[Dossier Emploi] Plan de sauvetage de la génération Covid

Publié le 19/10/2020

En temps de crise, les jeunes sont les premiers touchés. Le plan de relance a confirmé la série de mesures annoncées fin juillet pour booster l’emploi des jeunes. Permettront-elles d’amortir le choc ?

Une fin de cursus en pointillé, des stages en télétravail, des jobs annulés… Après un été en demi-teinte, plus de 700 000 jeunes font leur entrée sur le marché du travail dans un contexte de crise d’une ampleur inégalée. L’Insee table sur 11 % de baisse du PIB, du jamais vu.

La récession et l’incertitude quant à l’évolution de la situation sanitaire jouent sur le moral des entreprises. Quand elles ne licencient pas – l’Unédic prévoit la destruction de 900 000 emplois d’ici à la fin de 2020 – elles gèlent les recrutements, particulièrement celui des profils juniors. Pour les jeunes, c’est la double peine. Les difficultés rencontrées en début de vie professionnelle, périodes de chômage, emplois précaires ou de moindre qualité, vont se ressentir tout au long de leur parcours ultérieur.

C’est ce que montre une étude du Céreq, qui a comparé la trajectoire sur sept ans de trois générations : celle arrivée sur le marché du travail en 2010, en plein marasme après la crise de 2008, et celles de 1998 et de 2004. Le constat est implacable : les jeunes diplômés du secondaire ou sans diplôme « se voient toujours plus exclus de l’emploi, plus exposés au chômage et à la précarité » que leurs aînés, pendant que les jeunes diplômés de l’enseignement du supérieur « voient baisser leurs chances d’accéder au statut de cadre et de bénéficier d’une rémunération que leur niveau d’étude semblait justifier pour les générations précédentes »

C’est pour éviter le décrochage d’une génération qu’il faut aujourd’hui se mobiliser. Sur les 100 milliards d’euros du plan de relance global révélé en septembre, 6,7 milliards sont consacrés au plan baptisé « Un jeune, une solution » mis en œuvre dès cet été. Le plan gouvernemental vise à prendre de vitesse la catastrophe annoncée grâce à un ensemble de mesures adaptées à la diversité des situations vécues par les jeunes.

« Un certain nombre de nos propositions ont été retenues », se réjouit Inès Minin. La secrétaire nationale chargée de la politique envers les jeunes fait allusion aux quatorze propositions transmises au gouvernement dès le début de l’été par la CFDT. L’organisation a très tôt alerté sur la nécessité de mettre en place un accompagnement de tous les jeunes de 16 à 30 ans, selon des modalités différentes en fonction des situations, sans exclure une aide financière aux entreprises qui s’engagent à recruter des jeunes.

Un signal fort envoyé aux employeurs

Cette dernière approche constitue la mesure phare du plan annoncé par Jean Castex et se veut un signal fort en direction des employeurs. Depuis le 1er août, une aide pouvant atteindre 4 000 euros pour un contrat d’un an ou plus, est accordée pour toute embauche d’un jeune de moins de 26 ans en CDI ou en CDD d’au moins trois mois, dans la limite de deux Smic. La mesure est applicable jusqu’au 31 janvier 2021 : aux entreprises de faire preuve de réactivité.

Si le risque d’effet d’aubaine existe, il est toutefois minoré par le versement échelonné de la prime, au fur et à mesure de l’avancée du jeune dans son contrat. L’option d’une exonération de cotisations, qui aurait été dommageable pour les régimes de protection sociale, n’a pas été retenue. Cette disposition complète le plan de relance de l’apprentissage annoncé dès le mois de juin et qui prévoit une aide de 5 000 euros ou de 8 000 euros, selon que le jeune est mineur ou majeur, pour toute embauche d’alternant.

Au-delà de ces aides directes aux entreprises, les dispositifs d’aide à l’insertion des jeunes ont été réactivés et renforcés. Les contrats aidés, réduits à la portion congrue au début du quinquennat, font leur retour dans le secteur marchand : 60 000 contrats initiative emploi (CIE) doivent être créés, dont 10 000 dès cette année. À cela s’ajoute une augmentation du nombre de parcours emplois compétences (nouvelle appellation des contrats aidés dans le secteur associatif et public), avec 60 000 nouveaux postes. Sont également annoncés 35 000 contrats d’activité par l’insertion économique et 100 000 missions de service civique, dont le succès ne se dément pas.

Les jeunes les plus en difficulté, souvent désignés par l’acronyme Neet (Not in Education, Employment or Training, c’est-à-dire ni étudiant, ni employé, ni stagiaire), devraient accéder plus facilement à la Garantie jeunes, un accompagnement renforcé géré par les missions locales. Ces jeunes décrocheurs y bénéficient pendant un an d’un accompagnement qui associe des temps collectifs et un suivi individualisé et ils perçoivent une allocation de 497 euros. Le plan jeunes programme 50 000 entrées supplémentaires dans ce dispositif.

