Université d’été : vers un nouveau modèle de développement

Publié le 06/09/2013
Comment, malgré la crise, inventer un nouveau modèle de développement ? Les responsables syndicaux des fédérations et des Uris, réunis à Bierville du 27 au 30 août pour l’université d’été de la CFDT se sont attelés à la tâche.
L'université syndicale d'été 2013 en vidéo

 

Le thème de l’Use 2013 « Vers un nouveau modèle de développement » était exploré à travers le prisme de six grandes thématiques : l’économie, le rôle de l’action publique, les mutations de la société, le travail dans l’entreprise et dans la société, et les droits humains fondamentaux. Ce programme à la fois dense et complexe a amené les participants à croiser deux approches, l’une très pragmatique, centrée sur un travail en atelier tout au long de la semaine,  l’autre plus réflexive et prospective au moment des séances plénières.  

Côté travaux dirigés, les militants regroupés en ateliers d’une dizaine de personnes ont pu analyser des actions lancées ou accompagnées par la CFDT et en tirer des propositions. Un exemple parmi de nombreux autres, l’initiative européenne BUS, Build up skills, menée dans 30 pays européens qui associe partenaires sociaux et pouvoirs publics et dont l’objectif est d’anticiper les transitions professionnelles dans le secteur du bâtiment, en lien avec la transition énergétique et les nouvelles exigences de la construction. La FNCB est impliquée dans ce travail au niveau national.  Cet exemple a interpelé les participants sur la nécessité de renforcer le dialogue social territorial. Comment fédérer sur un territoire les transitions professionnelles ? Une militante a cité l’exemple du Maine et Loire, où les acteurs du bâtiment, les organisations syndicales et l’office HLM se réunissent pour évaluer l’impact sur les salariés de la transition énergétique et traiter au niveau local la problématique de leur évolution professionnelle. La mise en œuvre de réseaux d’entreprises ou de groupements d’employeurs doit sécuriser les parcours des salariés aujourd’hui disséminés dans de très petites entreprises, et les faire bénéficier d’avantages sociaux souvent inexistants chez ces employeurs. La VAE doit être simplifiée pour la rendre plus accessible à des salariés qui trop souvent ont été orientés vers les métiers du bâtiment par défaut.

Abandonner les anciens schémas

Après les TD, l’amphi. Afin d’alimenter la réflexion des participants, l’équipe confédérale en charge de l’organisation de l’Use a joué la carte de l’ouverture en faisant appel à des acteurs associatifs, des universitaires, couvrant une large palette de disciplines, de l’économie jusqu’à la paléo-anthropologie. Pour donner le ton, le film 2084, réalisée par Chris Marker en 1984 à la demande de la CFDT – il s’agissait alors de fêter le centenaire de la loi autorisant la constitution de syndicats a été projeté lors de la séance inaugurale. La question de l’avenir du syndicalisme posée dans ce court métrage d’anticipation résonne de façon étonnante avec nos interrogations actuelles et a permis de poser les termes du débat. « En 1984, nous sommes à un moment de victoire idéologique néo-libérale, a rappelé l’économiste Philippe Askenazi, et dans l’acceptation progressive d’une vision naturaliste des inégalités. » Les plus riches s’enrichissent encore et selon la théorie du « ruissellement », les plus pauvres en bénéficieront mécaniquement. Parallèlement à cette idéologie se sont produites les révolutions technologiques, le bouleversement des organisations du travail, la recherche de toujours plus de gain, jusqu’à « un point de saturation. » « Sortir de la crise économique que nous traversons suppose d’abandonner ces schémas, il faut dorénavant penser sur le long terme, » avertit l’économiste.

Ou plutôt, comme le préconise Pierre Radanne, président de l’association 4D, dossiers et débats pour le développement durable, « pensons dans le court terme la question du long terme. Face à des ressources limitées, la transition énergétique est la réponse la plus sensée que l’on peut apporter à la crise économique. »

Agnès Benassy Quéré,  ne dit pas autre chose, quand elle dresse un constat sévère de la situation économique et budgétaire de la France mais ajoute que « le rôle des syndicats ira croissant » et que les marges de manœuvre existent bien dans le cadre de réformes structurelles habilement menées. Laurent Berger a conclu cette session en posant la question de la responsabilité syndicale et du sens à donner au terme de progrès. « On ne fait pas société si on laisse sur le bord de la route des milliers de salariés ou de personnes sans emploi », a rappelé le secrétaire général. 

 mneltchaninoff@cfdt.fr