« Une feuille de route vers le développement durable »

Publié le 13/09/2012 à 00H00
À la veille de la conférence environnementale au Conseil économique, social et environnemental, le secrétaire national Patrick Pierron en explicite les enjeux pour la CFDT.

La « conférence environnementale pour une transition écologique » se déroule les 14 et 15 septembre. La CFDT aurait préféré qu’elle s’intitule « conférence pour le développement durable ». Quelle est la différence ?

L’appellation conférence environnementale met la focale sur l’environnement, alors que le développement durable fait système en intégrant économique, social et environnemental. C’est la position que défend la CFDT, en revendiquant l’articulation des conférences environnementale et sociale – notamment sur la question des transitions professionnelles, qui doivent permettre de préparer les nouveaux métiers de l’économie dite verte, mais aussi de « verdir » l’ensemble des emplois dans tous les secteurs d’activité.

Quel est l’enjeu de cette conférence ?

Notre attente, c’est d’aboutir à une lecture de la France de demain en termes d’investissements, de choix, de stratégie de développement durable. Il s’agit de définir les activités futures et les emplois de qualité qui vont avec, de repenser la formation initiale et continue dans une logique de sécurisation des parcours professionnels, de faire des investissements dans les domaines de la recherche et développement, des économies d’énergies, etc., en tenant compte de leur empreinte écologique, de leur impact en termes de création d’activité et d’emplois. Si le bâtiment et les transports sont en première ligne, tous les secteurs sont concernés. En parallèle, la CFDT attend des avancées en matière de démocratisation et de pilotage.

C’est-à-dire ?

La question du débat public sur ces sujets a été esquissée au Grenelle de l’environnement [en 2007], mais il faut aller plus loin. Le débat sur les nanotechnologies, par exemple, a montré que le travail de la CNDP (Commission nationale du débat public) ne permet pas d’aller au-delà d’un débat d’initiés. Le processus doit permettre à la fois un débat institutionnel permettant aux corps constitués de contribuer, du local au national, et un débat civil où chaque citoyen puisse donner son avis et en suivre la traçabilité jusqu’à la décision finale du gouvernement.

Les suites du Grenelle ont montré que la principale difficulté résidait dans le manque de moyens. La table ronde consacrée à la fiscalité sera donc centrale ?

La fiscalité ne peut pas financer la France de demain. Elle peut accompagner, par exemple à travers des crédits d’impôts dédiés à l’isolation des bâtiments. Mais comme l’a montré le photovoltaïque, on ne peut fonder l’émergence d’une filière sur la seule fiscalité. Il faut donc trouver des financements innovants, et la CFDT a plaidé auprès de la ministre de l’Écologie pour que ce sujet soit mis à l’ordre du jour de la table ronde. On ne créera pas de filière nouvelle – que ce soit le photovoltaïque, l’éolien, les énergies marines ou le véhicule électrique – sans financements mixtes. Le débat est identique au niveau mondial quand nous revendiquons à Rio+20 un fonds de transition qui permette d’engager des mutations technologiques, comportementales, professionnelles de moyen et long termes.

La gouvernance fera également l’objet d’une des cinq tables rondes. Quel est l’enjeu pour la CFDT en la matière ?

Actuellement, on traite de questions industrielles au sein de la Conférence nationale pour l’industrie, d’emploi au sein du Conseil d’orientation pour l’emploi, des suites du Grenelle au sein du Comité national du développement durable, etc. Il faut un pilotage d’ensemble, au plus haut niveau de l’État. Chaque investissement, chaque décision doivent être passés au prisme du développement durable à travers ses trois piliers : l’économique, le social, l’environnemental.

Que devra contenir la feuille de route pour que la CFDT soit satisfaite à l’issue de la conférence sociale ?

Elle devra donner de la visibilité sur la transition énergétique à venir. Elle devra donner un cadre au débat public et des échéances : si l’on décide que la part du nucléaire doit être portée à 50 % du mix énergétique, ceux qui travaillent dans cette industrie doivent savoir à quel horizon cela se fera, quelles en seront les ­incidences en termes d’emploi et de formation, car de nouvelles compétences, par exemple dans le démantèlement des centrales nucléaires, devront émerger. Cela suppose de prendre ces décisions en tenant compte des enjeux de l’aménagement du territoire et en impulsant dès à présent un dialogue social sur les transitions professionnelles.

Une telle feuille de route n’exclut pas des mesures d’urgence, notamment sur l’isolation thermique, ce qui permettrait de diminuer la facture énergétique du citoyen comme de l’État – et donc de réduire le déficit du commerce extérieur – mais aussi de relancer l’emploi dans le bâtiment et de faire émerger de nouvelles filières. C’est bon pour l’emploi, c’est bon pour l’économie, c’est bon pour l’environnement. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Plus on sera clair sur la trajectoire, plus les financeurs, les salariés et les citoyens seront confiants. Or la confiance, ça ne fait pas tout, mais c’est essentiel si l’on veut redresser le pays. Il nous faut donner à lire ce que sera le modèle de développement français – et idéalement européen – reposant sur la croissance lue non pas au prisme du seul produit intérieur brut mais des indicateurs du développement durable.

Propos recueillis par Aurélie Seigne

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