Des accords bien emballés chez Raja !

Publié le 23/06/2015

Comment obtenir mieux dans une entreprise qui va bien ? La section CFDT de Raja, entreprise francilienne de distribution d’emballages, s’y emploie et fait un carton à chaque élection.

Ce matin-là, réunion de crise des élus du comité d’entreprise. La semaine passée, un séjour à la Guadeloupe organisé par le CE a tourné au scénario catastrophe. Les vacanciers sont revenus furieux. L’hôtel était tout juste acceptable, pas de club enfants pour les salariés venus en famille, aucun responsable du tour-opérateur joignable… Les élus CFDT dressent un bilan des désagréments subis. Une réclamation sera envoyée au voyagiste. Bien sûr, il y a des combats syndicaux plus héroïques mais, comme l’explique Ophélie, la secrétaire du CHSCT, « ne serait-ce que pour l’image du CE et notre crédibilité aux yeux des salariés, nous devons obtenir réparation ». Chez Raja, les salariés sont 87 % à avoir placé leur confiance dans leurs représentants CFDT lors des élections professionnelles de novembre 2013. Derrière ce score impressionnant, il y a une équipe de 23 militants très à l’écoute des besoins des salariés. « Nous représentons tous les salariés, les employés comme les cadres, et nous avons des élus dans tous les services de l’entreprise », explique François Doyennel, délégué syndical CFDT.

   


Belle victoire CFDT

Aux élections de novembre 2013, la CFDT a recueilli 87 % des voix. Sur 28 sièges dans les instances représentatives, DP et CE, la CFDT en a obtenu 26. Les deux sièges restants sont détenus par FO, qui n’a recueilli que 10 % des voix. La CGT, avec 3 %, n’est pas représentative.

Montée en puissance

Devant l’expansion de l’entreprise, la section ressent la nécessité de mieux se structurer et d’adapter les IRP. La CFDT vient de signer un accord de constitution d’un comité de groupe. Pour mener à bien des dossiers exigeants comme la BDU, dont la section vient de s’emparer, le délégué syndical souhaite mettre l’accent sur la formation syndicale et l’expertise, en faisant appel à des cabinets extérieurs. « Nous ne jouons plus dans la même cour, nous devons avoir un temps d’avance », estime François Doyennel.

Dimension sociale

Les élus CFDT du CE ont à cœur de trouver des solutions pour les salariés en difficulté sociale, de logement ou souffrant de mal-être au travail. La commission logement attribue chaque année des appartements aux salariés qui en ont le plus besoin. Une assistante sociale du travail a été invitée par la CFDT à participer à certaines séances du CHSCT. L’illettrisme est également une préoccupation. L’équipe repère les salariés qui peuvent bénéficier d’une remise à niveau ou de cours de français. Et le CE veut favoriser les activités culturelles. Une bibliothèque est assidûment fréquentée par les salariés, qui commandent les dernières parutions.
   

Raja, spécialiste de la distribution d’emballages destinés aux professionnels, a traversé la crise sans y laisser de plumes. Cette entreprise doit son nom à deux femmes, Rachel et Janine, qui l’ont créée en 1954. L’actuelle PDG, Danièle Kapel-Marcovici, est la fille de l’une d’entre elles, Rachel Marcovici. Les relations sociales y sont cordiales. La dirigeante, qui gère à titre privé une fondation de défense des droits des femmes dans le monde, est appréciée des salariés. Longtemps abonnée à une croissance à deux chiffres, Raja a su développer une stratégie de vente multicanal (catalogue, téléphone et web) et miser sur sa croissance externe, avec le rachat d’entreprises aux activités similaires et complémentaires en France et dans différents pays européens. Moyennant quoi l’entreprise affichait en 2014 un chiffre d’affaires de 440 millions d’euros et une croissance de 4 %, dans un contexte industriel pourtant bien morose.

