Des trajets bien négociés par la CFDT Chez Orange

Publié le 12/02/2016 à 15H33
Les équipes CFDT prennent en main la question des transports afin de faciliter les déplacements domicile-travail.

À pied, à vélo, en bus ou en voiture : pour se rendre sur le site de l’agence professionnelle Orange de Caen (Calvados), au siège de la direction Normandie-Centre, il y a plusieurs possibilités. Depuis le premier plan de déplacement d’entreprise, négocié en 2009 par la CFDT, on peut aussi venir travailler en ayant recours au covoiturage, au vélo électrique ou en empruntant un véhicule électrique destiné aux déplacements professionnels.

Pour les 600 salariés du site, cela n’a rien d’anecdotique : située à quelques kilomètres de la mer, la ville de Caen se trouve dans une zone touristique qui maintient hauts les prix de l’immobilier. La majorité des salariés, employés ou agents de maîtrise, habite loin du centre-ville, dans un rayon de 15 à 20 kilomètres en moyenne. Avec l’entretien du véhicule et le carburant, les trajets domicile-travail pèsent sur les salaires. Pour Gilles Lebarbey, délégué syndical de l’agence professionnelle Orange Normandie-Centre depuis dix ans et premier chez Orange à avoir négocié un plan de déplacement d’entreprise (PDE), l’argument financier était important mais ce n’était pas le seul : lorsqu’en 2009 la direction d’Orange décide de mettre en place un plan de mobilité sur le site, il saisit l’opportunité de défendre celui-ci au nom des salariés, avant que ne leur soient imposées des décisions « venues d’en haut ». Grâce à l’intranet du groupe, les bonnes pratiques s’échangent maintenant dans tout l’Hexagone entre les délégués syndicaux qui s’intéressent au sujet.

     


Un plan de mobilité bientôt obligatoire
La loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte oblige toute entreprise regroupant au moins 100 salariés sur un même site et dans le périmètre d’un plan de déplacements urbains à élaborer un plan de mobilité à destination de son personnel. Cette obligation entrera en vigueur au 1er janvier 2018.

Faire connaître son projet
Le délégué syndical CFDT de l’agence professionnelle Orange Normandie-Centre, Gilles Lebarbey, a animé depuis le début des campagnes de sensibilisation en direction des salariés de ce site d’Orange : pendant la semaine du développement durable ou la fête du vélo, avec affichage et démonstration de véhicules électriques sur le parking de l’entreprise.

Mesurer l’aptitude au changement
Le succès du projet repose sur la constitution d’un groupe de travail réunissant direction, représentants du personnel, salariés, prestataires de transports, consultants, collectivités, Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), afin d’analyser les motivations et les freins qui influencent le choix modal des salariés.

Créer une commission de suivi
En vue d’effectuer un bilan annuel de l’accord, la direction Est d’Orange s’est engagée à créer un comité de suivi incluant les représentants de l’entreprise et des organisations syndicales signataires. « C’est important pour vérifier, d’une part, que l’accord est appliqué et, d’autre part, que l’on ne s’est pas trompé », souligne Franck Herrmann

     

Comme son nom ne l’indique pas, le plan de déplacement d’entreprise tel qu’il a été défini par les lois Grenelle I et II d’août 2009 et de juillet 2010 porte sur l’optimisation des trajets domicile-travaiI et des déplacements professionnels. Son but est de favoriser l’usage des modes de transports alternatifs à la voiture et de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Des solutions au cas par cas

Dès l’accord de 2009, la direction d’Orange Normandie-Centre s’est engagée à prendre en charge des frais d’abonnement de transports en commun, à participer financièrement à l’achat ou à l’utilisation d’un moyen de transport « propre » et à installer des salles de visioconférence utilisables par les quelque 5 000 salariés de la division répartis dans onze départements et quatre grandes villes (Caen, Orléans, Rouen et Tours). « Nous voulions que ce PDE ne soit pas seulement gratifiant pour l’image de l’entreprise mais qu’il reflète réellement les préoccupations des salariés, sur un territoire donné, avec ses contraintes propres », explique Gilles Lebarbey.

