"Chômage en France : à qui la faute ?"

Publié le 09/01/2012 à 00H00 (mis à jour le 10/01/2012 à 13H22)
Interrogé par TNS-Sofres, François Chérèque livre son analyse sur les raison de la hausse du chômage et avance quelques pistes pour le faire reculer.

Interrogé par TNS-Sofres, François Chérèque livre son analyse sur les raison de la hausse du chômage et avance quelques pistes pour le faire reculer.

Votre slogan est « des choix, des actes » : quels sont vos choix et quels sont vos actes pour la campagne ?

Notre choix, c'est intervenir dans le débat politique sans être partisan. C'est un élément important.
Et nos actes concerneront la méthode qu'on va utiliser pour le faire. Nous allons nous adresser aux candidats, leur poser des questions et nous transmettrons les réponses à nos adhérents. Nous le ferons seuls, mais aussi avec d'autres.

Quel est le rôle de la CFDT dans la campagne ?

Le rôle de la CFDT est de rester un syndicat. Puisque nous sommes au contact quotidien des salariés, ce sera d'exprimer les inquiétudes et les revendications des salariés aux candidats directement et dans le débat public d'une façon plus large.

Et par rapport aux autres syndicats ?

Cette démarche d'intervention dans le débat est commune à tous les syndicats. Peut-être que sur la méthode il y a des différences mais sur le fond je ne suis pas sûr qu'il y ait de grandes différences entre les organisations syndicales. Mais peut-être qu'il y en aura sur les thèmes priorisés.

Quel est le meilleur moyen d'action pour un syndicat comme le vôtre ?

Dans la campagne, le meilleur moyen d'action, c'est de rester un syndicat. Donc de ne pas oublier que nous devons privilégier l'action concrète et quotidienne auprès des salariés plutôt que le débat politique au niveau national.

Comment la CFDT peut-elle peser lors d'une campagne ?

C'est cette proximité avec les salariés, cette représentativité que nous avons dans les entreprises qui nous donne une forme de légitimité dans le débat. Il suffit de voir que tous les candidats veulent nous rencontrer. Et quand ils veulent nous rencontrer, ils souhaitent qu'il y ait des caméras et des micros - ce qui veut dire que nous pesons dans le débat ! Ce que nous allons dire sur des sujets de la campagne sera important parce que la CFDT est un syndicat important et représentatif.

Envisagez-vous une rencontre avec les candidats à l'élection présidentielle ? Dans quel but ?

Nous allons rencontrer les candidats à la présidentielle qui nous le demandent - sauf les candidats d'extrême droite et d'extrême gauche pour une question de démocratie évidente.
Nous allons privilégier trois thèmes :

La construction d'une économie efficace et forte en France et en Europe. Donc c'est l'évolution de l'économie.
La réduction des inégalités : tout ce qui est fiscalité, retraite, redistribution.
Le dialogue social : comment construire une société plus juste et efficace ? Quelle sera la place du dialogue social dans cette société ?

Nous interpellerons les candidats sur ces trois thèmes.

Comment un syndicat qui se revendique négociateur fait-il pour garder cette position dans un contexte de campagne ?

C'est une question très importante parce qu'à l'inverse de ce qu'on peut penser, notre principal partenaire de négociation n'est pas le gouvernement, mais le patronat. Et c'est là, dans les entreprises et au niveau des rencontres nationales que nous faisons vraiment de la négociation. Donc nous devons faire en sorte que pendant cette campagne, la négociation continue. Pendant les travaux, le commerce continue.

Je vois aujourd'hui une négociation sur le chômage partiel. La situation économique et sociale ne s'arrête pas pendant la campagne. Il faut continuer. C'est mon leitmotiv, notre travail de syndicaliste : continuer à négocier avec nos interlocuteurs patronaux qui sont les premiers interlocuteurs des syndicats.

Est-ce que la CFDT va se rapprocher d'un candidat ou d'un parti politique pour la campagne présidentielle ?

Non et ça c'est très clair. C'est une question de crédibilité. Il va y avoir un sommet social et si nous voulons être crédibles, inévitablement, on ne peut pas se présenter en soutenant tel ou tel candidat. Ensuite, quand il y aura un nouveau président ou le même réélu, si nous voulons être crédible dans ce que nous proposerons et dans notre capacité de critique, inévitablement, il ne faut pas soutenir de candidat. Ce n'est pas notre rôle pendant la campagne.

Allez-vous donner des consignes de vote aux adhérents de la CFDT ?

De la même façon, non. Cela ne se fait plus depuis 1986. La dernière fois que nous avons donné des consignes de vote c'était en 1981, il y a 30 ans. C'est un élément important. Par contre nous avons une consigne, aller voter.

Que retenez-vous de la campagne de 2007 ?

Je retiens des promesses non tenues. Et nous pouvons prendre un exemple dans l'actualité. Le président de la République a fait un discours sur l'éducation qui est le même que celui de 2007. Donc cinq ans après, il tient le même discours. Cinq ans après, les promesses électorales n'ont pas été tenues. Autre exemple, « je ne toucherai pas la retraite à 60 ans ». Avec du recul, on voit bien qu'il faut se méfier des promesses.

Qu'attendez-vous du sommet du 18 janvier sur l'emploi ?

Notre rôle est d'amener des mesures concrètes pour les salariés et les entreprises qui sont en difficulté pendant la crise. Cela veut dire faire en sorte que les entreprises ne licencient pas, qu'elles puissent former et aider les salariés, que l'on décide plus de moyens pour Pôle emploi (le chômage augmente donc il faut davantage de moyens). Il faut aussi des aides spécifiques pour les jeunes et pour les salariés précaires. Ce sont des mesures concrètes qui ont une efficacité immédiate par rapport à la réalité des salariés.

Ce sommet sur l'emploi aura lieu 3 mois avant l'élection présidentielle, est-ce que c'est une opération de communication ?

Il y a un risque important. Le débat engagé par le Président de la République sur la TVA sociale risque de donner à ce sommet un goût de coup de communication en vue de la campagne électorale. Notre responsabilité est de ramener le débat sur des mesures concrètes. Ce sera un combat entre un désir de communication de la part du gouvernement et un souhait d'actions concrètes de la part de la CFDT.
Nous avons fait cette proposition de débat fin août. Ce sommet social a cinq mois de retard. Et nous avions fait cette proposition à ce moment-là car comme nous sommes présents dans les entreprises, au quotidien auprès des salariés, nous avions déjà des alertes sur la situation sociale et nous nous disions « c'est maintenant qu'il faut prendre des décisions ». Il vaut mieux tard que jamais. Mais malheureusement, c'est plutôt tard.

Êtes-vous d'accord avec la TVA sociale telle qu'elle va être présentée au Parlement en février ?

Non. Changer de système de financement de la protection sociale d'une façon aussi importante à un mois des élections - elle sera présentée en février et les élections auront lieu un mois après - est, à mon avis, un déni de démocratie.

Qu'est-ce que vous préconisez ?

Ce débat doit s'intégrer dans le débat de l'élection présidentielle et ne doit pas être une des décisions injustes prises à la va-vite. C'est trop important pour bâcler un tel sujet. D'autant plus que nous sommes évidemment contre la TVA sociale qui est injuste parce que c'est un impôt anti-redistributif.

Propos recueillis par Esther Trousset