Emplois d'avenir et contrats de génération, le début

Publié le 18/04/2013
Avec un taux de chômage de 26%, les jeunes paient un lourd tribut à la crise. Les emplois d'avenir et le contrat de génération, créés pour aider leur insertion, commencent à peine à entrer en application.

Aurélie et Benjamin, tous deux âgés de 22 ans, attendent devant la mission locale de Lens-Liévin (Nord-Pas-de-Calais) le début d’une réunion d’information sur des stages en Grande-Bretagne. Tous les deux cherchent un emploi depuis plusieurs mois.

La première, titulaire d’une licence de stylisme-modélisme, a envoyé son curriculum vitae aux entreprises de vente à distance de la région, mais « toutes exigent de l’expérience, et je n’ai que quatre mois de stage ! ». Benjamin, lui, a passé un BEP mécanique, un bac STI électrotechnique et a accompli deux ans d’apprentissage en construction-bois. « Les employeurs trouvent que je me suis dispersé. » À eux deux, ils résument les difficultés auxquelles est confrontée cette génération qui a grandi en pleine crise économique et qui, avec ou sans diplôme, trouve close la porte des employeurs.

Parmi les jeunes qui s’adressent à la mission locale, certains sont en rupture de liens familiaux et vivent dans la rue, souffrent d’addiction à l’alcool ou à diverses drogues. D’autres sont tout simplement à la recherche d’un emploi, d’un stage, d’une amorce de vie professionnelle. C’est là toute la difficulté de la tâche des conseillers des missions locales : trouver une place en urgence dans un foyer, orienter vers une consultation spécialisée, convaincre un jeune d’ôter son piercing avant de se rendre à un entretien d’embauche…

Tout cela fait partie de l’accompagnement de ces jeunes vers l’autonomie sociale. « Le taux de chômage des jeunes atteint 20 % dans notre région, 30 % dans certains quartiers », observe Dominique Meunier, délégué syndical Synami-CFDT, conseiller professionnel de la mission locale de Lens. Aussi, l’annonce de la création des emplois d’avenir a-t-elle apporté une bonne bouffée d’oxygène aux professionnels de l’insertion.

Mais le déploiement du dispositif, ici comme ailleurs dans l’Hexagone, prendra du temps. Le ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, Michel Sapin, a d’ailleurs ramené l’objectif initial de 100 000 emplois pour l’année 2013 à seulement 54 000 contrats signés d’ici au terme de cette année. Fin mars, selon le ministère, 15 000 jeunes auraient intégré le dispositif. « Nous recevons bien les offres d’emploi venant des collectivités et des associations, mais nous n’avons pas toujours les jeunes qui y correspondent », explique Dominique Meunier. En effet, la volonté de cibler les jeunes les plus en difficulté a dicté une série de conditions précises.

Un jeune de niveau bac + 2, par exemple, ne pourra pas postuler sauf s’il est au chômage depuis plus d’un an. Il en résulte un véritable casse-tête pour les conseillers des missions locales, et une frustration tout à fait compréhensible chez les jeunes qui se situent légèrement au-dessus des critères.

« Il est important que ce dispositif ne soit pas dévoyé et bénéficie bien au public auquel il est destiné, précise néanmoins Thiébaut Weber, secrétaire confédéral chargé du dossier de l’emploi des jeunes. Les emplois d’avenir ne doivent pas se limiter à du placement, ils doivent être largement repris dans le secteur marchand afin de favoriser une insertion durable dans l’emploi. » Pour l’heure, le recours aux emplois d’avenir par les entreprises privées reste rare ; il est sans doute trop tôt pour pouvoir en tirer un quelconque bilan. Les conseillers des missions locales se montrent, ici aussi, prudents dans leurs prévisions.

« Le risque existe que les emplois d’avenir dans le secteur marchand se substituent aux missions d’intérim par un effet d’aubaine », avance Dominique. Dans le bassin d’emploi de Lens et des communes environnantes, les perspectives de recrutement sont au plus bas, mais le dispositif prendra peut-être dans la santé, le social, les services à la personne et la grande distribution.

Mettre l’emploi au cœur du dialogue social

L’autre levier permettant de débloquer l’emploi des jeunes est le contrat de génération, acté dans la loi du 1er mars, qui est une transcription de l’accord national interprofessionnel (Ani) signé cet automne par toutes les organisations syndicales. Le principe, rappelons-le, consiste à lier le recrutement des jeunes de moins de 26 ans avec le maintien dans l’emploi des salariés de plus de 57 ans, ou l’embauche de seniors de plus de 55 ans. « Il est important qu’au-delà des obligations légales et des aides, les équipes syndicales dans les entreprises utilisent l’opportunité du contrat de génération pour placer l’emploi des jeunes, des seniors, et la transmission des compétences au cœur du dialogue social », insiste Thiébaut Weber.

Le gouvernement, une fois de plus, a fixé un objectif optimiste : 100 000 jeunes par an recrutés en CDI dans le cadre d’un contrat de génération. Le mécanisme ne manque pas d’attrait aux yeux des entreprises, qui peuvent ainsi recruter des jeunes, et même des profils de jeunes diplômés, tout en bénéficiant d’aides. Les entreprises dans les secteurs dont la pyramide des âges nécessite d’anticiper un départ en retraite massif s’y intéressent. Le 18 mars, le surlendemain de la publication du décret d’application de la loi, les employeurs de la branche professionnelle de l’assurance soumettaient déjà un avant-projet d’accord aux partenaires sociaux réunis en commission paritaire. Dans la branche métallurgie de la FGMM, une négociation a été ouverte dès le 5 mars dernier. « Nous avons un déficit phénoménal de jeunes dans les entreprises de la branche, explique Odile Denis, secrétaire nationale de la FGMM. L’Observatoire des métiers de la métallurgie estime à 100 000 par an le nombre de recrutements nécessaires d’ici à 2020. Certains de nos métiers – soudeur, tuyauteur, chaudronnier – sont en tension. » La prochaine séance est fixée au 22 mai. Mais pour un premier bilan des dispositifs mis en œuvre, il faudra encore attendre quelques mois. Et croiser les doigts dans l’espoir d’un retour de la croissance !

mnelchaninoff@cfdt.fr