Covid-19 : Plainte contre Teleperformance pour sa gestion inacceptable de la pandémie

Publié le 05/05/2020

Le 16 avril, la fédération syndicale internationale UNI, à laquelle adhère la CFDT, engageait une procédure auprès de l’OCDE contre le leader mondial des centres d’appels pour violations des droits à la santé et la sécurité des travailleurs dans au moins 10 pays où la multinationale est implantée. En cause : une gestion inacceptable lors de la pandémie de Covid-19.

Le contentieux entre UNI Global Union et le leader mondial des centres d’appels Teleperfomance ne date pas d’hier. Le comportement pour le moins négligeant voire méprisant de l’entreprise vis-à-vis des conditions de travail et de sécurité de ses 331 000 salariés (la multinationale est présente dans 80 pays) avait déjà fait réagir la fédération syndicale mondiale, qui regroupe 900 syndicats dans 150 pays, et à laquelle adhère la CFDT. Et ce, à de nombreuses reprises. Mais la gestion non seulement désastreuse mais inhumaine dans certains pays de la crise du Covid-19 par Teleperformance a conduit UNI à engager une procédure devant l’OCDE. Le 16 avril, UNI déposait « une notification de circonstance spécifique », égrenant sur 22 pages tous les manquements et violations à la santé et à la sécurité des travailleurs dans au moins 10 pays, lors de la pandémie. On y lit avec effarement qu’aux Philippines, les travailleurs des centres de Teleperformance ont été contraints de rester sur leur lieu de travail, de dormir dans les couloirs et les zones de travail, pendant les 30 jours du couvre-feu lié au coronavirus imposé par le gouvernement du pays. Menacés de ne pas être payés s’ils ne travaillaient pas, ils ont été forcés de rester sur place par peur de perdre un revenu essentiel pour eux-mêmes et pour leurs familles. En Colombie, Teleperformance n’a pas fourni de mesures protectrices appropriées pour éviter le surpeuplement ni fourni d’équipements de protection individuels (EPI) suffisants, entre autres griefs. En outre, en licenciant les travailleurs qui venaient exprimer leurs inquiétudes. Le document détaille en outre comment, au Royaume-Uni, en Grèce, au Portugal, en Inde ou en France, les droits les plus élémentaires des travailleurs n’ont pas été respectés.

Droit de retrait

En France, où le groupe compte 13 centres (et sur lesquels travaillent 2 758 salariés), de nombreux droits de retrait ont été observés. De l’avis même de la déléguée syndicale centrale, Fabienne Roussel, « la direction a été totalement prise au dépourvu. La mise en place des conditions de sécurité ont tardé ». Un comble quand on sait que c’est l’entreprise Teleperformance qui gère le numéro d’appel d’Urgence gouvernemental Covid. Une enquête de l’Inspection du travail, citée dans la requête déposée à l’OCDE, est sévère : « Teleperformance ne respecte ni les mesures sanitaires prises par les autorités ni les mesures de prévention prise dans le cadre de son évaluation des risques […] Cette inaction est de nature à exposer les salariés à un risque sérieux, grave et imminent d’atteinte à leur intégrité physique et constitue un manquement à son obligation de garantir la santé et la sécurité des salariés ». Les salariés du centre de Belfort (qui a dû être fermé à deux reprises car des salariés ayant contracté le virus ont été détectés) ou de Blagnac, ont notamment évoqué que les distances de sécurité sur les plateaux n’étaient pas respectées, les postes insuffisamment nettoyés, etc.

A la différence d’Amazon, dont l’incurie vis-à-vis de ses salariés a été portée devant la justice française (et qui a d’ores et déjà donné lieu à décision par le tribunal de Nanterre puis par la cour d’appel de Versailles), la procédure devant l’OCDE n’a pas de valeur contraignante. Mais sa portée, symbolique, n’en n’est pas moins indispensable pour le respect des droits des travailleurs.

epirat@cfdt.fr