Un nouvel accord, valable de 2016 à 2019, a été signé le 22 décembre dernier avec des clauses plus avantageuses bénéficiant aux utilisateurs de deux-roues « propres » (vélos électriques et scooters), les plus demandés par les collaborateurs de Caen : en cas d’achat d’un vélo traditionnel, le salarié sera remboursé à hauteur de 180 euros (contre 150 auparavant), jusqu’à 350 euros pour un vélo électrique et 200 euros pour un scooter (des participations valables une seule fois sur la période de trois ans). Les frais d’entretien annuels seront subventionnés, des places de parking réservées aux personnes qui s’engagent à faire du covoiturage et deux bornes électriques supplémentaires en libre-service et gratuites seront mises à la disposition des salariés.

Pas seulement pour le confort

« Le transport devient le problème prioritaire quand il s’agit de décrocher ou de conserver un emploi », affirme Nicole Naraïnen, déléguée syndicale à la direction d’Orange Ouest, qui vient également de renouveler le plan de déplacement de sa région (6 500 salariés). Depuis plusieurs années, Orange y regroupe ses équipes : les sites de taille moyenne implantés dans de petites villes disparaissent au profit de grands sites dans de grandes villes. « Alors nous avons mis le pied dans la porte ! Puisque l’entreprise souhaitait construire une démarche écoresponsable, nous avons poussé la logique le plus loin possible. Pas question de se contenter de limiter les impressions papier ou remplacer les gobelets en plastique de la machine à café pour se dire vertueux. » Selon Nicole Naraïnen, rationaliser les déplacements implique une réflexion sur l’organisation du temps de travail lui-même. « Prendre sa voiture et faire 500 km afin de se rendre à une réunion qui ne dure qu’une heure, c’est dépassé. Nous avons plaidé pour la multiplication des salles de visioconférence par rapport à ce que prévoyait l’accord dans l’optique d’éviter quand c’est possible la fatigue et la route. » Autre élément demandé par la CFDT à la direction Ouest : la prise en compte des horaires de transport dans l’aménagement des horaires de travail. « Si un salarié quitte son lieu de travail à 18 heures mais doit attendre une heure son bus, mieux vaut réaménager son temps de présence sur le site », explique Nicole Naraïnen. Une mesure qui introduit « la garantie de retour au domicile », soit le remboursement de frais de taxi si un salarié est ponctuellement obligé de rentrer chez lui en dehors des horaires de transport. « Tout le monde y gagne : l’entreprise en image, les salariés en confort », résume pour sa part Franck Herrmann, signataire de l’accord PDE d’Orange dans l’Est (10 000 salariés). « Ces accords sont maintenant attendus par les salariés, et les remontées que nous font les délégués du personnel sont excellentes », se réjouit Nicole Naraïnen.

Induire des changements de comportement

« Délaisser la voiture individuelle au profit des moyens de transport collectifs, cela permet de désengorger des axes routiers saturés mais cela fait également partie d’une prise de conscience plus globale de l’environnement », poursuit Franck Herrmann. À l’Est, l’équipe syndicale a lancé un test : un mois d’abonnement gratuit de transports en commun offert aux nouveaux abonnés. Le PDE validé en février 2015 prend également en charge les frais déboursés pour un parking-relais à proximité d’une gare en vue d’inciter les salariés à prendre le train. « Cela fait partie d’un tout. Pour nous, il était important cette année de surfer sur la vague Cop 21 et de faire vivre les valeurs de la CFDT, affirme Franck Herrmann. Surtout, nous devons être présents sur la question des transports car la direction songe à un plan de déplacement national, et nous avons bien l’intention de continuer à être associés aux décisions ! »

cnillus@cfdt.fr

     


Repères

Orange emploie 98 000 personnes en France. Le groupe est divisé en neuf grandes régions (Centre-Est, Nord, Est, Sud-Ouest, Sud-Est, Ouest, Normandie-Centre, Sud et Île-de-France). La CFDT est devenue première organisation syndicale en 2014 avec 24,12 % des voix.

L’agence professionnelle de Caen emploie 600 personnes au service des entreprises. Le site abrite deux entités : une plateforme technique et une équipe commerciale afin d’équiper les clients et d’assurer la maintenance de services sur mesure.