Des propositions communes pour “réinventer la croissance”

Publié le 05/06/2013

"Une croissance forte est possible en France." Dans une période qui incline au pessimisme, l’affirmation détonne d’autant plus qu’elle ne relève pas de l’incantation. Elle est le fruit d’un diagnostic précis, élaboré par six organisations syndicales (CFDT, CFTC, CGC) et patronales (Medef, CGPME et UPA), dans le cadre de la délibération économique engagée depuis 2005.

Cette démarche avait déjà donné lieu, en 2011, à une approche commune concernant les « clés de la compétitivité française », ayant servi de référence aux travaux de la CNI (Conférence nationale de l’industrie) et au rapport Gallois. Ce second opus de 165 pages, intitulé Réinventer la croissance et présenté le 28 mai au siège du Medef, constitue donc une nouvelle étape dans l’élaboration des « lignes de force » de l’économie française par les partenaires sociaux. Cela traduit une avancée du dialogue social et une volonté plus claire de devenir des « partenaires économiques ».

« La CFDT ne veut pas être simplement un témoin de ce que vivent les salariés. Loin de la complainte habituelle sur le déclin inéluctable, nous voulons être force de proposition », a rappelé Laurent Berger lors de la présentation du rapport, résumant bien la position des partenaires sociaux dans ce travail commun : « lutter contre les attitudes défensives en proposant une vision positive et conquérante de l’économie française ».

Si la croissance ne se décrète pas, ses conditions, elles, se décident.

À travers ce rapport, patronat et syndicats (FO et la CGT, qui n’avaient pas participé à l’élaboration du premier rapport, ont choisi de ne pas contribuer au second) livrent leur analyse des conditions à mettre en œuvre pour retrouver le chemin de la croissance : redéfinir un nouveau paradigme économique de croissance permettant d’accompagner les bouleversements en cours. Et ils définissent les secteurs clés, à fort potentiel de croissance et de création d’emplois, qui devront être considérés comme prioritaires pour les investissements d’avenir.

« Si la croissance ne se décrète pas, ses conditions, elles, se décident », indique le rapport. La priorité est donc de redéfinir ces conditions, en partant du principe que le modèle de développement actuel doit être intégralement repensé afin de répondre aux défis économiques, environnementaux, géopolitiques… Le nouveau schéma de croissance devra répondre à quatre nécessités : intégrer les impératifs de développement durable (réduction de la dépendance aux énergies fossiles notamment, tout en conjuguant contraintes économiques, sociales et environnementales) ; mieux articuler la logique de développement des entreprises (se rapprocher des marchés, produire aux meilleurs coûts…) et des territoires, qui actuellement se révèlent de plus en plus antinomiques ; développer l’offre combinée de biens et de services (solutions industrielles comprenant des services tels que le service après-vente, l’assistance, etc.) ; renforcer les coopérations entre PME et grands groupes dans une logique de filière.

Promouvoir la « marque France »

Dans le dessein de répondre à ces exigences ainsi qu’aux futurs besoins sociétaux, sept secteurs prioritaires ont été identifiés : nouvelles technologies, économie verte, énergie, mobilité, savoir-faire français, besoins nouveaux liés à l’allongement de la vie et solutions de santé. C’est sur ces filières d’avenir qu’il s’agira de concentrer les efforts : efforts d’investissements (industriels et de formation) français comme européens, puisque l’Europe est considérée comme un pilier des politiques économiques à construire, mais également efforts juridiques et législatifs (simplification, stabilité des politiques et des dispositifs, etc.).

Dans ces secteurs-clés, la France possède déjà des atouts… qu’il s’agira de mieux exploiter : par exemple, promouvoir de manière plus ambitieuse la « marque France ». Le rapport pointe aussi les handicaps et les faiblesses et fait des préconisations pour y remédier. Comme en matière de transports, sujet sur lequel le rapport, très critique à l’égard des politiques actuelles, recommande de moderniser l’existant et d’améliorer la qualité de service, « très médiocre aujourd’hui ». Sont également abordées les nouvelles technologies, à propos desquelles on prend acte des difficultés à « entrer de plain-pied dans l’économie numérique » (une nécessité qui concerne particulièrement les PME). L’objectif consiste en une diffusion et une adaptation plus rapide à ces technologies, ainsi qu’en une plus grande capacité à passer des innovations à la mise sur le marché.

Un rôle central pour le dialogue social.

En matière de « verdissement » de l’économie, le rapport en appelle à une stabilisation des politiques publiques nationales et européennes (tarifaires, fiscales et réglementaires) ainsi qu’à un renforcement des dispositifs de soutien aux secteurs moteurs (énergies renouvelables, bois, chimie végétale, etc.).

Ce nouveau schéma de croissance devra s’appuyer sur un mode de gouvernance renouvelé, avec un rôle central du dialogue social. Ce diagnostic posé et ces préconisations effectuées, les partenaires sociaux entendent « verser ce document au débat public ». Il sera au cœur des échanges qui auront lieu lors de la table ronde consacrée aux filières d’avenir pendant la conférence sociale des 20 et 21 juin. « Il devra aussi servir de base de réflexion dans les branches et les territoires, explique Patrick Pierron, secrétaire national, qui a participé à l’élaboration du rapport. Nous ne prétendons pas donner un “business plan” sur chacune des filières, mais nous avons au moins fixé des grands axes, des perspectives, que chacun doit désormais décliner localement, au plus près de son activité. » La perspective du retour de la croissance devrait être suffisamment motivante pour que chacun s’en empare.

epirat@cfdt.fr

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