Déjà 1 000 adhérents cadres dans le bâtiment !

Publié le 07/08/2020

En un an, 179 cadres du bâtiment et des travaux publics ont rejoint la CFDT. C’est le résultat d’une stratégie de développement menée dans les entreprises, avec le soutien de la fédération et de l’union confédérale des cadres.

Cécile, Cédric et Pierre font partie de la dizaine de cadres qui ont récemment rejoint la section CFDT de SPIE CityNetworks à Lyon. Ils attendent beaucoup d’un renouvellement des instances lors des prochaines élections au comité social et économique (CSE). Déçus par les organisations syndicales jusqu’à présent majoritaires, ils souhaitent s’investir pour le bien commun. « La logique du bras de fer avec la direction, qui est la marque de fabrique de certaines organisations, ne m’intéresse pas, explique Cédric, responsable de production des services informatiques. Nous sommes là pour faire avancer les choses dans l’intérêt des salariés. Il y a un certain nombre de problématiques à faire remonter, et nous allons nous y attacher. » Une opinion partagée par Pierre, responsable de réalisation, et Cécile, responsable d’affaires. « Nous manquons d’informations sur ce qui se dit dans les réunions de comité d’entreprise, indique Pierre. J’ai envie de participer à cet aspect-là de la vie de l’entreprise. » La perspective d’un prochain déménagement du site lyonnais de SPIE CityNetworks soulève notamment de nombreuses questions parmi les salariés. « Les cadres peuvent enrichir le débat au sein de l’équipe syndicale en apportant leur point de vue sur l’organisation du travail et la marche de l’entreprise », précise Cécile.

Faire franchir aux cadres le pas de l’adhésion

Un partenariat à approfondir
Le partenariat signé en 2018 entre la Fédération nationale Construction et Bois et l’Union confédérale des cadres a permis de développer les formations Imagin’cadres. Prochain objectif : déployer des interventions auprès des étudiants et des apprentis. L’UCC et la FNCB envisagent également de mener des actions à la Défense, où sont situés les sièges sociaux des principaux acteurs du BTP.

Un enjeu de représentativité
« Si nous voulons que la CFDT reste la première organisation syndicale dans son ensemble, nous devons rester premiers chez les cadres », souligne Laurent Mahieu, secrétaire général de la CFDT-Cadres. Cet enjeu est tout aussi important au sein des entreprises, où le fait de présenter des listes au collège cadres permet de gagner des sièges au CSE.

Le précieux apport d’Imagin’cadres
La formation conçue par le Crefac (Centre d’étude et de formation pour l’accompagnement des changements) pour la CFDT-Cadres est ouverte aux militants, cadres ou non. Elle consiste en une session de deux jours suivie d’une journée six mois plus tard et comporte un projet de syndicalisation à élaborer pendant la période intersession.

Ce n’est pas Morad Mezhoud, délégué syndical, qui va les contredire, lui qui depuis des mois s’ingénie à convaincre les cadres de franchir le pas de l’adhésion. Sur les 190 salariés de cette entité de SPIE, 45 % sont des cadres, 45 % des Etam (employés, techniciens, agents de maîtrise) et 10 % seulement des ouvriers. « Les cadres aussi ont le droit d’être représentés, souligne Morad. La vision du syndicalisme CFDT, qui recherche davantage le dialogue social que l’affrontement, leur convient. Je rappelle toujours que la CFDT, contrairement à la CFE-CGC, n’est pas un syndicat catégoriel. Cet argument porte dans nos métiers où la solidarité est une valeur importante. »

Morad Mezhoud a contribué, à son échelle, aux bons résultats de la FNCB, qui affiche 179 adhésions supplémentaires de cadres pour l’année 2019. « Nous notons une hausse continue depuis trois ou quatre ans », se réjouit Patrick Blanchard, secrétaire national responsable du développement à la FNCB. Une juste récompense eu égard aux efforts fournis par la fédération dans le cadre de sa politique de développement. Tout est parti du constat suivant : « Historiquement, la fédération est constituée de syndicats ouvriers mais la part des emplois ouvriers ne cesse de diminuer dans nos secteurs, en raison de l’externalisation des activités, du recours à la sous-traitance et à l’intérim, explique Patrick. À terme, cette évolution risque de fragiliser la base de notre fédération ; aussi, nous avons décidé de nous tourner vers les autres catégories de personnel. » Proposer l’adhésion aux cadres n’a pourtant rien d’une évidence, tant le clivage entre les différentes catégories de personnel reste prégnant dans de nombreuses entreprises. Les idées reçues ne facilitent pas les échanges. « Même parmi nos militants, l’idée selon laquelle la place des cadres est à la CGC est très répandue, regrette Patrick. C’est évidemment faux, et nous devons souvent rappeler que la CFDT est le premier syndicat des cadres. »

