Dialogue social : la double victoire de la CFDT chez Davoine

Publié le 13/09/2017 à 15H45
Après des années de bataille judiciaire, la mise en place d’une unité économique et sociale a enfin été actée. Une reconnaissance salutaire pour les salariés, comme sont venues le confirmer les récentes élections professionnelles.

 Ils ont encore un peu de mal à y croire. Le jugement du tribunal à la main, les militants de la section CFDT Davoine savourent pourtant l’épilogue de cette longue épopée procédurière qu’ils ont dû mener, animés de la volonté partagée d’aller de l’avant pour les 124 salariés du groupe. Voilà quatre ans qu’ils se battent pour la reconnaissance d’une unité économique et sociale (UES) et la création d’une délégation unique du personnel (DUP). Une procédure lancée dès la nomination de Latifa Bengana comme déléguée syndicale du site de Clermont-Ferrand en 2012 : « Nous n’étions pas un groupe en tant que tel dans la mesure où les quatorze entités fonctionnaient chacune de son côté. Mais tout était géré depuis le siège. Et c’est là-dessus que nous nous sommes appuyés. » Malgré un dialogue social au point mort et de nombreux délits d’entrave, Latifa parvient à rassembler les documents internes lui permettant de prouver que « ce fonctionnement fractionné est animé par la seule volonté de la direction de diviser pour mieux régner » et qu’une entité Davoine existe bel et bien. 

     

 

Contrat de pratiques syndicales
Le CPS est un outil mis en place par la Fédération Communication, Conseil, Culture (F3C) depuis plusieurs années pour aider les sections dans leur démarche de développement ou en vue des élections professionnelles. Il s’agit d’une aide financière et technique des équipes afin de mener à bien leurs actions militantes, à travers la mise à disposition de temps syndical et la diffusion de documents. Ce fut notamment le cas lors de la campagne Davoine, au cours de laquelle il a fallu combler les manques du protocole préélectoral (frais de déplacement, heures de délégation…), que la CFDT n’avait pas signé.

Formation des nouveaux élus
Avec l’aide du Snapac et du cabinet Syndex, les nouveaux élus vont pouvoir être formés très bientôt à l’exercice de leurs mandats. Karim Geddi y voit là un engagement de long terme « au côté des salariés pour que cesse l’incessante hémorragie des départs et contrer les effets catastrophiques d’un management par le stress et les pressions psychologiques qui durent depuis trop longtemps ».

Des salariés moins isolés
Les salariés Davoine, jusque-là très isolés, ont trouvé dans la reconnaissance de l’UES une porte d’entrée pour discuter avec les représentants de la CFDT de leurs problèmes quotidiens : manque de reconnaissance, absence d’encadrement contrebalancée par une responsabilisation et une polyvalence accrues des salariés sont souvent pointés. Lors de la campagne, plusieurs d’entre eux ont choisi d’adhérer.

     

La mise en place d’un comité d’entreprise pour tous
Au départ, la CFDT souhaitait la mise en place d’un comité d’entreprise bénéficiant à l’ensemble des sites. Entre-temps, la loi Rebsamen du 17 août 2015 relative au dialogue social et à l’emploi élargit la possibilité de regrouper au sein d’une seule instance représentative du personnel (en l’occurrence la DUP) le comité d’entreprise, le CHSCT et les délégués du personnel. « Au final, c’est plutôt une bonne chose car nous découvrons de nombreux points à traiter afin d’améliorer les conditions de travail et d’emploi des salariés. Nous avons notamment pu constater que, d’un site à l’autre ou au sein d’un même site, les salaires des opérateurs peuvent varier entre 1 100 et 1 600 euros… sans justification aucune ! », note Martine, militante à Clermont-Ferrand. 

