Circuits de distribution : en finir avec la guerre des prix

Publié le 22/07/2016

Depuis des années, la guerre des prix empoisonne les relations entre les acteurs de la chaîne de distribution alimentaire et détruit la valeur des produits que nous consommons. À l’initiative de la CFDT, un avis du Conseil économique, social et environnemental (Cese) vient d’être voté pour remettre de la transparence dans le circuit et de la qualité dans nos assiettes.

Plusieurs enquêtes du Cese ont déjà porté sur les produits alimentaires (prix, nutrition, étiquetage, gaspillage) mais c’est un nouvel aspect de la filière qui est étudié ici : comment la complexité des circuits de distribution alimentaire influence directement la diversité et la qualité des produits. Le travail réalisé s’attache à comprendre pourquoi, dans ce secteur, l’un des plus importants de l’industrie française, les marges sont de plus en plus faibles, les prix de plus en plus bas, et pourquoi la confiance du consommateur s’est perdue. Des producteurs (agriculteurs, éleveurs, aquaculteurs et pêcheurs) aux transformateurs de l’industrie agroalimentaire pour arriver aux distributeurs qui en assurent la commercialisation, auxquels il faut ajouter les acteurs du transport et du stockage, la course à la productivité impacte aujourd’hui toute la filière. L’Observatoire des prix et des marges le confirme : les marges ne dépassent plus 1 à 2 % pour les distributeurs comme pour les industries agroalimentaires, et elles sont souvent négatives pour les producteurs, tout en maintenant de très bas salaires dans l’agroalimentaire. Enfin, cette économie ne profite guère plus aux consommateurs puisque, depuis 2013, les gains à l’arrivée représentent moins de trois euros par ménage et par mois…

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Le renouveau

des circuits courts

Leur progression est l’expression de plus en plus forte de la défiance de certains consommateurs vis-à-vis d’un modèle alimentaire qui ne répond plus à leurs exigences. Un circuit court, selon la définition du ministère de l’Agriculture, comporte au maximum un intermédiaire entre le producteur et le consommateur, sans restriction sur la distance parcourue par le produit. Donc, il ne faut surtout pas le confondre avec le circuit de proximité. En revanche, dès qu’il y a transformation du produit par un autre acteur, y compris par une petite entreprise artisanale locale et qui n’en assure pas la vente, le circuit redevient « long ».

     

Cesser le jeu de massacre

En cause, notamment, selon le Cese : notre système de distribution très concentré et très puissant ; six enseignes seulement assurent 80 % des ventes de produits alimentaires dans l’Hexagone avec pour stratégie commerciale de pratiquer les plus bas prix. Au-delà du prix, chaque produit alimentaire est constitué d’une chaîne de valeurs où chacun des acteurs doit pouvoir prendre sa place. « Quand la course à la compétitivité, notamment vis-à-vis de la production internationale, atteint ses limites parce qu’elle conduit à remettre en cause la valeur des produits et compromet notre indépendance alimentaire, elle finit par fragiliser les entreprises à tous les échelons de la filière », constate l’avis du Cese. Ainsi, en 2016, l’Ania (Association nationale des industries alimentaires) a déjà déclaré plus de 300 plaintes d’entreprises de toutes tailles liées à des demandes abusives de la part de la grande distribution. Et, depuis 2014, ce sont 262 entreprises, majoritairement des PME et TPE, qui ont vu leurs marques disparaître des rayons des grandes et moyennes surfaces, ce qui compromet directement leur survie. Interrogés un par un, les différents acteurs de la filière se déclarent tous vertueux et se rejettent la faute les uns sur les autres. Mais, rapporte le Cese, « la plupart des acteurs perçoivent la violence et l’absurdité du système ». Tous ont été amenés, à travers ce constat, à formuler des préconisations qui visent à redéfinir les conditions l’une responsabilité partagée. 


Albert Ritzenthaler

“Actuellement, tous les coups semblent permis”

Coordinateur du groupe CFDT au Cese et rapporteur de l’avis sur les circuits de distribution des produits alimentaires.

Tous les acteurs de la chaîne de distribution alimentaire sont concernés par les préconisations du Cese. Parmi celles-ci, quelle est celle qui fait consensus ?

Tous admettent que l’équilibre des relations commerciales a été modifié par la loi de modernisation de l’économie de 2008 qui a supprimé les prix fixes des fournisseurs. Actuellement, tous les coups semblent permis. Le Cese recommande de faire un bilan de cette loi qui a transformé l’équilibre des négociations commerciales, dont la brutalité est dénoncée chaque année par les producteurs et les transformateurs. Il faut stopper l’engrenage des contrats négociés en cascade, qui dévalorisent le produit, et renforcer les contrôles, la protection des lanceurs d’alerte, l’accès à la médiation et le rôle pacificateur des organisations de filières. De même, les organisations de producteurs doivent se structurer davantage pour peser sur la relation commerciale.

Comment favoriser le développement de nouveaux circuits de distribution ?

Le Cese préconise le développement des circuits courts et de proximité pour répondre à la demande conjointe des producteurs et des consommateurs. Pour les structurer, nous proposons de développer des projets à l’échelle des territoires, soutenus par les régions, en favorisant l’implantation d’outils de proximité (légumeries, abattoirs, ateliers de découpe…). Ils contribueraient à lutter contre le gaspillage alimentaire dès la phase de production, faciliteraient l’approvisionnement de la restauration collective et assureraient aux producteurs un marché suffisant. Une proposition de loi est actuellement débattue en ce sens au Parlement.

Comment sensibiliser le consommateur à la valeur des produits alimentaires ?

Nous proposons de réglementer, voire d’interdire, les prospectus papier et autres comparateurs qui ne vantent que les prix, et de les remplacer par des informations utiles qui visent à éclairer le consommateur. Les signes officiels d’identification de la qualité et de l’origine (SIQO), tels les labels « Rouge » ou « bio », devraient être mieux distingués des labels marketing par un signe distinctif commun, en référence aux contrôles de l’État et aux cahiers des charges qui les caractérisent. Sur certains produits emblématiques, il faudrait afficher clairement en magasin la répartition de leur valeur sociale et environnementale. L’origine des principaux ingrédients de tous les produits préemballés transformés doit également pouvoir être identifiée, et pas uniquement pour les produits laitiers ou la viande.

cnillus@cfdt.fr