Transition énergétique : La CFDT affûte ses propositions

Publié le 10/04/2014

Quel monde préparons-nous pour demain ? Les militants ayant participé au séminaire confédéral sur la transition énergétique, qui s’est tenu du 24 au 28 mars, en partenariat avec l’Institut du travail à Strasbourg, n’ont pas eu peur d’affronter cette question.

Tournée vers la société civile, cette semaine de réflexion a permis à une quinzaine de responsables confédéraux, régionaux et fédéraux d’échanger avec des acteurs associatifs (Fondation Abbé Pierre, Réseau Action Climat, Energy Cities, 4D) mais aussi des élus politiques – l’eurodéputée Sandrine Bélier (Verts) et Jean-Patrick Masson (Assemblée des communautés de France) – ainsi que des experts (Syndex) et des consultants comme Bruno Rebelle (agence Transitions). Nombre de ces intervenants, avec lesquels la CFDT travaille afin d’améliorer le projet de loi de programmation sur la transition énergétique, qui doit être présenté au Conseil des ministres au début de l’été, n’ont pas hésité à exprimer la nécessité de changer de paradigme.

L’emploi : tous les secteurs d’activité sont concernés

Partenaire de projets prospectifs comme ECECLI (Emplois et compétences dans le plan climat Île-de-France et le Grand Paris), la CFDT a pu affirmer qu’il était d’ores et déjà possible d’organiser le dialogue social autrement. L’évolution des compétences et des emplois est un enjeu majeur de cette transition. Financée par la Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) et par la région Île-de-France, l’étude ECECLI vise notamment à définir les passerelles qui faciliteront les reconversions des salariés vers les activités pour lesquelles la demande va se renforcer d’ici à 2020-2030 : fabrication de batteries destinées aux véhicules électriques, végétalisation de toitures, valorisation des ordures ménagères, déconstruction de véhicules, etc. Menée par le cabinet Syndex en partenariat avec la fondation Fondaterra de l’université de Versailles - Saint-Quentin-en-Yvelines, l’étude ECECLI a permis aux organisations syndicales et patronales de branches différentes, aux collectivités territoriales, aux services de l’État et aux Opca (organismes paritaires collecteurs agréés des fonds de la formation professionnelle) de s’asseoir à une même table en vue d’anticiper ces évolutions.

« Tous les secteurs sont concernés. Il ne faut pas se focaliser seulement sur les métiers dits verts et les écoactivités », a rappelé Sophie Gaudeul, secrétaire confédérale. Donnant l’exemple de l’initiative européenne Build Up Skills (littéralement « monter en compétences »), Sophie Gaudeul a souligné combien ce diagnostic sur les besoins en compétences et en formations du secteur du bâtiment, liés à la rénovation des logements et à l’efficacité énergétique, est révélateur d’une mutation culturelle : « Il faut mettre en place des technologies, choisir de nouveaux matériaux, mais il est aussi nécessaire de former les salariés aux gestes de pose, qui vont changer. » Cette concertation entre de multiples acteurs – elle a réuni en France l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), le CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment), l’Afpa (Association pour la formation professionnelle des adultes), les maisons de l’emploi, les organisations patronales et syndicales, Pôle emploi, les ministères de l’Éducation nationale et de l’Environnement – a été engagée dans trente pays européens.

Construire une Europe des projets

Tous les participants au séminaire se sont accordés sur le fait que les régions constituent l’échelon clé pour développer la réflexion prospective et planifier la transition énergétique. Et ce d’autant plus que les fonds européens de développement régional (Feder) vont désormais être alloués directement aux régions sans passer par les autorités centrales. Sandrine Bélier a souligné que « 20 % de ces fonds devraient être affectés à l’efficacité énergétique et au développement des énergies renouvelables ». L’eurodéputée a par ailleurs mis en avant que le déploiement des énergies renouvelables avait permis d’économiser 30 millions d’euros sur les importations d’énergie en 2010 dans l’ensemble de l’Union européenne… mais que 20 000 emplois avaient été détruits en France du fait du manque de soutien à ces nouvelles sources d’énergie.

Regrettant que l’approche soit majoritairement sectorielle et macroéconomique, le délégué général de l’association européenne Energy Cities, Gérard Magnin, a déclaré : « C’est bien une Europe des projets qu’il faut construire. » Energy Cities a repéré une centaine de projets à travers lesquels les acteurs locaux poursuivent l’objectif d’assurer eux-mêmes l’approvisionnement énergétique du territoire. Des villes comme Genève ou en Suède ont ainsi mis en place des mesures pour atteindre 100 % de leurs ressources en énergies renouvelables. « L’énergie est une question sociétale et démocratique. Il faut avoir confiance dans la société et son intelligence collective », a souligné Gérard Magnin, selon qui il est nécessaire de « redonner aux acteurs la capacité d’agir ».

L’urgence de rénover les logements des ménages les plus pauvres

La lutte contre la précarité énergétique est également une priorité partagée par la CFDT et ses partenaires. Véronique Stella, chargée de mission à la Fondation Abbé Pierre, a rappelé qu’en 2006 les ménages se privant de chauffage et/ou consacrant plus de 10 % de leur budget à l’énergie dans leur logement étaient au nombre de 4 millions. Les pouvoirs publics ne disposent pas d’indicateurs plus récents. Trois facteurs se combinent et amplifient la situation de précarité énergétique : la faiblesse des revenus de ces ménages, la mauvaise qualité thermique des logements occupés et l’augmentation du coût de l’énergie. L’humidité et le froid aggravant certaines pathologies, la précarité énergétique peut avoir de graves conséquences sur la santé. La mobilité limitée des personnes, en raison d’un accès difficile aux transports, doit aussi être prise en compte. Lors du débat national sur la transition énergétique, les ONG ont recommandé de rénover 350 000 logements par an habités par des ménages dont les ressources sont inférieures au revenu médian, dont 200 000 dans le parc privé. Elles préconisent également de créer un bouclier social énergétique en revalorisant les allocations logement. « Il est urgent de changer d’échelle et de prendre en charge ce sujet de manière transversale, et donc interministérielle », a souligné Véronique Stella.

Un texte qui peut encore évoluer

Alors que le projet de loi communiqué par le gouvernement n’était pas encore complet, la CFDT et ses partenaires du collectif Les acteurs en transition énergétique ont convenu qu’il fallait « pousser » le texte afin que ses objectifs donnent un cap clair à atteindre d’ici à 2050, qu’il favorise l’organisation des acteurs ainsi que la mise en œuvre des mesures. Transports, qualité de l’air, logement, énergies renouvelables, mix énergétique, action et gouvernance territoriale, sûreté nucléaire, démantèlement des installations et gestion des déchets radioactifs, emploi, formation et transitions professionnelles : sur tous ces thèmes, la CFDT affine ses propositions en vue du débat qui va se dérouler à la fin avril au Conseil économique, social et environnemental. Le projet de loi devrait être déposé début juillet à l’Assemblée nationale, le débat parlementaire devant débuter fin septembre. Une conférence financière sur la mise en œuvre de la transition énergétique est également prévue au début juillet.

nfigarol@cfdt.fr