Covid-19 : Pour les cadres le télétravail n'est pas toujours tout rose

Publié le 30/03/2020

Confinés et heureux les cadres ? Pas vraiment. Sur fond de polémique entre « cols blancs » et « cols bleus », les cadres sont tout autant menacés par la crise actuelle que ce soit dans des TPE, des PME ou bien dans les grands groupes. En ce moment, beaucoup de cadres sont déjà à l’arrêt, sans visibilité sur leur avenir.

Covid WebLe décret relatif à l’activité partielle du jeudi 26 mars 2020 va rassurer beaucoup de cadres au forfait jours qui pensaient ne pas y avoir droit. « La semaine dernière, j’ai reçu beaucoup d’appels de nos adhérents dont l’activité était remise en cause et qui disaient ne pas pouvoir bénéficier du chômage partiel. C’était la panique », confie Jena Tran, chargée de mission TPE/juridique à la CFDT Cadres. Le décret du 26 mars 2020 rend éligibles au chômage partiel les salariés au forfait en heures ou en jours dont l’entreprise ferme totalement ou partiellement mais aussi en cas de réduction d’horaire. Sachant que 99,8% des entreprises françaises sont des PME (entreprises de moins de 250 salariés) dont 95% sont des TPE (moins de 10 salariés), les cadres sont fortement impactés par la crise sanitaire et ses conséquences économiques. « Plus de clients, plus de commandes, c’est une hécatombe, certains cadres subissent des pressions pour qu’ils démissionnent », poursuit Jena Tran.

Premiers constats relatifs au confinement

Incontestablement, ça se passe mieux là où il y a un CSE. Les cadres des grandes entreprises bénéficient parfois d’un plan de continuité de l’activité, d’un accord télétravail, d’une sécurité relative de l’emploi. C’est beaucoup plus compliqué pour les petites entreprises. Par exemple, sur le sujet des congés imposés : en l’absence de CSE, d’accord d’entreprise ou de branche, c’est la décision unilatérale du chef d’entreprise qui s’applique. « Je leur conseille aussi de négocier tout ce qui est possible avec leur employeur : l’heure est au dialogue, pas au conflit. L’employeur peut avoir un intérêt à fidéliser ses salariés pour que l’activité reprenne dans quelques semaines dans de bonnes conditions. »

Toujours est-il que, dans les TPE, la gestion de crise n’est pas la même que dans les grandes entreprises : les cadres ne sont pas forcément bien équipés pour travailler de chez eux, et même lorsqu’ils ont les bons outils, ils ne peuvent pas toujours organiser le travail à distance.

Autre constat : entre arrêts de travail pour maladie ou garde d’enfants, le manque de bras se fait cruellement sentir dans les équipes, et ce, quelle que soit la taille de l’entreprise. Cadre opérationnel chez Chronopost à Roissy, Arnaud encadre d’ordinaire trois personnes aujourd’hui confinées. « Du coup, je suis tout seul et je ne veux pas laisser tomber une activité que j’ai mis des années à mettre en place : je charge les palettes moi-même, je touche des colis. Nous expédions du matériel médical dans les DROM, c’est important de ne pas les abandonner. » Elu CSE, il a pu exiger et obtenir de sa direction la mise en place de gestes barrières (gel, masques, gants, marquage au sol devant les portiques, palpation des personnes par l’arrière aux douanes, etc.) au terminal de Roissy où il officie mais son inquiétude est de tenir dans la durée. Six semaines tout seul, ça va être long…

Le télétravail, pas tout rose non plus

Toutes les entreprises ont demandé aux salariés dont les postes sont éligibles de télétravailler. Résultat : les problèmes de connexion se multiplient. Les salariés ne sont pas tous équipés comme il le faudrait, notamment pour des raisons de sécurité des données informatiques. Certains ne peuvent lire leurs mails que sur leurs smartphones… Les questions sur la mise en place du télétravail sont donc très nombreuses, comme pour ce cadre qui travaille la nuit. Confiné chez lui, il doit pouvoir s’occuper de ses enfants le jour (sa femme est en télétravail toute la journée) et télétravailler la nuit…pas si simple… Avec la fermeture des écoles, les cadres ne comptent plus leurs heures entre la classe à la maison et le souci de bien faire leur travail.

cnillus@cfdt.fr