Dialogue social musclé chez Lidl

Publié le 28/01/2015

Le géant du hard discount tente une montée en gamme de ses magasins sans se soucier d’améliorer les conditions de travail de ses salariés. Un chantier auquel la CFDT s’est attelée, avec déjà quelques succès à son actif.

Avant, les supermarchés Lidl ressemblaient aux magasins soviétiques des années 80. Cartons à même le sol, rangées uniformes de boîtes de conserve, odeur indéfinissable de légumes défraîchis. Mais ça, c’était avant. Plus rien de tel aujourd’hui. Sur les 1 600 points de vente en France, 600 magasins sont voués à être détruits et remplacés par des grandes surfaces pimpantes, qui n’ont rien à envier à leurs concurrents Carrefour, Auchan et consorts.

Depuis 2012, le groupe allemand Lidl cherche à se démarquer du hard discount, sur lequel il a pourtant bâti sa réussite, avec une croissance continue et un chiffre d’affaires atteignant 7,5 milliards en France. La désaffection du consom­mateur pour le hard discount et une concurrence accrue sur les prix dans la grande distribution ont incité le groupe à se repositionner sur ce qu’il appelle désormais le soft discount.

Lidl soigne donc l’ambiance des lieux de vente à défaut des conditions de travail de ses salariés. Boulangeries et caves à vins ont fait leur apparition, des animations commerciales thématiques ont été mises en place et des opérations de promo quotidiennes sont organisées – autant de tâches supplémentaires pour les employés, qui sont tous polyvalents.

LES EMPLOYÉS TRAVAILLENT À FLUX TENDU, BEAUCOUP PLUS QUE DANS LES SUPERMARCHÉS CLASSIQUES

« Avant, on courait tout le temps ; maintenant, c’est encore pire », constate Odile Gaillet, cheffe caissière dans le magasin Lidl récemment reconstruit à Caudry, dans le Nord, et déléguée syndicale CFDT au niveau de la direction régionale, à Cambrai. « La surface du magasin est passée de 700 à 1 300 m2 et le personnel de 10 à 16 personnes seulement, indique-t-elle. À la prise de service, à 6 heures, nous sommes trois. L’un décharge les paquets de pains surgelés et les fait cuire, une autre prend livraison des palettes de fruits et légumes et les dispose dans le magasin, et le troisième est à la caisse. »


Lowcost Lidl2 Fred Marvaux rea rea 218912 002La moindre absence déséquilibre l’organisation du travail. « Les employés travaillent à flux tendu, beaucoup plus que dans les supermarchés classiques, et cela génère beaucoup de stress, avec des effets sur la vie privée et familiale, explique Christophe Pierre, délégué syndical central. En fait, Lidl veut faire de la grande distribution traditionnelle mais avec les moyens du hard discount. C’est intenable. »

À l’initiative de la CFDT, une grève finit par éclater au printemps 2014 qui permet d’obtenir enfin des avancées. Un accord d’intéressement sur trois ans est signé, et un système de primes annuelles de 150 à 400 euros en moyenne est mis en place. Quant aux impacts des réorganisations sur les conditions de travail, une enquête du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail est en cours. Dans ce cadre, Odile sillonne depuis plusieurs mois la région à la rencontre des salariés afin de dresser un état des lieux précis. Une négociation sur les conditions de travail devrait suivre. Une petite révolution dans le monde du hard ou du soft… discount. 

mneltchaninoff@cfdt.fr

©Photos Fred Marvaux / Réa


 

   

 

Aux États-Unis, la low cost Economy rime avec bas salaires et antisyndicalisme

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Outre-Atlantique, la low economy est déjà une vieille histoire… qui ne finit pas toujours bien. Modèle du genre : Walmart, 476 milliards de dollars de chiffre d’affaires, 2,1 millions de salariés dans le monde pour 6 100 supermarchés et hypermarchés. Le géant mondial de la grande distribution est connu autant pour ses prix bas (low prices) que pour ses bas salaires (low wages) et son antisyndicalisme viscéral. Depuis 1962, le groupe met un point d’honneur à éliminer toute forme de syndicalisme en interne.

 

En 2005, au Canada, les salariés du magasin de Jonquière, au Québec, réussissent à imposer légalement la création d’une section syndicale. La direction du groupe a préféré fermer purement et simplement le magasin plutôt que d’avoir affaire à des syndicalistes. La compagnie Walmart a été condamnée à indemniser les salariés en juin 2014, neuf ans après la fermeture de son magasin.

 

La low economy et ses bas salaires touchent aussi les secteurs des employés de maison, du bâtiment et de la restauration rapide, qui sont même de plus en plus impactés. Ainsi, selon le think tank américain Economic Policy Institute, les salaires dans les fast-foods auraient baissé de 5 % en dollars constants entre 1979 et 2013, malgré 69 % de gains de productivité !

 

Aujourd’hui, pour rattraper le retard accumulé, ces bas salaires américains devraient être augmentés de 28 % ! D’ailleurs, une campagne internationale coordonnée par l’union internationale des travailleurs de l’alimentation (Uniting Food, Farm and Hotel Workers Worldwide) et soutenue par la Fédération CFDT des services milite pour un salaire horaire minimum à 15 dollars quand, aujourd’hui, la plupart des travailleurs des fast-foods américains gagnent à peine 8 dollars l’heure. 

   
   

 dblain@cfdt.fr

 © Photo Drew Angerer / The New York Times - Redux - Réa