[Reportage] La garantie jeunes fait ses preuves à Mantes-la-Jolie

Publié le 03/03/2017

Faire mentir les déterminismes sociaux, accompagner les 16-25  ans les plus vulnérables vers l’emploi en échange d’une assiduité sans faille : tel est le pari de la garantie jeunes. Zoom sur une innovation sociale à l’œuvre à la mission locale de Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines.

À deux pas du McDo et de la gare RER de Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines, les locaux flambant neufs de la mission locale sentent encore la peinture. Comme chaque matin depuis début janvier, Gaëtan retrouve la quinzaine de jeunes qui a intégré le dispositif garantie jeunes en même temps que lui. Cet outil cible les Neet (ni étudiant, ni employé, ni stagiaire) âgés de 16 à 25 ans en situation de précarité. À 20 ans, Gaëtan veut prendre un nouveau départ.

Gaetan CBADET 2017 CFDT Mission Locale Mantes 041Ce jeune homme solide en apparence n’a pas tenu le coup dans le secteur du bâtiment. Conduire des engins de chantier, ce n’était pas son truc. « J’aurais aimé être électricien, mais mon niveau scolaire ne me le permettait pas », explique-t-il. Au collège, on lui propose : «soit de préparer un CAP conduite d’engins de chantier, soit rien.» Gaëtan obtient son CAP et enchaîne quelques stages et contrats courts. Mais des crises d’asthme provoquées par la poussière des chantiers l’entraînent dans une spirale d’arrêts maladie, qui de toute façon ne lui permettent pas de poursuivre dans cette voie. Vivant seul avec sa mère, qui vient de perdre son emploi, il doit trouver d’urgence une solution.

Les premières semaines passées à la mission locale lui ont permis d’identifier un métier : la logistique, où il pourra valoriser ses compétences acquises sur les chantiers. Il vient de déposer un dossier de demande de formation afin d’obtenir un certificat d’aptitude à la conduite en sécurité, indispensable pour devenir cariste : «J’attends que Pôle emploi confirme son accord pour le financement», précise-t-il, avant de confier que son souhait serait de partir travailler au Canada.

 

Se lever tôt, arriver à l’heure

Cette confiance retrouvée et cette capacité à se projeter sont, de l’avis même des jeunes, une conséquence directe du suivi spécifique à la garantie jeunes. L’efficacité du dispositif repose sur un contrat passé entre la mission locale et le jeune qui, en contrepartie d’une allocation dont le montant est passé à 470,95 euros par mois au 1er janvier 2017, s’engage à participer avec assiduité à cet accompagnement intensif d’un an, renouvelable six mois. «L’allocation leur permet d’acquérir un peu d’autonomie, de se nourrir, se vêtir et éventuellement de payer un petit loyer», détaille Fouzia Bounaira, coordinatrice et responsable du secteur social de la mission locale du Mantois.

CBADET 2017 CFDT Mission Locale Mantes COLLECTIFLes jeunes sont pris en charge collectivement et à temps plein pendant les premières semaines. Ils intègrent un groupe, un peu comme une classe… mais qui n’aurait rien à voir avec l’école, quittée le plus souvent sur un constat d’échec. Après la première phase de travail collectif de quatre à six semaines, les jeunes sont suivis individuellement et alternent stages en entreprise et recherche d’emploi, à la mission locale. De nouvelles contraintes doivent être respectées : se lever tôt, arriver à l’heure, produire un certificat médical en cas d’absence.

 

 « Le collectif leur apporte des clés sociales »

    CBADET 2017 CFDT Mission Locale Mantes Fouzia    
    Fouzia Bounaira, coordinatrice à la mission
locale du Mantois (©Cyril Badet).
   

