[Dossier] Formation professionnelle : l’atout des salariés et des entreprises

Publié le 15/11/2016

Entretien professionnel, compte personnel de formation, conseil en évolution professionnelle… : de nouveaux outils existent pour permettre aux salariés et aux demandeurs d’emploi de faire évoluer leur parcours professionnel. L’heure est à la mobilisation pour les mettre en musique.

Plan un million : mobilisation générale

Former un million de chômeurs en 2016 afin d’accélérer leur retour à l’emploi, tel est l’objectif du plan lancé par le gouvernement. État, régions et partenaires sociaux se mobilisent pour réussir ce pari.

 

Violette avait franchi le seuil de Pôle emploi sans trop d’espoir… Depuis l’obtention de son BTS de communication visuelle en 2015, cette jeune femme de 22 ans enchaîne les stages sans parvenir à décrocher le moindre CDD. Son conseiller lui a suggéré une formation complémentaire en alternance afin d’acquérir l’indispensable première expérience en entreprise. « Il m’a dit que c’était le bon moment, que Pôle emploi avait reçu des fonds pour financer des formations et qu’il allait m’aider à trouver une entreprise d’accueil », se réjouit-elle, remotivée. Depuis quelques mois, ils sont nombreux ceux qui, comme Violette, se voient proposer une formation pour donner un nouveau souffle à leur carrière.

Lancé en mars 2016, le plan un million de formations – des 500 000 formations attribuées en 2015, l’objectif est de passer à un million d’ici à la fin 2016 – commence à devenir concret. L’État investit un milliard d’euros dans cette opération dont il a confié le pilotage aux régions. À une condition : que celles-ci s’engagent à maintenir leur investissement dans la formation au niveau de 2015 et à le doubler en 2016. Les régions ont, dans l’ensemble, répondu favorablement et signé avec l’État une convention listant des engagements précis et chiffrés. Seule la région Auvergne-Rhône-Alpes, présidée par Laurent Wauquiez, a refusé de s’inscrire dans cette dynamique. Patricia Ferrand, vice-présidente CFDT de l’Unédic, elle, approuve : « L’ampleur du plan un million témoigne d’une véritable ambition pour les demandeurs d’emploi. Le plan précise que 30 % de l’objectif global doit concerner les demandeurs d’emploi de longue durée et les moins qualifiés. De plus, une attention particulière est portée au numérique. »

Les partenaires sociaux, qui ont ajouté à l’enveloppe de l’État une contribution de 7,5 millions d’euros en puisant dans le Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels (FPSPP), ont une responsabilité toute nouvelle dans l’application de ce plan. Ils participent en effet à la gouvernance quadripartite – État, conseil régional, organisations syndicales et patronales représentés dans les Comité paritaire interprofessionnel régional pour l’emploi et la formation (Coparef) et les Comités régionaux de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles (Crefop) – chargée d’orchestrer les politiques de formation dans les régions depuis la loi du 5 mars 2014.

Le défi des régions

Le calendrier du plan, lancé en mars 2016 pour s’achever avant la fin de l’année, a poussé les différents interlocuteurs à trouver rapidement un terrain d’entente, qui plus est dans un contexte de fusion des régions et de recomposition institutionnelle. Un véritable défi. « Le conseil régional a tendance à considérer que la formation professionnelle est son pré carré, indique Frédéric Marion, coprésident CFDT du Coparef Bourgogne-Franche-Comté. Au début, les partenaires sociaux étaient consultés une fois les décisions prises. Cela a progressivement évolué, le fait que nous soyons désormais financeurs via le FPSPP y a contribué. » Le diagnostic des besoins des entreprises, afin d’éviter l’effet « stages parking » souvent reproché aux plans de formation des demandeurs d’emploi, a été un préalable à la rédaction des conventions d’objectifs.

