Les solutions des coopératives pour des emplois de qualité

Publié le 16/10/2014

Elles répondent à des besoins de proximité, elles n’ont pas de comptes à rendre à des actionnaires, elles ont la capacité d’investir de nombreux secteurs. Les coopératives peuvent, avec l’aide des États, apporter leur contribution à une économie plus inclusive.

Dans un contexte économique mondial morose, avec 220 millions de chômeurs et des perspectives de croissance globale revues à la baisse, le mouvement coopératif a un rôle important à jouer pour relancer l’emploi. Les 3 000 participants au deuxième Sommet international des coopératives, qui s’est tenu à Québec du 6 au 9 octobre, en sont persuadés.

Depuis 2008, ces entreprises, dont le fonctionnement est fondé sur des principes démocratiques, ont en effet prouvé leur capacité de résistance aux chocs conjoncturels, une qualité reconnue par de nombreuses institutions internationales telles que l’Onu, l’OIT ou le Parlement européen. Elles ont démontré la solidité de leur modèle d’affaires, qui répond avant tout au besoin de leurs membres et non à la recherche de bénéfices à court terme et qui crée des emplois moins exposés aux délocalisations.

À contre-courant de la dégradation de la qualité des emplois

   

Qu’est-ce qu’une coopérative ?

Les sept principes qui permettent de définir une coopérative ont été énoncés en 1895 par l’Alliance coopérative internationale. Il s’agit de l’adhésion volontaire et ouverte à tous, le pouvoir démocratique exercé par les membres, l’autonomie et l’indépendance, l’éducation, la formation et l’information, la coopération entre coopératives et l’engagement envers la communauté.

Ainsi, les coopératives sont fondées
sur le principe « un membre, une voix », peu importent les parts qu’il possède.

 Les coopératives à l’échelle mondiale

• 2,6 millions de coopératives et mutuelles présentes dans 145 pays.
• Un milliard de membres.
• 12,6 millions d’équivalents temps plein.
• 20 000 milliards de dollars d’actifs.
• 3 000 milliards de dollars de revenus annuels.

Source : Recensement mondial des coopératives, Dave Grace and Associates pour l’Organisation des Nations unies, avril 2014.

   

Une étude mondiale menée par Cicopa (Organisation internationale des coopératives de production industrielle, artisanale et de services), présentée lors du sommet, estime qu’environ 250 millions de personnes travaillent dans le cadre d’une coopérative, près de 16 millions d’entre elles étant salariées. Le mouvement emploie 12 % des salariés des pays du G20.

Une enquête approfondie dans une dizaine de régions du monde démontre que ces emplois sont durables, que les écarts salariaux se révèlent modérés et que le niveau de protection sociale y est satisfaisant. Ce constat tranche avec l’observation par l’Organisation internationale du travail d’une dégradation de la qualité des emplois au sein des entreprises traditionnelles dans les pays développés depuis le début de la crise.

Un recensement des coopératives effectué pour l’Onu indique que les secteurs de la finance et de l’agriculture sont ceux qui comportent le plus grand nombre d’entreprises coopératives – mais que d’autres domaines, tels que la santé, sont plutôt délaissés par le mouvement. « Les États ont de moins en moins vocation à s’investir dans l’opérationnel pour se concentrer sur l’organisation du système de soins, souligne Sana de Courcelles, de l’Organisation mondiale de la santé. C’est une opportunité pour le développement des coopératives, dont le mode de gouvernance correspond aux besoins des patients puisqu’il permet de coconstruire les soins avec eux. »

L’environnement, les nouvelles technologies de l’information et de la communication sont également cités comme étant des secteurs potentiellement créateurs de nombreux emplois, et dans lesquels les coopératives auraient toute leur place.

En France, environ 50 000 entreprises de 10 à 100 salariés sont dirigées par des entrepreneurs de plus de 55 ans

La transmission d’entreprises traditionnelles à leurs salariés peut constituer une solution au problème démographique que rencontrent de nombreux employeurs. « En France, environ 50 000 entreprises de 10 à 100 salariés sont dirigées par des entrepreneurs de plus de 55 ans, souligne Patrick Lenancker, président de la Confédération générale des Scop. Or, les fonds d’investissement sont de plus en plus frileux pour reprendre ces structures. De 10 à 20 % d’entre elles risquent de disparaître. » Leur transmission aux salariés permettrait donc de conserver ces emplois.

La transmission aux salariés pour préserver l’emploi

Les panélistes font toutefois preuve de prudence quant aux conditions de réussite de la transformation de ces entreprises en coopératives : elles doivent être en bonne santé financière, l’information des salariés doit être la plus transparente possible, la formation et l’accompagnement vers ce changement culturel sont primordiaux. La présence d’un syndicat dans l’entreprise est présentée comme un facteur facilitant ces deux derniers critères et permet une meilleure anticipation de l’opération.

En France, la récente loi Hamon sur l’économie sociale et solidaire a créé le statut de Scop d’amorçage, qui donne sept ans aux salariés pour acquérir la totalité des parts de l’entreprise. Un fonds public, éthique ou d’épargne salariale peut assurer cette transition en achetant initialement ces parts et en les cédant progressivement.