Transition énergétique, “il faut rapprocher les centres de production et de distribution”

Publié le 05/09/2013
André Milan, secrétaire général de la FGTE (CFDT Transports et environnement), apporte son point de vue sur l'avis du Cese (Conseil économique, social et environnemental) concernant la transition énergétique dans les transports.

Quelle appréciation générale fait la FGTE de l’avis du Cese sur la transition énergétique dans les transports ?

Notre fédération partage l’essentiel de ce qui a été formulé dans l’avis du CESE. Et trouve très positif de pouvoir ajouter le transport dans le débat sur la transition énergétique. Ce qui nous semble positif, c’est également l’approche qui en a été faite par le CESE, en élargissant les perspectives. Jusqu’alors, le débat avait été limité à une vision centrée sur des améliorations technologiques. Certes, ce sujet est important, et on le voit avec les normes de moteur « Euro 6 », qui ont permis d’améliorer la consommation des véhicules et de réduire les rejets de CO2. Mais l’avis du CESE a ouvert d’autres pistes, sur les critères de choix d’infrastructures par exemple ou l’évolution des comportements.

Quelle est la priorité aujourd’hui, pour la FGTE, pour réellement engager la transition énergétique dans les transports ?

D’abord, il faut rapprocher les centres de production et de distribution, pour réduire la circulation des camions de manière conséquente. Même si, précisons-le, ce sont surtout les véhicules particuliers qui produisent l’essentiel des gaz à effet de serre (GES). Prenons un exemple, celui de la production de crevettes : elles sont pêchées en mer du Nord, acheminées au Maroc par camions pour y être décortiquées, puis elles repartent en France pour y être conditionnées avant d’être vendues en Allemagne…. Soit plusieurs milliers de kilomètres ! Idem pour la fabrication de yaourts, qui nécessite en moyenne 3 000 km de déplacements (acheminement du lait, etc.). Il faut privilégier les circuits courts. Mais, dans le même temps, il s’agit de « corriger » le coût du transport, actuellement très faible au regard des autres coûts, et qui, de fait, est utilisé par les industriels comme élément de « stockage ambulant ». En d’autres termes, il revient toujours moins cher de faire voyager les crevettes par camion que de les stocker dans un entrepôt. Il faut donc rendre le coût du transport plus dissuasif, et du coup changer certaines règles, comme les modes de rémunération des routiers : les salaires de ces derniers restent aussi largement tributaires des heures supplémentaires. Autrement dit, ils ont pour l’instant tout intérêt à rouler le plus possible. Une autre piste importante est d’organiser différemment la distribution en ville, en privilégiant les véhicules non-polluants (camions ou triporteurs électriques, etc). On pourrait s’inspirer des expériences menées en Suisse, avec l’acheminement des marchandises au cœur des villes par l’utilisation des tramways, sur les heures creuses, où il n’y a plus de voyageurs…

Quelles propositions retiens-tu de l’avis du Cese ?

Sur le choix des investissements d’infrastructures : il est nécessaire qu’à l’avenir, il revienne au constructeur de faire la preuve que son projet aura un moindre impact sur l’environnement. Ensuite, sur le thème des incitations aux changements de comportements : il faut que le covoiturage et l’auto-partage soient intégrées à l’offre de transport public. Un exemple : si vous voulez rallier tel point à tel autre, entre autres possibilités par train ou bus, on devrait avoir la possibilité de faire du covoiturage ou de l’auto-partage. Ainsi subventionnés, ces nouveaux moyens de déplacement seraient ainsi plus accessibles aux plus précaires. Un élément de plus dans la nécessaire prise en compte de la précarité énergétique.

epirat@cfdt.fr