"Le coût du travail n'est pas l'alpha et l'omega de la compétitivité"

Publié le 30/10/2012 à 00H00
Alors que la compétitivité et de coût du travail focalisent l'attention des médias, la secrétaire nationale Véronique Descacq précise les propositions de la CFDT.

Les PDG des 98 plus grandes entreprises françaises demandent, au nom de la compétitivité, une baisse du coût du travail de 30 milliards d’euros sur deux ans. Qu’en pense la CFDT ?

Si le coût du travail est un sujet important en matière de compétitivité, il n’est, n’en déplaise à certains employeurs, qu’un des éléments à prendre en compte. Le retard français est dû à d’autres facteurs comme le défaut d’investissement, d’innovation, de R&D, de formation des salariés, ou encore une absence de positionnement dans le haut de gamme, ainsi qu’un dialogue social trop souvent défaillant qui empêche une bonne anticipation. Ce constat, nous l’avons fait conjointement avec le patronat, la CFTC et la CFE-CGC lors de la délibération économique.

Pour autant, on ne peut nier que certaines activités souffrent d’un problème de coût du travail, en particulier dans les activités très exposées à la concurrence internationale. Pour la CFDT, cette question de la concurrence par le coût du travail devrait être en priorité régulée au niveau européen. En effet, 80 % de nos échanges économiques se font désormais au sein de l’Union européenne.

La CFDT a tout de même des propositions à faire au niveau national ?

La CFDT est prête, et nous le disons depuis longtemps, à débattre du transfert des cotisations sociales pour les risques universels vers une contribution plus large que les revenus du travail. Ces risques devraient être financés par tous les revenus (travail salarié, professions non salariées, certains revenus de remplacement, revenus du patrimoine…), car ils bénéficient à tous et pas uniquement aux salariés. D’où notre proposition d’un transfert de ces cotisations vers la CSG, à la condition que cette opération ne pénalise pas le salaire net.

Une chose est certaine : baisser le coût du travail de 30 milliards d’euros en deux ans comme le demandent les 98 grands patrons français est impossible sans toucher au pouvoir d’achat des salariés, ce qui ne manquerait pas d’impacter négativement la consommation, déjà en berne.

Enfin, comme le rappelait François Chérèque en mars dernier, « la compétitivité n’est pas une fin en soi, elle est une condition de l’emploi, de la cohésion sociale et de la croissance ».

Propos recueillis par Nicolas Ballot