Les mandatés CFDT y ont prêté la plus grande attention, en croisant les données issues de l’enquête annuelle Besoins en main-d’œuvre, publiée par Pôle emploi, et les indicateurs de retour à l’emploi après formation. « Dans notre région, les entreprises recherchent des compétences dans le transport, la logistique, l’hôtellerie-restauration, la sécurité, les services à la personne. Nous constatons aussi une relance dans le secteur automobile », précise Yannick Ghoris, vice-président du Coparef des Hauts-de-France. La rédaction des conventions a permis aux mandatés CFDT d’y introduire des objectifs ciblés. Dans les Hauts-de-France, par exemple : priorité aux publics bénéficiaires du RSA et aides au transport ou à l’hébergement pendant la formation.

 La phase opérationnelle du plan incombe à Pôle emploi, dont les services ont été soumis à une forte pression

La phase opérationnelle du plan incombe à Pôle emploi, dont les services ont été soumis à une forte pression : il a fallu recenser les besoins et l’offre de formation, convoquer les demandeurs d’emploi, cerner leurs demandes, trouver la formation ad hoc, le tout dans un temps limité. Moyennant quoi, à la rentrée, la montée en charge du plan d’urgence semblait avoir trouvé son rythme de croisière. Au début septembre, l’Association des régions de France affichait un taux de mise en œuvre de 60 % en moyenne, ce taux atteignant 97 % dans le Grand-Est. Dans les Hauts-de-France, fin juin, 49 000 formations sur les 88 000 attendues fin 2016 étaient déjà attribuées. Mais l’atteinte de ces objectifs n’est pas un critère de réussite. « Le risque serait de privilégier le quantitatif au détriment de la qualité, alerte Patricia Ferrand. Nous devons vérifier que les formations sont en cohérence avec le diagnostic préalable, privilégier des formations certifiantes qui ne soient pas trop courtes et, enfin, éviter les thématiques de développement personnel ou d’orientation, qui n’y ont pas leur place. » 

La vigilance sera de rigueur tout au long du suivi du plan un million. Avec un chômage frôlant les 10%, une question se pose : quelles suites donner à ce plan exceptionnel ? « La CFDT y est favorable depuis le début, à condition qu’il soit utile aux demandeurs d’emploi, estime Yvan Ricordeau, secrétaire national chargé de la formation professionnelle à la CFDT. Et pour cela, il faut que le dispositif devienne pérenne. »             

mneltchaninoff@cfdt.fr

©Sébastien Ortola/Réa

     


Les nouveaux outils pour se former

Négociée par les partenaires sociaux à la fin 2013 et transcrite dans la loi de mars 2014, la réorganisation de la formation professionnelle donne de nouveaux droits aux salariés. Petit rappel.

En 2013, le jugement a été sévère. La formation professionnelle ne bénéficiait pas assez aux salariés peu ou pas qualifiés ni aux demandeurs d’emploi. Autre grief, très important, elle n’offrait pas à tous les salariés l’assurance d’être formés au cours de leur vie professionnelle. Partant de ce constat, les partenaires sociaux ont remis à plat l’ensemble du système et sont parvenus à un accord. Trois nouveaux dispositifs en sont sortis.

L’entretien professionnel

Obligatoire tous les deux ans, il offre au salarié la possibilité d’échanger avec sa hiérarchie sur ses perspectives d’évolution professionnelle, notamment en matière de qualifications et d’emploi. Au bout de six ans, l’employeur est tenu de s’assurer que son salarié a suivi au moins une action de formation ou obtenu la totalité ou une partie d’une certification (diplôme, CQP…) ou qu’il a progressé sur le plan salarial. Dans le cas contraire, les entreprises de plus de 50 salariés encourent des sanctions financières.

Le compte personnel de formation

À partir de 16 ans, chacun peut activer son compte sur le site www.moncompte­formation.gouv.fr. Un salarié à temps plein y cumule 24 heures de formation par an, jusqu’à un plafond de 150 heures.

Le conseil en évolution professionnelle

Cinq organismes sont responsables de sa mise en œuvre : Pôle emploi, l’Association pour l’emploi des cadres, les missions locales, les Opacifs (organismes paritaires agréés au titre du congé individuel de formation) et Cap emploi (pour les personnes en situation de handicap). Gratuit et accessible à tous, ce service permet de faire le point avec un professionnel et de se faire accompagner pour les démarches administratives (mobiliser son CPF, par exemple) afin de construire son parcours professionnel.

jcitron@cfdt.fr