[Interview] “La CFDT a préservé la spécificité des intermittents”

Publié le 30/06/2014

Véronique Descacq, secrétaire générale adjointe, fait le point sur les nouvelles règles qui régissent l’assurance-chômage pour 2014-2016. Et revient sur la question des intermittents.

La nouvelle convention d'assurance-chômage est entrée en vigueur le 1er juillet, alors que le nombre de demandeurs d'emploi n'a jamais été aussi élevé. Que-va-t-elle changer pour eux ?

Depuis plusieurs années, les négociations sur l’assurance-chômage cherchent à mieux prendre en compte la précarité croissante qui touche toutes les catégories de demandeurs d’emploi. C’est ce même esprit qui prévaut dans la convention de 2014-2016 avec la création de droits nouveaux et une meilleure sécurisation des parcours professionnels. Les droits rechargeables, en supprimant les pertes de droit liées à la méthode de calcul trop complexe, visent trois objectifs : indemniser plus longtemps, favoriser l’accès à la formation et lever les craintes des demandeurs d’emploi en cas de reprise d’emploi. L’activité réduite voit elle aussi son dispositif simplifié. Grâce à cela, 110 000 demandeurs d'emploi supplémentaires seront indemnisés sur la seule année 2014 ! Enfin, le différé d’indemnisation est, pour nous, le moyen le plus efficace de lutter contre les pratiques des entreprises qui plombent l’emploi des séniors, ou qui abusent des ruptures conventionnelles et préretraites déguisées.

La grogne des intermittents ne semble pas faiblir. Quelles mesures les concernent ?

Face aux tentatives récurrentes du patronat de ramener les annexes 8 et 10 dans le régime général, nous avons préservé, dans cette convention, la spécificité des intermittents. La CFDT veut lutter contre la précarité dans leurs métiers mais ne peut continuer à se satisfaire d’un système qui indemnise quel que soit le niveau de rémunération. Par ailleurs rééquilibrer les finances du régime n’est pas un gros mot, car c’est aussi un moyen de le pérenniser. C’est pour ces raisons que nous avons plafonné l’indemnité à 4 381 € bruts (salaire + allocation). L’autre mesure qui fait débat est le différé d’indemnisation. Cette mesure existait déjà et, rappelons-le, elle concerne moins de la moitié des intermittents. Pour ceux-là, le différé d’indemnisation, dans trois quarts des cas, est inférieur à douze jours.

La concertation qui doit s’ouvrir sur le financement de la culture peut-elle permettre de faire avancer le débat ?

Ce qui est sûr, c’est que la convention d’assurance-chômage ne peut pas tout régler. L’État et les employeurs du secteur ont aussi leur part de responsabilité ! La CFDT partage l’idée que la culture est essentielle pour l’attractivité et la compétitivité de notre pays, et qu’elle y a toute sa place. Nous voyons cette concertation comme une opportunité de parler des questions de financement de la culture et du mode de développement économique que nous voulons pour les activités de l’art et du spectacle. Mais la façon dont l’État aborde le débat en sanctuarisant, sous la pression, les règles existantes, n’est pas de nature à nous rassurer sur l’aboutissement de cet objectif ambitieux.

 Propos recueillis par aballe@cfdt.fr