À cela s’ajoutent 70 000 « accompagnements intensifs » pilotés par Pôle emploi. La poursuite d’études est par ailleurs encouragée, avec la création de 200 000 places en formation qualifiante ciblant les « métiers d’avenir », la transition écologique, la santé, le numérique et autres secteurs prioritaires du plan de relance.

La jeunesse précaire fragilisée

Toutes ces mesures ne porteront leurs fruits qu’à une seule condition, que les acteurs concernés s’en emparent, à commencer par les entreprises. Plus largement, tous les acteurs territoriaux doivent s’impliquer dans cet effort d’accompagnement d’une génération. « Les collectivités locales, les services publics de l’emploi, les acteurs de l’insertion, les organisations patronales et syndicales ont tous un rôle à jouer dans la mise en œuvre des dispositifs », explique Inès Minin, qui souligne l’importance d’un accompagnement sur le long terme.

« Beaucoup d’efforts sont faits en direction des entreprises et des jeunes les plus proches de l’emploi, pointe-t-elle, mais une partie de la jeunesse, déjà exposée à la précarité avant la crise, risque d’être encore davantage fragilisée. » Rien à l’heure actuelle ne laisse présager une ouverture du RSA aux jeunes de moins de 25 ans, comme le revendique la CFDT, ni d’ailleurs un assouplissement des conditions d’accès pour les plus de 25 ans. Autant de leviers sur lesquels la CFDT entend continuer de peser.

mneltchaninoff@cfdt.fr

[ENTRETIEN]

“Ce plan a ses limites”

Carcillo 17 DRStéphane Carcillo est chef de la division emploi et revenus a l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).

Quelle appréciation portez-vous sur le plan gouvernemental « 1 jeune, 1 solution » présenté cet été ?

 Il représente indéniablement un ensemble de mesures très complet et d’une ampleur sans précédent. On sait que la jeunesse est très hétérogène, avec des difficultés d’insertion très variables et, de ce point de vue, il propose des solutions à ces situations différenciées. Pour autant, même si les moyens sont là, importants, il convient d’en souligner plusieurs limites. Prenons les aides à l’embauche (4 000 euros pour un jeune jusqu’à 25 ans et dans la limite de deux Smic) ; si ce genre d’aide est de nature à lever les réticences de certains employeurs pour embaucher de nouvelles recrues, d’autant plus  en période de grande incertitude économique, la mesure aurait été plus efficace avec un meilleur ciblage, plus resserré sur les bas salaires. Connaissant les salaires d’embauche, deux fois le Smic, cela va concerner 90 % des jeunes diplômés. C’est extrêmement large !

Et sachant que, de toute façon, même dans la situation actuelle de moindre activité et de plans de réduction d’effectifs, les entreprises continuent à embaucher – pour compenser les départs à la retraite, les démissions, et trouver les nouvelles compétences –, on risque d’avoir un effet d’aubaine pour l’embauche des plus diplômés. Afin de l’éviter, il aurait été plus judicieux de resserrer sur les salaires les plus bas. Du coup, avec la même enveloppe budgétaire, on aurait pu élargir la fenêtre d’âge. Qui est une autre faiblesse de ce plan.

C’est-à-dire ?

 Les moins qualifiés sont toujours les profils qui ont le plus de mal à s’insérer, qu’ils aient 22, 25 ou 30 ans. D’où l’intérêt qu’il y aurait eu à ne pas créer ce seuil de 25 ans. Une autre limite à ce plan : l’aide à l’embauche accordée aux CDD de plus de trois mois, alors que 70 % des CDD sont de moins d’un mois. Il aurait été plus pertinent d’accorder l’aide à des contrats d’un mois et plus.

Les mesures pour les jeunes les moins qualifiés vous semblent-elles suffisantes ?

 Il y a certes des mesures intéressantes comme la Garantie jeunes ou les contrats aidés. Mais elles n’auront d’impact réel sur l’insertion professionnelle que si elles sont accompagnées de formations qui débouchent sur une certification des compétences.

Un certain nombre d’études, dont une que nous avons conduite avec deux collaborateurs, indiquent clairement qu’avoir une validation des compétences est plus efficace pour retrouver un emploi que le fait d’avoir été en emploi le temps d’un contrat aidé. Il faudra donc que l’intendance suive, pour que se mettent en place ces accompagnements et ces formations. Le risque serait de se contenter d’utiliser ces contrats comme moyen de « sortir » ces jeunes des chiffres du chômage… Si on rate l’essentiel, la formation, on risque de ne pas atteindre l’objectif qui est de leur donner les moyens de leur insertion professionnelle.

Propos recueillis par epirat@cfdt.fr