Conférence sur le climat : le “carton jaune” décerné par la société civile

Publié le 29/11/2013

La 19e Conférence des parties à la convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP 19), qui s’est tenue à Varsovie du 11 au 22 novembre, s’est achevée sans que soit prise la moindre décision concrète en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Seul fait marquant : le coup d’éclat des ONG, associations et syndicats, qui ont claqué la porte, à la veille de la clôture, en signe de protestation contre l’inertie des responsables politiques.

Une énième conférence onusienne pour rien ? « Cette conférence aura eu pour seul mérite de maintenir vivant le processus de négociation sur le réchauffement climatique, qui patine gravement depuis plusieurs années », résume Thierry Dedieu, chargé du dossier à la CFDT et présent lors des négociations. Un maigre bilan, donc, au regard de ce qui devait être une conférence de préparation du futur accord mondial devant être conclu en 2015, et qui prendra le relais du protocole de Kyoto. Rappelons qu’en 2011, à Durban (Afrique du Sud), les 190 pays membres de la Convention des Nations unies sur les changements climatiques s’étaient donné quatre ans pour parvenir à un accord mondial engageant les pays à réduire leurs émissions en vue de contenir le réchauffement climatique en deçà de 2 °C d’ici à 2100. Varsovie devait donc constituer une étape cruciale pour en définir les grandes lignes.

Aucune avancée significative

Au final, il n’y a aucune avancée significative ni, a fortiori, d’objectif chiffré. Rien sur les deux dossiers principaux de cette conférence, sur lesquels des progrès étaient attendus : les éventuels engagements des pays en matière de réduction des GES (gaz à effet de serre) et la définition de la feuille de route pour l’accord de 2015, ainsi que les financements nécessaires en faveur des deux principaux fonds pour le changement climatique : d’une part, le Fonds vert pour le climat, créé en 2010 à Cancún, devant aider les pays en développement, particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique, et, d’autre part, le Fonds d’adaptation au changement climatique. Seul petit signe positif : la recapitalisation, à hauteur de 100 millions de dollars, du Fonds d’adaptation, par neuf pays européens. « Quand on sait que l’accord de Cancún en faveur du Fonds vert avait fixé l’objectif ambitieux de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020, on mesure mieux l’écart entre les intentions et la réalité ! », s’exclame Thierry.

Il est vraiment urgent de passer à l’action

Face à cette inertie, les 800 représentants de la société civile présents à Varsovie ont littéralement fulminé. Jeudi, à quelques heures de la clôture, ils ont décidé, dans une unanimité jamais vue, de quitter la conférence. « Nous pensions que le drame des Philippines, récemment frappées par le typhon Haiyan, allait impulser une autre dynamique à la conférence. Au lieu de cela, nous avons entendu le Japon et l’Australie réviser à la baisse leurs objectifs d’émissions. C’est inacceptable ! Aucun pays ne veut faire ce qu’il faut pour tirer la négociation vers le haut », a tonné une représentante de Greenpeace France. « Depuis Durban, et alors que les signaux du réchauffement climatique se font de plus en plus inquiétants, nous n’avons pas avancé. Nous avons vu que les ministres présents à Varsovie n’avaient pas de mandat, pas de proposition », s’indigne à son tour Thierry Dedieu. Mais comme l’indiquait leur slogan – ¡Volveremos! (« Nous reviendrons ! »), en référence à la conférence intermédiaire qui se tiendra à Lima au Pérou l’an prochain), les délégués de la société civile ont rappelé qu’ils feront entendre leur voix pour appeler les responsables politiques à prendre leurs responsabilités. « Sinon, nous risquons de réitérer l’échec de Copenhague, en arrivant la veille de la conférence sans projet d’accord », prévient le responsable CFDT. Le temps n’est-il pas venu que les opinions publiques se mobilisent ?

epirat@cfdt.fr