Quand négociation rime avec professionnalisation

La PME familiale, qui faisait vivre une petite centaine de salariés dans les années 90, s’est métamorphosée en un groupe international employant 1 400 personnes dans 15 pays, dont 600 en France. Ces changements se sont accompagnés d’une transformation de la gouvernance et de la culture d’entreprise. Un comité exécutif a été mis en place en 2012 par la dirigeante, qui s’est entourée de quatre directeurs délégués. « L’entreprise prenant de l’ampleur, les objectifs de rentabilité sont plus finement étudiés », remarque Charlotte, secrétaire du CE. Aussi la section doit-elle redoubler de vigilance, se professionnaliser tout autant que ses interlocuteurs à la tête de l’entreprise.

Après l’accord sur l’égalité professionnelle et celui sur le contrat de génération, le dernier gros dossier de l’équipe a été la réactualisation de l’accord d’intéressement. Signé en 2014 pour une durée de trois ans, il doit être revu chaque année. L’intéressement est déclenché dès lors que les résultats de l’entreprise le permettent, selon des indicateurs financiers spécifiés dans le texte. La prime, environ un demi-mois de salaire, est attribuée en fonction d’indicateurs de performance par service, dont la définition est, chez Raja, une prérogative de la direction. « Dès la première année d’application, des salariés nous ont signalé des difficultés liées aux objectifs, explique François Doyennel. Nous avons aussitôt soulevé cette question en réunion des délégués du personnel, puis au CE. » L’accord a été homologué par la Direccte (direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) en 2014. Il n’empêche, en épluchant au cas par cas les objectifs des différents services, les élus CFDT concluent qu’il faut tout revoir.

La nature de la performance collective de chaque service

« Nous avons clairement exprimé notre position, affirme François. Il n’était pas question de valider l’accord pour 2015 si nous n’avions pas un échange avec la direction sur la fixation des objectifs. » Au bout du compte, une commission du CE sur l’intéressement est mise en place. Ses travaux ont conduit les syndicalistes à se pencher sur la nature de la performance collective de chacun des services. « Nous nous sommes attachés à distinguer ce qui relève de la responsabilité de l’entreprise et ce qui est du ressort de la performance propre des salariés », explique le délégué syndical. « Et à nous poser la question : tel objectif est-il ambitieux mais réalisable ou bien déconnecté de la réalité ? », ajoute Charlotte. Au service logistique, l’un des objectifs était la baisse du taux d’accidents du travail. « Nous l’avons fait retirer car cela revenait à stigmatiser les salariés victimes d’un accident du travail, précise François. Le risque était grand de voir les salariés ne plus déclarer leur AT, ou les collègues faire pression sur eux dans ce sens. » Idem pour le service commercial, dont la performance était mesurée, entre autres, par un indicateur de satisfaction client. « Si cet indicateur baissait à la suite de problèmes de livraison, il était injuste que les commerciaux en subissent les conséquences. Nous avons fait valoir que la satisfaction client n’est pas le fait d’un service en particulier, mais de la performance globale de l’entreprise », argumente François. La commission intéressement a également travaillé sur l’harmonisation entre les différents services, de façon à éviter les disparités de traitement. Entièrement revu sur la base du travail effectué en commission CE, l’accord vient d’être signé. Un succès pour la section CFDT, que de nouveaux défis attendent.

mneltchaninoff@cfdt.fr

   


Repères

• Raja, spécialiste des papiers-cartons, fournitures et équipements d’emballage, dont le siège social est situé à Villepinte (Seine-Saint-Denis), emploie 1 400 salariés dans 15 pays d’Europe (dont 600 en France).

• Les filiales en France sont Cenpac à Roissy-en-France, Welcome Office à Clichy (Seine-Saint-Denis) et L’Équipier à Lesquin (Nord). Raja a acquis en mars 2015 le britannique Morplan, spécialiste de la vente à distance.

• Le chiffre d’affaires pour 2014 s’élève à 440 millions d’euros.