Des formations qui répondent aux attentes des cadres

C’est afin d’aider les militants à mieux dialoguer avec les cadres que la fédération a développé une série de formations, Imagin’cadres, en partenariat avec la CFDT-Cadres (lire SH no 3710, p. 8). « La formation vise à déconstruire les stéréotypes et à faciliter la prise de contact, explique Laurent Mahieu, secrétaire général de l’Union confédérale des cadres. Elle a pour objectif de travailler sur les attentes des cadres et sur les revendications qui leur sont propres. » Citons parmi les préjugés les plus répandus : les cadres ont les moyens de se défendre tout seuls, ils sont proches de la direction, ils ne sont pas portés sur le collectif, le syndicalisme ne les intéresse pas… Autant d’opinions à nuancer voire à corriger. « La CFDT bénéficie d’un important capital de sympathie auprès des cadres, souligne Laurent. Ils adhèrent par conviction ou par envie de créer du lien social, sans nécessairement chercher à militer. Certains jeunes diplômés qui doutent de leur capacité à bien faire avancer leur parcours professionnel peuvent y trouver une forme d’accompagnement. »

Les formations Imagin’cadres intègrent des simulations d’entretien qui permettent aux militants d’affiner leur argumentation et de gagner en aisance. La formation a pour autre effet bénéfique de renforcer le réseau. « J’ai rencontré des militants CFDT de différentes régions de SPIE, c’est important pour mieux connaître les rouages de l’entreprise et se coordonner », témoigne Morad, qui a participé à la dernière session d’Imagin’cadres.

Une autre façon d’exercer des responsabilités

Même démarche volontariste chez Eiffage : Samir Baïri, coordinateur FNCB, ne fait pas mystère de sa stratégie de ciblage des cadres, qui lui a permis de recueillir vingt-cinq adhésions après une campagne de terrain de deux ans menée auprès de toutes les sections de l’entreprise. L’enjeu est clairement la représentativité de la CFDT au sein du groupe. Si la crainte de la discrimination reste le frein numéro un aux yeux des cadres approchés par Samir, le syndicalisme peut représenter pour certains d’entre eux une façon différente d’exercer des responsabilités et un investissement intellectuel. « C’est une population exigeante qui a besoin d’informations précises, souvent techniques ou juridiques, explique Samir. Il faut répondre à ces attentes en les accompagnant. Je leur montre les outils proposés sur les différents sites de la CFDT, la revue Cadres [éditée par la CFDT], la documentation sur les thématiques qui les concernent le plus telles que la prévention des risques psychosociaux [RPS], le forfait jours ou le télétravail. »

Les cadres ont en effet des sujets de prédilection liés à leur statut et à leurs conditions de travail. Le droit à la déconnexion en fait évidemment partie. Chez Eiffage, par exemple, les cadres sont connectés en permanence. « Dès 5 heures du matin, je vois tomber les premières alertes sur le réseau social interne de l’entreprise, note Samir. Les cadres y participent parce que c’est de leur intérêt d’entretenir leur visibilité sur ce réseau. En négociant sur les RPS, nous avons obtenu une meilleure régulation de l’usage des mails, sous forme d’un bandeau d’alerte rappelant au destinataire qu’il n’est pas tenu de répondre en dehors de ses heures de travail. C’est une avancée modeste mais nous avons mis un pied dans la porte. » Toujours dans l’optique d’apporter une réponse spécifique aux cadres et de prévenir les RPS, un Numéro vert dédié a été mis à la disposition des managers. Avec un succès immédiat. « Nous recevons de nombreux appels ; les questions portent sur la charge de travail, l’évaluation de la performance ou concernent des cas de difficultés avec la hiérarchie », précise Samir. Chez SPIE, c’est le temps de travail et la conciliation vie privée et vie professionnelle qui est au centre des préoccupations des cadres, selon Morad. « Nous avons conclu un accord de télétravail en 2018 qui semble répondre à leurs attentes », constate-t-il. Cependant, ils ne sont pas indifférents à des revendications plus classiques – les rémunérations, par exemple. « Je me suis rendu compte que les cadres ne sont pas toujours les meilleurs négociateurs, et que certains ne demandent jamais d’augmentation, explique-t-il. Nous devons également défendre leurs intérêts au nom de l’équité. »

La piste d’un “référent cadre” dans chaque section

Ce travail de suivi est nécessaire pour fidéliser des cadres mais chronophage, selon Samir, qui préconise de désigner un « référent cadre » au sein de chaque section. En retour, inciter les cadres qui le souhaitent à assumer des responsabilités syndicales présente des avantages. « Les cadres apportent à l’équipe des qualités de rigueur, d’analyse et d’organisation ; ce sont souvent eux qui rédigent les tracts ou les procès-verbaux », souligne Samir. Des compétences précieuses dans la vie d’une section syndicale !

mneltchaninoff@cfdt.fr

photo © DR

Repères

• L’entité de SPIE CityNetworks à Lyon (direction opérationnelle transport et mobilité) emploie 190 salariés. La section CFDT, créée en 2014, compte 20 adhérents.

• Eiffage, leader du BTP, emploie 55 000 salariés en France ; la CFDT arrive en deuxième position derrière la CGT avec 28 % des voix aux élections CSE de décembre 2019.

• La Fédération nationale Construction et Bois (FNCB-CFDT) totalise 21 000 adhérents, dont 1 072 cadres. L’effectif global est en légère progression grâce à cet apport.