Double reconnaissance pour la section CFDT de Rexel

Publié le 26/03/2015

Avec une stratégie très volontariste et innovante, la section CFDT s’est imposée comme première organisation syndicale aux élections. Elle a aussi multiplié par deux le nombre de ses adhérents.

« C’est une grande aventure qui commence et, en même temps, on est attendus au tournant. » L’aventure, c’est d’avoir atteint l’objectif que Monique Perron, déléguée syndicale référente chez Rexel, s’était fixé il y a quatre ans : faire de la CFDT la première organisation de l’entreprise et pouvoir signer seule des accords. C’est aujourd’hui chose faite : la section CFDT de Rexel a remporté les élections de janvier dernier avec 44,2 % des voix. Le tournant, c’est que les autres organisations syndicales ne vont pas manquer de critiquer la nouvelle équipe en place au comité d’entreprise. Mais Monique et son équipe en ont vu d’autres…

Ainsi, lorsqu’en 2014, l’entreprise a unifié son comité d’entreprise. Les 4 600 salariés du groupe, qui distribue du matériel électrique dans toute la France, sont répartis dans 414 agences commerciales, neuf centres logistiques, quatre plateformes administratives et au siège social. Pour faire face à cet éparpillement – certaines agences n’ont que deux salariés –, Rexel France avait mis en place cinq comités d’entreprise décentralisés. « Ils répondaient mal aux besoins des salariés, se rappelle Agnès Rouissi, déléguée syndicale du centre de Roissy-en-Brie. Tous n’offraient pas les mêmes services. Certains étaient riches, d’autres demandaient des expertises extérieures mais n’en avaient pas les moyens. » Une réforme s’imposait.

Un comité d’entreprise unique

La direction propose alors de ramener le nombre de comités d’entreprise à trois, un par filière : logistique, administrative et commerciale. « Cela aurait créé de véritables inégalités, explique Monique Perron. Les commerciaux représentent 70 % des effectifs de Rexel, la logistique 20 % et les administratifs 10 %. Il fallait parvenir à une meilleure représentativité des différents métiers, ce qui n’était pas le cas jusque-là, les commerciaux étant largement sous-représentés. » L’équipe CFDT cogite, débat et parvient à cette conclusion innovante qu’elle propose à la direction : il faut un comité d’entreprise unique.

La direction accepte. CGT, CFTC et FO montent immédiatement au créneau, accusant la CFDT de collusion avec la direction. Elles lui reprochent de vouloir faire un comité d’entreprise trop parisien, de négliger la proximité et de réduire le nombre d’élus, de cent pour animer les cinq CE existants à une trentaine. « La proximité ? Mais c’est le rôle des délégués du personnel qui s’en trouve renforcé ! », rétorque Monique, selon qui « la seule question qui vaille, c’est de savoir si on fait du syndicalisme pour défendre nos postes ou dans l’intérêt des salariés ». La réponse s’impose avec évidence à la section CFDT… mais pas aux autres organisations, qui demandent l’arbitrage de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte).

Une stratégie et des objectifs communs à tous les élus

   


La CFDT première organisation

Les élections de janvier 2015 ont placé la CFDT en tête avec 44,2 % des voix, soit une progression de 19,36 points par rapport à 2010. Elle devance de loin la CGT à 22,72 % (– 9), FO à 16,47 % (– 3,7) et la CGC à 12,80 % (– 9,2). La CFTC et l’Unsa ont perdu leur représentativité avec 3,87 % (– 6,69) et 3,47 % (– 7,1).

Sur tous les fronts

La section a présenté des listes représentatives des divers métiers (administratifs, commerciaux et logistiques), des différents collèges (employés, techniciens, agents de maîtrise et cadres) et de toutes les régions de France. Dans sa profession de foi, elle a mis en avant le comité d’entreprise unique, qui doit permettre à tous les salariés d’avoir accès aux mêmes prestations. Faire reconnaître la pénibilité devrait être l’un des prochains axes de travail de la section, notamment dans la logistique. « C’est un métier très physique dans lequel on est soumis à des horaires décalés », affirme Agnès Rouissi.

   

Là, pendant trois heures et demie, Monique va défendre le CE unique et… convaincre. De son côté, la direction souhaite parvenir à un accord majoritaire sur cette question : elle propose de faire passer le budget du CE de 0,64 à 0,70 % de la masse salariale si tel est le cas. Sans succès. Résultat : la CGT, FO et la CFTC doivent répondre d’une perte de 95 000 euros pour les salariés ! Et la pugnacité et la force des arguments de la section ont pesé lors des élections de janvier. « Nous avons aussi présenté une liste conforme à la représentativité des professions dans l’entreprise, raconte Agnès Rouissi. Les salariés s’y sont sans doute reconnus. »

Le succès de la CFDT ne repose donc pas sur le seul fait d’armes du CE unique. Il s’inscrit dans une stratégie et des objectifs de long terme que s’est fixés la section. Comme le dit Monique Perron, « si on n’a pas d’objectif, on ne risque pas de l’atteindre ». En 2006, la CFDT est troisième organisation syndicale dans une entreprise dominée par la CGT. La section s’emploie à devenir deuxième organisation en 2010, année où elle atteint le score de 24,84 %. Elle se fixe alors le but de devenir première. On connaît la suite.

« Notre travail a commencé au lendemain des élections de 2010 et pas trois mois avant les élections de 2015 », indique Monique. Transparence, explications, communication, crédibilité ont été, pendant ces quatre années, les maîtres mots de la section, dans laquelle tous les militants sont au même niveau d’information. « On signe, on s’explique. On ne signe pas, on s’explique », commente-t-elle. Et ce ne sont pas les sujets qui manquent. Négociations annuelles obligatoires (NAO), gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC), égalité hommes-femmes, contrats de génération, accord handicap, dépendance… : à chaque fois, la section obtient des avancées. « Nos éclairages sur les enjeux sont très attendus par les salariés », explique Agnès Rouissi

Des négociations préparées et ouvertes aux nouveaux venus

« Notre secret, c’est le travail », lâche Monique, qui étudie dans le détail et avec son équipe les trente pages de graphiques et de chiffres fournis par la direction avant le début des prochaines NAO. Loïc Fretay, tout nouveau délégué syndical à Rennes et élu CE, en sait quelque chose. Adhérent depuis deux ans, il a été intégré comme « candide » mais aussi comme représentant des commerciaux, dans sa première négociation, selon la volonté de Monique, qui procède ainsi à chaque fois. « J’ai tout de suite compris que l’équipe CFDT avait préparé la négo et pas les autres », observe-t-il.

La bonne santé de la section se traduit aussi par un doublement du nombre des adhérents. Priscilla Morelle, administrative sur le site de Wasquehal (Nord), était jusqu’à la fin 2014 « plus que critique à l’égard des syndicats ». Elle a adhéré et même été élue déléguée du personnel et suppléante au CE en janvier. « En dialoguant avec les responsables de la section, j’ai compris que la CFDT a la volonté d’avancer », conclut-elle. Et elle ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

dblain@cfdt.fr