Deuxième vague : Peur sur l’hôpital

Publié le 14/10/2020

Les personnels de soins et d’accompagnement redoutent la « deuxième vague» de l’épidémie. Ils continuent de faire face malgré l’épuisement et le manque d’effectifs…
Les annonces sur la suppression des congés, les réorganisations du travail incessantes plombent leur moral.

« Nous observons l’évolution de la situation sanitaire avec appréhension et inquiétude, explique Catherine Ponnou Delaffon, secrétaire de la section CFDT du centre hospitalier intercommunal de Compiègne-Noyon (CHICN). Dans l’Oise, premier département français touché par le Covid-19, les agents du CHICN sont encore traumatisés par la « première vague ». Elle a laissé des traces indélébiles. « Est-ce que ma vie vaut 1 300 euros par mois ? Pourquoi est-ce que je dois sacrifier ma vie personnelle ? » Ces interrogations, les militants de la section CFDT du CHICN les entendent de plus en plus fréquemment. Alors quand ils observent, impuissants, la hausse des nouveaux cas en France et dans le département, ils s’inquiètent et s’interrogent sur leur avenir. « À la différence d’il y a huit mois, nous savons désormais ce qui nous attend. Et nous ne sommes pas prêts à revivre ça. Nous sommes épuisés », insiste Catherine Ponnou Delaffon. « On est tous très fatigués, ajoute Sabrina Barré, aide-soignante et militante CFDT, tant physiquement, que psychiquement. J’ai l’impression de ne pas avoir eu les moyens de faire correctement mon métier. C’est très dur à vivre comme situation. J’aime mon métier, mais si c’était à refaire… » Une détresse qui vient s’ajouter à la recrudescence des arrêts de travail, pour cause de coronavirus, de suspicion ou d’épuisement. 326 professionnels, soit 15 % des effectifs du CHICN, ont été testés positifs depuis le début de la crise sanitaire. Certains en portent toujours les séquelles. « Je veux qu’on me redonne ma vie d’avant. Je veux retrouver mes collègues, je veux aider, mais je suis tétanisée par la peur », explique Sophie Potau-Mathias, aide-soignante qui a perdu 22 kilos et développé des douleurs pulmonaires et abdominales depuis son infection. « Pour les soignants, il y a un avant et un après-Covid. Ils ont pris conscience qu’ils n’étaient pas invincibles », insiste Catherine.

Les hôpitaux sont à flux tendu

Pendant que les effectifs subissent les conséquences du Covid, les patients eux continuent d’être admis. À Compiègne, comme ailleurs, les établissements et les équipes fonctionnent à flux tendu. L’embauche de plus de 15 000 agents (création de 8 000 nouveaux emplois et pourvoi de 7 300 postes vacants), prévue dans l’accord du Ségur de la Santé, signé le 10 juillet dernier, n’est pas encore une réalité. « Nous sommes en sous-effectifs, confirme Sabrina. Lorsque le Premier ministre Jean Castex annonçait, fin août, que « le système hospitalier était prêt à une éventuelle seconde vague en termes de lits, (…) de réanimateurs », la perplexité restait de mise chez les soignants. Partout, les repos sautent, les organisations du travail sont modifiées, le stress s’accumule. En Île-de-France, l’inquiétude grandit aussi chaque jour un peu plus. Au sein de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), alors que « le plan blanc » a été réactivé, la tension dans certains établissements de la région est déjà bien réelle. 40 % des lits sont actuellement occupés par des patients atteints du Covid. L’Agence régionale de santé estime que le chiffre pourrait atteindre 100 % dès la fin du mois d’octobre. La direction vient d’annoncer la suspension des congés de la Toussaint. La menace plane sur ceux de Noël. « S’ils sont contraints d’y renoncer, ils ne pourront pas tenir le coup, alerte Jean-François Mussard, secrétaire général de la CFDT AP-HP. D’autant que, cette fois, « nous ne pourrons pas compter sur le redéploiement et l’appui de renforts venus d’autres régions. On demande aux élèves de deuxième année de pallier les absences. Mais ce sont des élèves… Tout le monde se donnera au maximum... » Les soignants vont tenir. Mais pendant combien de temps ?

Les personnels de santé restent mobilisés

« Et nous ? » Entre le 1er et le 13 octobre, les agents et salariés des secteurs social, médico-social et sanitaire se sont mobilisés dans les territoires, dans les établissements publics et privés et sur les réseaux sociaux. Ils demandent l’ouverture d’un travail spécifique, comme prévu par l’accord du Ségur de la Santé. « Nous sommes en colère face aux injustices récurrentes que subissent les travailleurs du social et du médico-social » s’insurge Évelyne Rescanières, secrétaire générale de la CFDT Santé-Sociaux. Un ras-le-bol partagé par la fédération Interco CFDT qui demande aussi que ses agents et salariés ne soient pas les oubliés de la crise sanitaire. « Les pouvoirs publics et les chambres patronales doivent soutenir les professionnels de santé, plutôt que de semer la zizanie avec des primes », insiste Évelyne Rescanières. Dans les collectivités territoriales, par exemple, plusieurs métiers, occupés majoritairement par des femmes, échappent aux avancées obtenues par la CFDT : les agents sociaux, notamment les aides à domicile et les auxiliaires de soin. Des professions souvent peu reconnues, des personnels qui souffrent d’une grande précarité (temps non complet, horaires morcelés…) et qui jouent pourtant un rôle essentiel. « Leurs interventions professionnelles auprès des personnes âgées permettent pourtant à celles-ci de rester chez elle, dans un environnement social sécurisé, et évitent le placement dans des établissements spécialisés », insiste Catherine Blanc, secrétaire nationale de la fédération Interco. Ces injustices sont dénoncées par les soignants normands qui se sont fortement mobilisés.  « Nous ne pouvons pas accepter qu’il y ait deux poids deux mesures pour des salariés d’un même établissement, tonne Christelle Bigare, secrétaire générale du syndicat Santé-Sociaux Rouen-Dieppe-Elbeuf. Un agent qui travaille dans un service de soin bénéficie des fruits du Ségur, notamment les 183 euros mensuels supplémentaires, mais un agent travaillant dans une unité médico-sociale au sein de cet établissement ne touche pas cette augmentation. Un non-sens total ! »

glefevre@cfdt.fr 

photo © Réa