneaux solaires, des chauffe-eau solaires, des caissons de récupération de l’air chaud de la salle de bains (recyclé pour chauffer d’autres pièces)… Neuf mois, dont des périodes de stage en entreprise, suffiront pour acquérir la maîtrise de leur métier. Ayoub, la trentaine, a enchaîné les missions d’intérim près de Tourcoing avant de se décider. « Les compétences liées au développement durable, c’est un plus pour l’emploi, affirme-t-il. La dernière entreprise pour laquelle j’ai travaillé perdait des chantiers parce qu’elle n’avait pas les bonnes certifications en interne. » Ayoub pense décrocher rapidement un emploi à l’issue de sa formation et envisage de s’installer à son compte après quelques années d’expérience.

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Des profils recherchés

Même état d’esprit chez Stéphane, 32 ans, qui a porté son choix sur une certification de technicien d’intervention en froid industriel de niveau IV (baccalauréat). Cet ancien militaire, aujourd’hui bénéficiaire du RSA, voit s’ouvrir de nouvelles perspectives. « Grâce à cette formation, j’aurai une attestation d’aptitude à la manipulation des fluides frigorigènes. Je sais qu’elle est très recherchée par les patrons », se félicite le jeune homme. Une série de règles émanant de directives européennes encadrent strictement l’installation ou le démantèlement de matériels contenant des fluides frigorigènes, de façon à limiter les émissions de gaz qui détruisent la couche d’ozone. Les professionnels doivent posséder une habilitation et tenir un registre de leurs interventions, en notant à chaque fois la quantité de gaz échappé. Ces contraintes environnementales strictes ont un impact plus ou moins marqué sur presque tous les métiers de l’industrie et du bâtiment : le maçon monte des murs auto-isolants, le façadier utilise des enduits moins polluants, le couvreur installe des panneaux solaires, etc.Les stagiaires de la formation Careb (chargé d’affaires en rénovation énergétique du bâtiment) se destinent à un métier à la dimension tout aussi commerciale que technique. À l’issue de leur formation de huit mois, ils pourront briguer des postes de techniciens supérieurs en bureaux d’études, avec pour mission de conseiller les clients, particuliers ou institutionnels, sur leur projet de rénovation énergétique d’un bâtiment, d’assurer la préparation et le suivi des travaux. Vincent, 32 ans, salarié pendant plusieurs années dans un cabinet d’urbanisme, a identifié ce stage en réalisant un bilan de compétences. « Cette formation anticipe les besoins du marché, c’est la raison pour laquelle je l’ai choisie. Cela dit, les grands groupes du BTP comme Bouygues et Vinci ne nous ont pas attendus, ils ont déjà formé leurs spécialistes en interne. » Vincent va cibler les PME qui ne se seraient pas encore dotées des bonnes compétences.

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Accompagnement et retour à l’emploi

Tous les publics se croisent à l’Afpa. Une DRH, sentant venir les premiers signes d’un burn-out, s’est inscrite dans le cadre d’un Cif (congé individuel de formation) pour tenter une complète reconversion dans le domaine de la rénovation énergétique. Une volonté de changement qui n’a rien d’exceptionnel. « Nous voyons souvent des cadres prêts à abandonner leur carrière et leur statut pour un métier plus concret, avec le projet de monter leur propre structure », remarque Jean-Claude Agache, formateur et secrétaire de section CFDT. Certains stages prodigués à l’Afpa s’inscrivent dans une commande publique précise. C’est le cas de la formation au métier de couvreur-zingueur en cours au centre de Lomme, suivie par des jeunes de moins de 26 ans repérés par la mission locale comme faisant partie des décrocheurs (ni en emploi, ni en stage, ni en formation). « Ces stagiaires bénéficient d’un accompagnement de retour à l’emploi dans le cadre de la garantie jeunes, explique Régis Dourry, leur formateur. C’est le public le plus éloigné de l’emploi. La difficulté est de les amener à améliorer leur savoir-être, leur comportement, à surmonter leur appréhension des apprentissages scolaires. » Ces jeunes peuvent aussi se rendre à l’espace « ressources emploi » du centre, en accès libre, où des formateurs spécialisés en techniques de recherche d’emploi les aident à rédiger leur CV, chercher un stage, préparer un entretien de recrutement. « Des employeurs de la région se prêtent au jeu pour des simulations d’entretien », indique Régis. Le pari n’est jamais gagné d’avance. Sur les quatorze jeunes qui ont commencé ensemble la formation, quelques-uns ont abandonné en cours de route. Le métier est difficile et reste dangereux, malgré toutes les mesures de sécurité. Les autres y ont pris goût. À quelques mois de la fin de leur formation, deux d’entre eux ont déjà une promesse d’embauche pour un salaire de plus de 2 000 euros par mois. Un bon début.

mneltchaninoff@cfdt.fr

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Photos © Albert Facelly