5e rapport du Giec : il pourrait faire beaucoup plus chaud en 2100 !

Publié le 18/04/2014

Selon les experts internationaux, le réchauffement climatique est contrôlable si l’on adopte des mesures immédiates de réduction des émissions de gaz à effet de serre. La CFDT prend toute sa part dans la transition énergétique qui s’annonce.

   O   
    Qu'est-ce que le Giec ?   

Les activités humaines, notamment l’usage des énergies fossiles, ont conduit à une hausse exceptionnelle de la concentration des gaz à effet de serre. Ces gaz transforment le climat à un rythme jamais vu par le passé » : telle est la conclusion du cinquième rapport du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), présenté le 13 avril dernier. Ce rapport confirme des scénarios connus : la température va augmenter d’ici à la fin du siècle entre 0,3 et 4,8 °C. Les experts du Giec estiment que le réchauffement est d’origine humaine selon une probabilité supérieure à 95 %. Le niveau des mers va s’élever jusqu’à 1 mètre. Les cyclones, les sécheresses et les pluies vont se produire plus fréquemment et plus longtemps. Ces événements climatiques vont accroître l’insécurité alimentaire en frappant d’abord l’agriculture. L’humanité connaîtra davantage de problèmes sanitaires et verra de nombre d’espèces disparaître. Le rapport montre que tout cela causera de nombreux et massifs déplacements de population engendrant probablement des conflits. De plus, toujours selon les travaux du Giec, une augmentation de la température de 2 °C entraînera une perte de 0,2 à 2 % des revenus annuels mondiaux.

Les propositions du Giec

Les experts appellent de leurs vœux une limitation drastique et immédiate des émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, si l’on se fixe l’objectif de cantonner le réchauffement à + 2 °C, il faut réduire ces émissions de 40 à 70 % d’ici à 2050, puis les ramener à un niveau proche de zéro d’ici à 2100. Pour y parvenir, de grands changements sont nécessaires dans les secteurs de l’énergie (35 % des émissions), de l’agriculture, de l’industrie, des transports et du bâtiment. En outre, la production d’énergies peu carbonées (renouvelables ou nucléaire) va devoir au moins tripler d’ici à 2050. Cependant, « la solution du nucléaire n’est pas consensuelle, observe Dominique Olivier, secrétaire confédéral chargé du développement durable ; les sources d’approvisionnement sont limitées et pas toutes sécurisées. De plus, le nucléaire comporte une part de risques non maîtrisés. Du côté des renouvelables, deux obstacles majeurs vont être dépassés : le prix de revient, par exemple pour l’éolien et le solaire, devient très compétitif. Par ailleurs, apparaissent des énergies renouvelables (EnR) permanentes et non pas intermittentes : c’est le cas du gaz de biomasse, et demain des énergies marines ».

L’efficacité énergétique des bâtiments, le captage et le stockage du CO2, des normes contraignantes d’émission, des taxes carbone et un marché carbone mais aussi la réduction des subventions aux énergies fossiles seront nécessaires si l’on veut limiter les gaz à effet de serre dans l’avenir.

En prenant des mesures immédiates, la limitation du réchauffement à 2 °C semble possible, selon le Giec. Sauf que plus elles tarderont à être mises en place, plus elles demanderont d’efforts, et moins les objectifs seront atteignables – certains processus étant irréversibles, tels la disparition d’espèces animales et végétales ou l’acidification des océans.

Atténuation et adaptation

Le rapport du Giec préconise des solutions en fonction des régions du monde ou des typologies des pays. Celles-ci comportent deux volets : l’atténuation et l’adaptation. La première consiste en une réduction des émissions. On connaît l’arsenal des mesures à mettre en œuvre : moindre recours aux énergies fossiles (surtout le charbon), promotion des EnR, économies massives d’énergie, redevances écologiques, etc. Certaines commencent à être appliquées, mais il faut accélérer le mouvement. L’adaptation suppose de prendre en compte les grands bouleversements à venir, liés aux dérèglements climatiques et probablement inévitables. Les modifications des pratiques agricoles, les épisodes climatiques extrêmes (canicules, tempêtes, etc.) et les flux massifs de population vers des régions moins impactées par le réchauffement en font partie. Mais aussi la sauvegarde des espèces qui ne pourront pas, seules, ajuster leur comportement face aux conséquences du réchauffement.

Que fait la CFDT ?

En France, une loi sur la transition énergétique est en cours de préparation. Elle devrait être adoptée d’ici à la fin 2014. La CFDT y contribue avec ses partenaires. « Nous voulons une loi ambitieuse, affirme Dominique Olivier. Elle devra proposer un nouveau mode de développement, une nouvelle civilisation de l’énergie, plus proche des citoyens, plus conviviale et surtout non punitive. Elle ne devra pas non plus oublier la solidarité et la péréquation nécessaires à une égalité d’accès à l’énergie de demain. » L’action de la CFDT ne se limitera pas à sa contribution à l’élaboration de la loi. La transition énergétique devra se concrétiser ensuite dans les territoires. « Nos unions régionales auront alors un rôle à jouer dans sa mise en œuvre, et notamment dans l’accompagnement des salariés, qui verront leur travail transformé et devront faire face à des changements professionnels inhabituels mais passionnants. »

La CFDT intervient également auprès des décideurs internationaux à travers la Confédération européenne des syndicats (CES) et la Confédération syndicale internationale (CSI). « Il ne s’agit pas de manifester, explique Dominique Olivier, mais d’un travail de conviction afin d’obtenir des responsables politiques des engagements ambitieux. » Rappelons qu’en 2012, la CFDT avait envoyé une importante délégation pour participer aux débats de la Conférence de Rio+20.

Et l’écotaxe ?

L’écotaxe (aussi appelée redevance kilométrique poids lourds) devait entrer en application début janvier 2014. D’abord suspendue à la suite du mouvement des bonnets rouges, elle va être « remise à plat », dixit Ségolène Royal, la nouvelle ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie. Une telle décision envoie un mauvais signal aux pollueurs, comme l’a souligné Laurent Berger. « Elle n’a rien d’une fiscalité punitive, ajoute Dominique Olivier. Elle n’est que l’application du principe de justice “pollueur-payeur”. En attendant, ce sont les contribuables qui paient pour les transporteurs ! »

dblain@cfdt.fr