[vidéo] Mutations économiques : un dialogue social à inventer

Publié le 14/02/2014

Identifier les lieux stratégiques pour agir afin de faire face aux mutations économiques dans les territoires. Responsables et militants CFDT ont planché sur cette question les 4 et 5 février 2014.


      
    Pascal Lagarde, directeur exécutif de BPI France   

C’est peu dire que les politiques économiques et industrielles sont devenues, à force d’une multiplication des dispositifs, illisibles. Qui plus est lorsque les nombreuses initiatives nationales en faveur du redressement productif se déclinent à l’échelon régional et viennent impacter les politiques d’emploi : Conseil national de l’industrie, comités stratégiques de filières, Banque publique d’investissement (BPI), plateformes d’appui aux mutations économiques, Commission nationale des services… Il était donc urgent de donner une vision et une compréhension d’ensemble de cette nébuleuse aux responsables et mandatés emploi, formation et insertion, qui, dans leurs territoires, ont à s’impliquer dans la mise en œuvre de ces dispositifs.

De salutaires explications

Le séminaire des 4 et 5 février intitulé « Mathématiques de l’emploi, du national au local » a permis cet exercice salutaire de mise en perspective, là où les principaux intéressés finissaient par ne voir qu’un empilement de mesures sans cohérence. « Il est essentiel d’expliquer qui est qui et où cela se joue », résume Christian Janin, responsable confédéral du service Emploi-Sécurisation des parcours professionnels et l’un des organisateurs du séminaire. Tandis que la déclinaison territoriale des dispositifs se met très lentement et inégalement en place – installation des comités d’orientation régionaux de la BPI, où la CFDT a systématiquement un représentant, comités stratégiques de filière régionaux, etc. –, « nous devons identifier les lieux stratégiques pour éviter l’éparpillement mais aussi définir comment on les investit et quel rôle on peut y jouer. Si ce n’est que pour avoir une représentation institutionnelle de plus, on a autre chose à faire ! », précise Isabelle Martin, secrétaire confédérale chargée des politiques industrielles.

Connaître, comprendre afin d’agir syndicalement de façon efficace : voilà ce que pourrait être le triptyque du séminaire. D’où l’importance de l’exposé introductif dressant un panorama complet des dispositifs replacés dans leur cadre politique structurant. En l’occurrence, principalement le Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi, présenté en novembre 2012 par le président de la République, comportant 8 leviers de compétitivité et 35 mesures concrètes – parmi lesquelles le CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), le financement des PME à travers la BPI ou le développement des politiques de filières.

Des situations très diverses selon les territoires

      
    Jérôme Dupont, secrétaire général de la CFDT Champagne-Ardenne   

« Les outils permettant d’aborder l’avenir existent. Il y a désormais un véritable challenge syndical pour agir », a commenté Laurent Berger, pointant la nécessité de construire une « gouvernance quadripartite en région » – une évolution dans laquelle il s’est montré confiant – et d’inciter les acteurs étatiques, régionaux, industriels et les partenaires sociaux à coopérer. Soit une véritable révolution culturelle en France, pays jacobin où les acteurs sont davantage habitués à défendre leur pré carré qu’à travailler ensemble.

La situation est très inégale selon les territoires. Tandis que Rhône-Alpes a pu témoigner d’une bonne qualité des partenariats, d’autres ont pointé les difficultés à engager le dialogue, parfois liées à la personnalité des présidents de région, comme en Aquitaine ou en Auvergne. Or rappelons que ces derniers président, par exemple, les CRO (comités régionaux d’orientation) de la BPI, instances censées élaborer la doctrine d’investissement de la BPI en région. Les logiques de pré carré entre État et régions, voire entre services de l’État, freinent également les dynamiques locales, chacun voulant tirer la couverture à soi.

Heureusement, certaines régions semblent parvenues à dépasser ces concurrences et à créer de véritables dynamiques territoriales. C’est le cas en Champagne-Ardenne, où la CFDT a pris les choses en main pour aboutir à la signature d’un accord régional faisant le lien avec la BPI. En Pays de la Loire, où la qualité des coopérations entre acteurs a été renforcée depuis la crise de 2008-2009 (mise en place de la GPEC Compétences 2020 dans le bassin nazairien), la CFDT s’est impliquée dès l’installation du comité régional d’orientation de la BPI, en janvier 2013. Et elle a réussi à faire inscrire dans sa doctrine d’intervention et de financement (qui cible notamment certains secteurs tels le numérique, la transition énergétique ou les énergies marines renouvelables) un chapitre sur les entreprises en difficulté. « Même si ce n’est pas la première cible de la BPI, nous tenions à acter une possibilité de financement de ces entreprises, notamment pour accompagner leur rebond, comme lorsqu’elles ont trouvé un repreneur », explique Jacques Bordron, membre du CRO, qui souligne l’utilité de cette instance : « C’est un lieu unique permettant de discuter des diverses possibilités de financement pour les entreprises. Cela nous permet de donner des éléments à nos équipes. » Par ailleurs, le CRO de Pays de la Loire semble avoir choisi l’opérationnalité plutôt que le côté grand-messe, avec la création de groupes de travail en vue d’engager une réflexion prospective et de déterminer les besoins et les bons outils de financement selon les secteurs. Par exemple en termes de financement des industries agroalimentaires. La CFDT y participe activement et a investi chaque groupe de travail en y envoyant son responsable du dossier. « On est vraiment dans les travaux pratiques », se félicite le mandaté.

Des pactes régionaux qui mobilisent tous les acteurs

      
    Alain Gatti, secrétaire général de la CFDT Lorraine   

En Lorraine ou en Bretagne, la dynamique territoriale s’est traduite par des pactes régionaux très médiatisés, engagés en réponse à une crise aiguë : fermeture de Florange dans un cas, mouvement des bonnets rouges dans l’autre. A ainsi été prouvée la possibilité de mobiliser tous les acteurs et de mettre en cohérence différents dispositifs existants. En Bretagne, « la synergie entre le pro et l’interpro et une coopération solide avec le secteur agroalimentaire a mis une CFDT en ordre de marche au niveau régional », a expliqué Véronique Le Faucheur, de l’Uri Bretagne. Le choix d’un travail en intersyndicale et « de se saisir du pacte pour obtenir la création d’instances de gouvernance et un agenda social régional » faisait également partie de la stratégie.

Ces deux journées auront permis de souligner l’importance des nouvelles coopérations à bâtir dans les territoires, en veillant à une meilleure articulation entre le national et le local, sans qu’il y ait un modèle à suivre, mais en fonction des réalités territoriales. « Toutes nos organisations sont concernées par ce débat. Car la dynamique de coconstruction nécessite une coopération entre secteurs et territoires, entre nos fédérations et nos unions régionales », a lancé le secrétaire national Patrick Pierron en conclusion du séminaire.

epirat@cfdt.fr