Entre la CFDT et France Nature Environnement, un dialogue naturel

Publié le 13/01/2010 à 00H00 (mis à jour le 06/01/2012 à 14H51)
En décembre, la CFDT et France Nature Environnement ont conclu un accord de coopération inédit. Dans quel but, sous quelles formes et selon quelles modalités ? Marcel Grignard, secrétaire général adjoint de la CFDT, et Sébastien Genest, président de FNE, détaillent les points clés de cette démarche commune.

Pourquoi la CFDT et France Nature Environnement ont-elles convenu d’un accord de coopération ?

Marcel Grignard : Le rôle du syndicalisme n’est pas de faire des discours politiques, mais de changer concrètement la vie des salariés au quotidien. Depuis longtemps, la CFDT est engagée pour que la question environnementale soit présente dans ses actions. Cet engagement nous a amené à prendre position sur de nombreux dossiers, en particulier le Grenelle de l’environnement ou le sommet de Copenhague. Dans ce cadre, nous avons l’habitude de travailler avec des ONG (organisations non gouvernementales) au niveau national. Aujourd’hui, il est nécessaire de passer au stade supérieur, pour que toute l’organisation s’implique et que l’engagement environnemental de la CFDT ne soit pas qu’un discours.

Sébastien Genest : Cet accord poursuit les multiples échanges développés à l’occasion du Grenelle de l’environnement. C’est dans la logique des choses. Si l’on fait le constat que notre mode de vie n’est plus tenable à long terme en raison des capacités finies de la planète, on doit faire évoluer nos modes de production et de consommation. Or la phase de transition est aussi importante que l’objectif final dans ses dimensions sociales et économiques.

Comment FNE intègre-t-elle la dimension sociale d’un développement durable souvent réduit à son pilier environnemental ?

S. G. : Cette dimension est intégrée de longue date dans notre réflexion. Mais plus on avance dans la crise écologique et plus l’angle environnemental prend le pas sur les autres aspects. Cela peut devenir un écueil, car dans le “comment on fait ?”, il faut tenir compte de l’humain. Il faut trouver un équilibre entre les problèmes environnementaux, la construction d’un développement soutenable et les hommes et femmes qui interviennent dans toutes les activités.

Pour FNE, cela se traduit par la volonté de trouver des solutions progressives qui tiennent compte de l’adaptation et de la transition. Nous sommes notamment très attentifs à la question de la formation professionnelle, à laquelle la CFDT est très attachée, autour de la notion de sécurisation des parcours professionnels. Il faut aller rapidement vers une évolution de nos modes de vie, ce qui suppose d’adapter les outils de production et donc de former les salariés à de nouvelles activités. C’est là qu’intervient la complémentarité entre nos organisations.

Concrètement, quelle forme va prendre cette coopération ?

M. G. : L’accord de coopération va porter sur trois aspects. D’une part, il s’agit de confronter nos points de vue et de rendre publiques nos positions communes sur de grands sujets nationaux, comme les suites de Copenhague, la taxe carbone, etc. D’autre part, il s’agit de réfléchir à une économie incluant les enjeux du développement durable et le respect de l’environnement. Dans ce cadre, la CFDT participe, avec d’autres acteurs, au travail de la mission économique initiée par FNE. Enfin, au niveau local, dans les régions, nous devons confronter nos points de vue sur des sujets comme le tracé d’une ligne TGV ou l’implantation d’un nouvel aéroport.

En quoi consiste la mission économique créée par FNE ?

S. G. : En tant que fédération des associations de protection de la nature, si nous n’avons pas à nous seuls la vérité vraie, nous sommes détenteurs d’une partie de celle-ci. L’idée, c’est donc de confronter nos points de vue avec ceux d’autres acteurs – la CLCV pour les associations de consommateurs, la CFDT pour les organisations syndicales et un certain nombre de grandes entreprises de différents secteurs d’activité – pour avancer plus vite dans la réflexion prospective sur l’adaptation de notre système de société. Les premières conclusions de la mission seront présentées au congrès de FNE, fin mars à Toulouse. L’objectif, c’est que le plus grand nombre s’approprie cette réflexion pour la mener plus loin. Il s’agit de trouver les solutions d’après-demain qui soient viables et d’en imaginer les transitions.

Quel peut être le bénéfice d’un tel accord ?

M. G. : Il s’agit d’armer, de structurer, de rendre politiquement plus forte la société civile dans notre pays. La démocratie sociale et l’organisation de la société civile participent toutes deux de la qualité de la démocratie dans son ensemble.

Cela passe par le dialogue ?

M. G. : La question du développement durable est celle de la capacité à construire des compromis entre parties prenantes aux intérêts divergents, voire contradictoires. Soit c’est la solution du plus fort, comme on l’a vu dans la crise, avec le diktat de la finance sur l’économie, soit on fait le constat que la situation est complexe, que les enjeux sont contradictoires et qu’il y a des effets secondaires qui doivent être pris en compte, ce qui suppose de dialoguer avec les autres parties prenantes. Ça va dans le sens de l’histoire et de ce que revendique la CFDT.

S. G. : L’environnement, c’est l’affaire de tous et la crise écologique aura un impact sur tous nos modes de vie. Partant de là, le rapprochement devient naturel. Seules les solutions trouvées sur la base d’un diagnostic partagé seront soutenables.

Propos recueillis par Aurélie Seigne

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