Covid-19 : Reprise d’activité et déconfinement, mode d’emploi

Publié le 07/05/2020
  • Considérablement freinée depuis des semaines, l’activité économique pourrait, si les conditions sanitaires le permettent, progressivement et partiellement reprendre à partir 11 mai.
  • Plan de déconfinement, protocoles, fiches métiers… les outils mis en place ne seront pas efficaces sans dialogue social, prévient la CFDT.

À mesure que la date de déconfinement approche, les esprits s’agitent. Les rendez-vous ministériels et paritaires se succèdent, les textes règlementaires et autres documents visant à accompagner la reprise économique s’amoncellent. Pas toujours dans la plus grande transparence, il faut bien le reconnaître. Mais tous s’accordent sur un point : demain ne ressemblera pas à hier. Aussi, mieux vaut-il s’y préparer.

Comme il s’y était engagé, Édouard Philippe a reçu les partenaires sociaux le 30 avril dernier pour échanger sur les modalités de reprise. Le Premier ministre a fait du dialogue social « une condition impérative pour permettre le retour au travail dans un cadre qui garantit la santé et la sécurité des salariés ». Côté syndical, on salue la démarche, d’autant plus chez les organisations qui savent que la mise à l’arrêt prolongée du pays n’est pas économiquement supportable. « Il serait illusoire de penser que l’on va pouvoir tenir encore longtemps avec une activité totalement ralentie et la moitié des salariés du privé en chômage partiel, confiait ainsi Laurent Berger à l’issue de la rencontre. Mais la reprise de l’activité ne peut se faire à n’importe quel prix. Et il ne peut y avoir de déconfinement professionnel sans protocoles d’accord de reprise de travail négociés. »

Deux documents, deux visions

Un « protocole national de déconfinement », émanant du ministère du Travail, a d’ores et déjà été rendu public. Un ensemble de « règles transverses » qui devront s’appliquer à tous les secteurs – en complément de la cinquantaine de fiches métiers déjà disponibles. Dans ce document d’une quarantaine de pages, certains points avancés par le Premier ministre lors de la présentation de son plan de déconfinement à l’Assemblée nationale ont été précisés. Le protocole insiste en particulier sur les mesures d’organisation du travail (le télétravail devant « rester la règle chaque fois qu’il peut être mis en œuvre »), la gestion des flux ou encore les mesures de dépistage (le gouvernement ayant fait le choix de ne pas imposer la prise de température aux salariés). Nulle mention, en revanche, de l’obligation de négocier avec les représentants des salariés, regrette la CFDT. Or les conditions de reprise dépendent beaucoup de la qualité du dialogue social, avant et pendant cette crise. Si chez Toyota le travail a pu partiellement reprendre, c’est en partie grâce à une culture de dialogue qui existe depuis longtemps au sein de l’entreprise. « La confiance de tous les acteurs de l’entreprise est une condition fondamentale de la reprise et nécessite leur association dans la construction de ses modalités », résume Philippe Portier, secrétaire national.

Conscientes de ces impératifs, trois organisations (CFDT, CFTC, Medef) ont choisi de réaffirmer dans une déclaration commune datée du 30 avril la place que doit prendre le dialogue social et professionnel en période de crise. Et demandent qu’« en concertation avec les salariés et leurs représentants, les entreprises adaptent leur environnement de travail en mettant en place les mesures organisationnelles, collectives et individuelles » qui permettent d’assurer la sécurité sanitaire de tous, et de retrouver ainsi la confiance et la sérénité nécessaires pour travailler. « Ces mesures sont nécessaires pour structurer les plans de sortie de confinement et donc créer les conditions d’un retour progressif à l’activité. » Dans bon nombre de secteurs, salariés comme employeurs auront donc tout autant besoin d’un cadre règlementaire clair que d’un diagnostic posé et partagé sur les conditions de reprise d’activité.

Penser le monde d’après

Mais la CFDT le sait, au-delà de la santé des salariés, le plus dur est à venir. « La priorité économique est de sauver le maximum d’emplois, en développant la formation, la gestion prévisionnelle des postes, et pourquoi pas en expérimentant aussi dans les territoires », a réaffirmé Laurent Berger. En d’autres termes : imaginer de nouvelles solutions et penser le monde d’après. « Il nous faut également tirer les enseignements du télétravail massivement déployé depuis le 16 mars et regarder dans quelles mesures ce télétravail peut améliorer la qualité de vie au travail, dans les métropoles où les transports sont un sujet d’inquiétude », développe-t-il. Dans les tout prochains jours, la ministre du Travail Muriel Pénicaud pourrait donner les grandes lignes et consignes générales qui doivent entourer le télétravail (que le gouvernement souhaite voir se poursuivre jusqu'à l'été). Elle a par ailleurs répondu positivement à la demande de plusieurs organisations syndicales d'engager dès maintenant une négociation interprofessionnelle sur ce sujet trop longtemps écarté car jugé secondaire.

Quelques jours plus tôt, le secrétaire général de la CFDT avait demandé à la même ministre du Travail la tenue d’une conférence sur l’emploi. L’arrêt massif de l’économie et la publication fin avril des premiers chiffres du chômage depuis le début de la crise (249 000 chômeurs de plus en mars) laissent en effet présager une crise économique et sociale sans commune mesure. Et l’annonce par le Premier ministre d’une baisse de la prise en charge par l’État du chômage partiel à compter du 1er juin n’est pas de nature à rassurer. À ce jour, ce dispositif qui concerne 11,3 millions de salariés et 900 000 entreprises permet aux salariés d’être indemnisés à 70 % du salaire brut, soit 84 % du salaire net (100 % pour les salariés au Smic). Qu’en sera-t-il demain ? La petite musique diffusée ces derniers jours sur une possible adaptation, sans a priori, des règles d’assurance chômage ne passe pas du côté de la CFDT. « Les conséquences de la crise en termes d’emploi exigeront des réflexions et solutions partagées et adaptées à la diversité des situations des personnes », précise-t-elle.

Alors que de nombreuses inconnues demeurent sur les conditions qui entourent le déconfinement du pays, sur les transports mais également sur l’école, l’heure n’est pas à la polémique, affirme la CFDT. « Dans les entreprises comme au niveau national, le rôle joué par les organisations syndicales est regardé de près. Au-delà des conditions de reprise, il s’agit donc de peser sur l’élaboration d’un nouveau modèle social », résume Laurent Berger. En construisant avec les salariés. En cherchant avec eux les solutions de demain.

aballe@cfdt.fr

photo Réa