Douaniers du Havre : la belle renaissance d'une section

Publié le 20/09/2017

Depuis 2007, la CFDT-Douanes renaît de ses cendres au Havre, dans un univers très cégétiste. En travaillant sur de multiples fronts, elle fait la différence notamment grâce à ses propositions et sa proximité avec les agents.

« C’est chronophage d’élaborer des propositions, mais ça paie et les agents apprécient. » François Locquette sait de quoi il parle. Avec son équipe de militants, le secrétaire du Syndicat CFDT des douanes de Normandie a remonté une section CFDT au Havre ; la précédente avait été désertée en 2003 par des militants hostiles à la réforme des retraites de l’époque. « La simple dénonciation, les collègues n’y croient plus », confirme Patrick Chedeville, membre du bureau du syndicat, faisant allusion aux pratiques de la CGT, longtemps quasi hégémonique. « Dans les douanes, la CGT a une approche violente des problématiques, elle est souvent dans l’exagération, dans l’outrance et propose peu de solutions », explique Michèle Barré, secrétaire interrégionale des Douanes de Normandie et secrétaire régionale de l’Union régionale interprofessionnelle de Basse-Normandie.

En 2007, quand François Locquette reprend le flambeau orange, la CGT pèse 70 % des voix, FO et Solidaires se partagent le reste. « On avait du mal à faire une liste », se souvient le syndicaliste. Les noms d’oiseaux à l’encontre de la CFDT et de François Locquette en particulier volaient bas dès lors qu’il s’est présenté avec l’étiquette de son organisation syndicale. « Ça ne me faisait ni chaud ni froid », se moque François Locquette. Il obtient tout de même 6,5 % des voix aux élections cette année-là.

     

 

Faire face à une CGT quasi hégémonique
En 2007, la CFDT représentait 6,5 % des voix, face à une CGT caracolant en tête avec 70 % des voix. Cette dernière est très agressive mais François Locquette s’en moque et commence à souder une petite équipe autour de lui. Malgré l’hostilité ambiante, l’équipe va progresser jusqu’à quasiment doubler son score aux élections de 2014.

Un travail de proximité et de propositions
L’équipe CFDT a entrepris un travail de proximité en se rendant dans les différents services et en étant à l’écoute des agents. Elle s’investit dans les différentes instances officielles sur nombre de sujets (logement, mutations, grades, avancement, etc.), y fait des propositions et adresse des comptes rendus à tous les agents, y compris les non-adhérents.

Les conditions de travail en questions
La section intervient également sur les conditions de travail. Elle vient d’ouvrir un dossier amiante pour les marins douaniers qui ont été au contact de ce minéral fibreux. Elle a également obtenu de l’administration qu’elle fasse poser une fenêtre pour un service où quatre personnes travaillaient dans une pièce aveugle depuis une dizaine d’années. Elle sera particulièrement vigilante lors de la mise en place des nouvelles armes de guerre et gilets pare-balles que vont prochainement recevoir les douaniers.

     

La CFDT passe de la cinquième à la troisième place
Dix ans plus tard, la CFDT s’est fait une place sous le soleil havrais. De cinquième organisation syndicale, elle est passée à la troisième place à l’issue des élections de 2014, en remportant près de 12 % des voix tandis que la CGT chutait à 41 %. Entre-temps, la section s’est structurée, compte de nouveaux adhérents et de nombreux sympathisants, ce qui laisse espérer une nouvelle progression lors des élections de décembre 2018 et peut-être même dès ce mois d’octobre, avec les élections à la « masse des douanes », l’établissement qui gère les logements des douaniers.

Pour en arriver à ce résultat, la section n’a pas ménagé ses efforts. « Nous avons organisé des tours dans les différents services afin de rencontrer les agents. On a aussi mis en place une communication efficace. Nous faisons des comptes rendus de toutes les réunions d’instances officielles auxquelles nous participons. Une habitude qui a fait des émules puisque, aujourd’hui, la CGT s’est mise elle aussi à en faire », relève François Locquette. « C’est particulièrement efficace, reconnaît Nadine Grall, élue CFDT à la commission administrative paritaire (CAP). On est les premiers à annoncer les résultats des CAP, pour les mutations, les grades, les avancements, les aptitudes et les recours en évaluation, aux agents concernés qu’ils soient CFDT ou pas et même s’ils sont à la CGT. Ils en sont très reconnaissants. »