La dynamique de groupe porte rapidement ses fruits. «Le collectif leur apporte des clés sociales. Il permet aux jeunes de s’ouvrir aux autres et de voir qu’ils ne sont pas seuls à vivre des situations difficiles», rapporte Fouzia Bounaira. Les jeunes inscrits au dispositif sont nombreux à vivre des situations de précarité. Sur la trentaine de jeunes associés au dispositif depuis octobre, dix n’avaient pas de domicile fixe. «Ils sont en rupture familiale, dans une relation souvent conflictuelle avec leurs parents. Ils n’ont jamais appris à utiliser leurs droits», explique Nadia Elferdi, éducatrice spécialisée des services sociaux du département, qui intervient régulièrement à la mission locale. Pendant les premières semaines du suivi, Nadia les aide à résoudre certaines de leurs difficultés : trouver un hébergement, une consultation médicale gratuite ou une solution pour rééchelonner le remboursement d’un emprunt. «Personne ne peut se mobiliser sur son insertion professionnelle sans savoir où dormir le soir», souligne Ikrame Aït-Abdallah, animatrice référente du groupe. Une fois ces freins extérieurs levés, ce sont les appréhensions liées au monde du travail que les jeunes doivent surmonter. 

« Je cherche du travail depuis trois ans, je fais du porte à porte, mais c’est difficile », témoigne Pascal, qui, avec un bac pro secrétariat, réfléchit à s’engager dans l’Armée de terre. « L’entreprise leur fait peur, confirme Ikrame. Un seul entretien raté peut détruire le peu de confiance qu’ils ont. Après un échec, on travaille ensemble sur ce qui n’a pas marché de façon à les remotiver.» Il est désormais de la responsabilité des conseillers des missions locales de démarcher
les entreprises afin de développer une «médiation active» entre les employeurs et les jeunes.

À la mission locale du Mantois, les patrons des entreprises partenaires, adhérentes du réseau Face (Fondation agir contre l’exclusion), participent à des échanges avec les jeunes, les entraînent aux entretiens de recrutement et les accueillent lors de stages en immersion. Le regard de Fadela s’illumine quand elle raconte avoir discuté avec « un chef d’entreprise qui a racheté la boîte de son patron, alors qu’il venait d’une cité », comme elle. Malgré son bac pro commerce, la jeune femme n’a pas encore trouvé le poste de ses rêves, se heurtant à l’argument du manque d’expérience. L’équipe de la mission locale recourt à des méthodes originales pour encourager les contacts avec le monde du travail.

Chaque vendredi, les jeunes enregistrent une émission à la radio locale de Mantes pour laquelle ils interviewent des chefs d’entreprise. L’occasion de se familiariser avec les attentes des employeurs et de, peut-être, décrocher un contrat. Sous la supervision de la mission locale. 

« Nous continuons de les accompagner pendant leur période d’intégration en entreprise, explique Ikrame. Nous gardons le contact avec l’employeur de façon à aplanir les difficultés qui pourraient se présenter. » Une chance de plus de leur côté, pour des jeunes qui en ont cruellement manqué. 

mneltchaninoff@cfdt.fr

© Photos Cyril Badet

 

 

     


Une efficacité évaluée

CBADET 2017 CFDT Mission Locale Mantes 053Expérimentée depuis 2013 dans un nombre croissant de territoires, la garantie jeunes est étendue depuis le 1er janvier 2017 à tous les jeunes Neet de 16 à 25 ans en situation de vulnérabilité sur le marché du travail.

Une généralisation obtenue grâce à l’insistance de la CFDT, qui en avait fait une priorité au moment des discussions avec le gouvernement sur la loi Travail. Parmi les différents dispositifs de lutte contre le chômage des jeunes, la garantie jeunes a été reconnue par la Cour des comptes comme le plus efficace, avec un taux d’entrée dans l’emploi de 49,9 %. Le syndicat Synami-CFDT, dont dépendent les professionnels des missions locales, a dressé un bilan de la mise en œuvre de la garantie jeunes du point de vue des personnels, résumé dans un livre blanc publié en juin 2016. La mesure est plébiscitée par ces professionnels très investis et qui soulignent l’efficacité de la dimension collective de l’accompagnement : « On apprend beaucoup plus de choses en dix jours de collectif qu’en deux ans d’accompagnement. »

Le Synami attire toutefois l’attention des pouvoirs publics sur le risque de voir certains jeunes exclus de fait des bénéfices du dispositif, notamment les jeunes des zones rurales éloignés des missions locales. Le Synami préconise également, face à la montée en charge du dispositif, de renforcer la formation des conseillers et de sécuriser le financement des missions locales.