Les très grandes ambitions de la conférence environnementale

Publié le 21/09/2012 à 00H00
Dans son discours d'introduction de la conférence environnementale au palais d'Iéna, le président de la République a fixé un cap pour une transition écologique qui ne s'opposerait ni à l'économique ni au social. Ce qui reste à prouver.

Le cap est fixé et il est pour le moins ambitieux. Lors de son discours d’ouverture de la conférence environnementale, ce 14 septembre au Cese (Conseil économique, social et environnemental) devant quelque 300 participants (représentants des organisations syndicales, des ONG, des employeurs, des collectivités territoriales, de l’État et parlementaires), le président de la République a proposé une transition qui « n’est pas un programme, c’est bien plus qu’un choix politique partisan, c’est un projet de société, c’est un modèle de développement ». Accédant là à une revendication de la CFDT, François Hollande a placé la conférence environnementale sous le signe de la complémentarité avec la conférence sociale de juillet – parce que « la crise écologique, ce n’est pas une crise de plus, elle s’inscrit dans la crise globale qui se décline sur le terrain économique, social et sanitaire ». Il a également tenu à la distinguer du Grenelle de l’environnement, dont il a « salué les acquis » au motif que « les moyens financiers n’ont pas été à la hauteur des objectifs annoncés » et que « l’ambition initiale a été perdue », « l’économie a été une nouvelle fois opposée à l’écologie ».

Des ambitions pour l’Europe


Sans attendre la « feuille de route » présentée ce samedi par le Premier ministre, qui « s’engagera sur des priorités, des moyens et un calendrier », le président de la République a d’ores et déjà fait un certain nombre d’annonces. Sur le plan international, il s’est de nouveau engagé en faveur d’un accord global sur le climat en 2015, proposant que la France accueille la conférence des Nations unies. Au niveau européen, il entend proposer d’aller au-delà des 3 x 20 du paquet énergie-climat (réduction des émissions de gaz à effet de serre de 20 %, part des énergies renouvelables portée à 20 % et réduction de la consommation d’énergie de 20 % d’ici à 2020) : « une stratégie ambitieuse axée sur un objectif de 40 % en 2030, puis de 60 % en 2040 ». Une perspective que la CFDT juge indispensable pour parvenir à contenir à 2 °C la hausse moyenne des températures d’ici à 2100. Autre annonce, un « mécanisme d’inclusion carbone », sorte de taxe d’ajustement aux frontières subie par les pays ne respectant pas les mêmes normes environnementales. « Ne confondons pas protectionnisme avec la protection de la planète. Le nouvel ordre commercial doit aussi être écologique. » Et social, serait-on tenté d’ajouter. Enfin, François Hollande a proposé que soit constituée une « communauté européenne de l’énergie » dont une coopération franco-allemande constituerait « l’avant-garde ».

Transition énergétique (trop) ambitieuse


« Mais c’est aussi en France que nous devons être exemplaires », a lancé le chef de l’État, insistant sur le fait que « l’exigence environnementale est aussi un atout pour l’emploi » et « le levier d’un nouveau modèle de croissance ». Afin d’engager la transition énergétique, qui fera l’objet d’un projet de loi de programmation à la fin du premier semestre 2013, « les tarifs publics comme les prix privés doivent refléter la rareté, le coût social et environnemental du service rendu ou de la marchandise consommée ». Plus largement, la fiscalité sera réformée afin de « taxer moins sur le travail et plus sur les pollutions ou les atteintes à la nature ». En matière d’efficacité énergétique, toujours, la rénovation thermique des logements « sera l’une des priorités du quinquennat ». L’objectif affiché – un million de logements par an remis aux normes énergétiques – paraît extrêmement ambitieux, que ce soit en termes de budget ou de compétences. L’Allemagne, qui a investi 100 milliards d’euros sur cinq ans, est parvenue à rénover 300 000 logements par an seulement. Le doublement des plafonds du livret A et du livret de développement durable (à travers la Banque publique d’investissement appelée à devenir une banque de la transition) et la mise aux enchères des quotas d’émissions de CO2 devront partiellement y subvenir. S’y ajouteront des mesures fiscales incitatives. « J’ai demandé au gouvernement de me proposer un dispositif applicable au début de l’année 2013 », a indiqué François Hollande.

Ne pas oublier les gens


Autre axe de la transition énergétique, le développement des énergies renouvelables. À ce sujet, le président de la République a fermé la porte à l’exploitation des gaz de schiste par fracturation hydraulique au regard des « risques lourds pour la santé et l’environnement ». Il a par ailleurs confirmé ses annonces de campagne : « La centrale de Fessenheim, qui est la plus ancienne de notre parc, sera fermée à la fin de l’année 2016, dans des conditions qui garantiront la sécurité des approvisionnements, la reconversion du site et la préservation des emplois. » Une annonce que la CFDT a jugée 'précipitée' et au sujet de laquelle elle entend que le gouvernement prenne des engagements fermes concernant l’avenir d’un bassin d’emploi de 3500 personnes. « Nous voulons dès lundi une table ronde permettant d’en débattre et de proposer des perspectives solides en termes d’emploi, de formation, de transition professionnelles pour les personnes concernées », a prévenu le secrétaire national Patrick Pierron, qui a mis en garde l’exécutif : « Si l’on oublie les gens, on ratera la transition ! »