Le jugement du 4 mai 2016 qui reconnaît l’UES chez Davoine impose à l’entreprise l’obligation de composer avec les organisations syndicales dans un cadre établi et reconnu. « Mais ce n’est pas une fin en soi », insiste la déléguée syndicale. C’est surtout le point de départ d’une campagne de terrain à mener en vue des élections professionnelles. Une fois de plus, la tâche ne va pas être facile. Le protocole d’accord préélectoral, signé en l’absence de la déléguée syndicale CFDT, et donc uniquement par Force ouvrière, oblige d’emblée Latifa à faire campagne sur son seul lieu de travail. Pour les quatorze sites, elle ne bénéficie que d’un crédit de 10 heures par téléphone ; la direction refuse de lui transmettre les informations demandées en vue de contacter les salariés. Dans sa démarche, « épuisante physiquement et moralement », Latifa va trouver un appui précieux auprès du Snapac (Syndicat national des artistes et des professionnels de l’animation, du sport et de la culture) et de Karim Geddi, responsable de la branche cinéma à la Fédération Communication, Conseil, Culture CFDT. Ensemble, ils vont se répartir le travail avant d’aller sur le terrain, en appelant chacun des sites. « Il fallait se faire connaître et démarcher pour trouver des personnes susceptibles d’être sur les listes », explique Latifa, encore surprise d’avoir « réussi à emmener des gens qui ne connaissaient rien au syndicalisme, ou qui en avaient une image plutôt négative ». 

De son côté, le Snapac choisit de mettre en place un contrat de pratiques syndicales (CPS) : cet outil fédéral permet d’aider les équipes à mener campagne, financièrement, en prenant en charge les frais que le protocole d’accord préélectoral n’a pas prévus, et matériellement, à travers une série de documents qui peuvent être distribués aux salariés (livret de la branche, convention collective, grille de salaires de la branche, etc.). « La campagne de terrain a été très courte et très rude. En une semaine, nous avons sillonné la France afin d’aller à la rencontre des salariés, parfois en dehors de leurs heures de travail pour ne pas les mettre en difficulté face à une direction toujours réticente à la présence syndicale, explique Karim Geddi. Nous avons pu approcher de nombreux salariés isolés. Beaucoup ont fini par se livrer sur leurs conditions de travail et leur cruel besoin de reconnaissance et d’encadrement. » Cette proximité, très attendue, mêlée à l’entrain d’une déléguée syndicale qui refuse de compter ses heures ont porté. 

Les bases du dialogue social à construire
Un an après la reconnaissance juridique de l’UES, les premières élections professionnelles se tiennent enfin. Le score de la CFDT est sans appel : 91 % des voix et la quasi-totalité des sièges dans les trois instances. « On pensait faire un score honorable à l’occasion d’une première, mais on ne s’attendait pas à cela », confie Virginie Aubin, élue CFDT. 

Cette toute nouvelle équipe, en grande partie novice dans la pratique du syndicalisme, va devoir maintenant s’atteler à « construire les bases d’un dialogue social qui fait cruellement défaut depuis trop longtemps dans cette entreprise », explique la déléguée syndicale. Dans cette perspective, ils pourront s’appuyer sur le Syndicat communication, conseil, culture (S3C) d’Auvergne et le Snapac. Au cours de l’automne, un cycle de formation DUP sera organisé pour les nouveaux élus, afin qu’ils soient à même d’exercer leur nouveau mandat. Mais déjà, les élus, issus de la moitié des sites Davoine, évoquent leur enthousiasme. La première réunion post-élections a témoigné de la volonté de faire ensemble. « Il y a aujourd’hui un vrai partage d’informations, on sait ce qui se passe ailleurs. Les salariés, en confiance, remontent des choses qu’il leur était impossible de faire sans l’UES, note Virginie. Nous espérons être à la hauteur, et pourquoi pas donner envie à d’autres salariés de s’impliquer avec la CFDT à l’avenir. » Une dizaine d’entre eux a déjà franchi le pas en choisissant d’adhérer lors de la campagne. 

aballe@cfdt.fr

• Quatrième exploitant cinématographique de France, les cinémas Davoine (ex-Ciné Alpes) comptent quatorze établissements dans l’Hexagone, dont plusieurs multiplexes. Ils emploient 124 salariés.
• Aux élections de mai 2017, la CFDT a totalisé 91 % des voix face à FO et obtenu la quasi-totalité des postes (dix élus pour douze sièges).
• Dans la branche cinéma, qui compte 16 519 salariés, la CFDT est première organisation syndicale, à la suite des récents succès chez UGC (62 %) et Gaumont Pathé (38,5 %).