Électrochoc syndical pour sécuriser les intérimaires

Publié le 14/06/2013
À quelques jours de la dernière séance de négociation programmée sur le CDI intérimaire, quatre organisations syndicales tirent la sonnette d’alarme, dénonçant les provocations de la chambre patronale.

Le bras de fer est engagé. Le 13 juin, les cinq organisations syndicales de la branche intérim ont refusé de tenir la séance de négociation programmée sur le CDI intérimaire. L’accord national interprofessionnel du 11 janvier 2013 prévoit en effet que le secteur de l’intérim échappe à la surcotisation des contrats courts s’il négocie en contrepartie un CDI intérimaire et sécurise les parcours des intérimaires. En cause, la « déloyauté » de la délégation patronale, dont les textes remis sur la table depuis le 31 mars, date de la première séance, sont « plus provocateurs les uns que les autres ». Au point que CFDT, CFE-CGC, CFTC et CGT (FO ne s'est pas jointe à l'intersyndicale) s’interrogent sur « la volonté patronale d’aboutir dans cette négociation ».

Rappelant que leur mandat découlant de l’Ani porte sur la sécurisation des parcours professionnels des intérimaires, les quatre organisations ont identifié dix points bloquants sur lesquels leurs propositions communes ont été ignorées par le Prisme (Professionnels de l’intérim, services et métiers de l’emploi), le patronat de la branche. À travers eux se dessinent trois orientations inacceptables pour les acteurs syndicaux de la branche : la volonté de créer un CDI intérimaire qui déroge à la fois au droit commun et aux règles actuelles régissant le travail temporaire ; le refus d’aborder les éléments de sécurisation des parcours professionnels (mobilité, rémunération, allongement des durées d’emploi, etc.) ; la volonté de faire financer davantage par la collectivité (via l’assurance-chômage, le chômage partiel, le crédit d’impôt compétitivité emploi) la précarité des intérimaires.

Cheval de Troie contre le code du travail

« Le Prisme semble vouloir se servir de cette négociation comme d’un cheval de Troie pour assouplir les règles de recours au travail temporaire et, au-delà, déréglementer l’ensemble du marché du travail », dénonce le secrétaire général de la Fédération CFDT des services, Gilles Desbordes. Une attitude en contradiction totale avec « l’esprit de l’Ani ».

Souhaitant, par cette action, créer un « électrochoc », les quatre organisations ont prévenu. Soit le conseil d’administration du Prisme, le 18 juin, arrête un mandat conforme à l’Ani, et la négociation pourra se poursuivre. « Tant qu’on peut espérer du dialogue social, on le tente », indique Gilles Desbordes. Soit le Prisme campe sur ses positions. Auquel cas il reviendra aux organisations interprofessionnelles de soumettre le secteur à des surcotisations pour endiguer la baisse constante des durées de mission, préviennent les acteurs syndicaux, « soudés comme rarement ». Le Prisme saura-t-il entendre le message ?

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©Benoît Decout/Réa