Des résultats très concrets sur les conditions de travail
Concernant le projet stratégique douane (PSD) qui prévoyait des réductions d’effectifs chaque année entre 2014 et 2018, il a mobilisé 85 % des 354 douaniers basés au Havre lors d’une grève en 2015. « Si, finalement, il n’y a pas eu de diminution d’effectifs sous Hollande, les restructurations se sont poursuivies avec des fermetures de bureaux, raconte François Locquette. Nous avons négocié l’accompagnement social des agents concernés et qui ne voulaient pas bouger, ce qui nous a valu d’être exclus de l’intersyndicale et accusés d’avoir fermé les bureaux. C’est comme si on nous reprochait d’avoir mis des parachutes dans l’avion quand bien même on préférait qu’il continue de voler. »

De telles divergences syndicales existent aussi à l’échelle nationale, comme l’a montré le protocole PPCR (parcours professionnels, carrières et rémunérations). « Avec la CFDT et les organisations signataires de l’accord, nous représentions 49 % des agents ; la CGT, FO et Solidaires ont refusé de signer. Résultat : nous n’avons pas obtenu de comité de suivi, ce qui aurait permis de corriger les erreurs liées à une application stricte de l’accord », regrette Michèle Barré. Qu’à cela ne tienne : la CFDT peut se féliciter d’avoir porté nombre des propositions qu’il comporte. La Fédération des Finances, dont relève le syndicat des douanes, a élaboré une fiche permettant d’expliquer les nouveautés du protocole en ce qui concerne les douaniers, notamment sur le plan salarial. « Nous sommes souvent sollicités sur ce point », explique Nadine Grall.

Au final, l’équipe CFDT est sur une multitude de fronts. Les conditions de travail des douaniers constituent une de leurs priorités. « Avec les restructurations, certains services ont été confrontés à des surcharges de travail. Nous avons fait des propositions pour mettre en place des outils informatiques capables de soulager les agents. Ça n’a pas été sans mal, mais nous y sommes parvenus. » La section s’est aussi acharnée, avec succès, auprès de l’administration afin d’obtenir une fenêtre dans le service du poste d’inspection frontalier et point d’entrée communautaire (PIF-PEC), où quatre personnes travaillaient dans une pièce aveugle depuis dix ans !

Le développement et les élections de 2018 en vue
De même, la section est très vigilante sur l’utilisation du matériel, alors que certains douaniers doivent être prochainement équipés d’armes de guerre et de gilets pare-balles (Vigipirate oblige) beaucoup plus lourds que l’équipement dont ils disposent actuellement. Elle s’est aussi lancée dans le montage de dossiers pour obtenir le financement permettant de doter la brigade de contrôle d’un appareil très performant capable de scanner avec précision les containers afin de soulager les douaniers. La section s’est également engagée sur le dossier de l’amiante : elle revendique une visite spécifique de détection concernant les marins douaniers qui ont été au contact des peintures amiantées de bateaux. « Elle leur est refusée pour l’instant, regrette François Locquette, mais nous sommes en contact avec les avocats du Tripode de Nantes [immeuble amianté détruit en 2005] pour faire avancer ce dossier. »

Ce travail inlassable de la section est récompensé par des adhésions qui la confortent dans ses objectifs militants. « Nous avons deux buts principaux, expose François Locquette : le premier, c’est de faire du développement avec l’aide de la Fédération des Finances et la région Normandie, notamment à Rouen, où nous sommes peu implantés ; le second, c’est de faire un très bon score aux élections de 2018. » C’est tout le mal qu’on leur souhaite.

 

dblain@cfdt.fr

• Les douanes du Havre comptent 354 douaniers répartis en différents bureaux et brigades. Outre les produits pétroliers, leur activité concerne la gestion des entrepôts, la recherche de divers trafics (contrefaçon, cigarettes, stupéfiants) et le contrôle des normes des appareils électriques, jouets et produits industriels.
• Aux élections de 2014, sept organisations syndicales étaient en lice. La CGT a obtenu 41,67 %, devant FO, à 24,28 %. La CFDT est devenue troisième ex aequo avec Solidaires (11,96 %). L’Unsa a recueilli 7,25 % des suffrages, la CFTC 2,17 % et la CFE-CGC 0,72 %.