Covid-19 : Pendant cette crise “aucun sans-abri ne devrait être livré à lui-même”

Publié le 06/04/2020

À Paris, pour les personnes sans-abri le confinement est une illusion. Confrontées à la fermeture de certains établissements d’accueil, les personnes vulnérables se retrouvent de plus en plus isolées. Face à cette situation, les agents de la Bapsa (la brigade d’assistance aux personnes sans-abri) poursuivent leurs maraudes et accompagnent ces citoyens « oubliés » de la République. Une mission plus que jamais essentielle pour cette fonctionnaire et militante d’Alternative Police CFDT.

Comment la brigade assure-t-elle ses missions pendant la crise ?

Nous sommes tous les jours sur le terrain, de 6h30 à 23h00. Avec la cinquantaine d’agents de la brigade, nous pouvons poursuivre nos missions de maraude dans les rues de la capitale. En temps normal, nous effectuons des transferts vers le centre d'hébergement et d'assistance aux personnes sans-abri (Chapsa) de Nanterre, pour qu’elles puissent recevoir un repas, prendre une douche et passer une nuit au chaud. Malheureusement le centre ne peut plus faire face à l’afflux. Les hébergements d’urgence sont débordés, certains fermés, d’autres ont réduit leur service, supprimant les cafés et les petits-déjeuners par exemple. C’est injuste !

Les personnes sans-abri subissent une double peine.

Oui. Déjà, en temps normal, ils sont laissés pour compte, mais aujourd’hui c’est encore plus flagrant. Ils deviennent invisibles. Ça devient compliqué pour eux d’accéder au minimum vital. On fait de notre mieux pour leur expliquer la situation. Ils sont plutôt compréhensifs parce qu’ils nous font confiance et qu’ils nous connaissent. Ils voient bien que malgré le COVID-19, on continue de venir les voir. Nous parlons beaucoup avec eux. On fait en sorte qu’ils gardent leurs repères. Avec nos sourires et nos visites, nous en sommes un ! Ils savent que nous sommes là pour les protéger et qu’on ne les abandonnera pas.

C’est une situation compliquée à vivre pour les agents ?

Ça nous désole de ne pas avoir d’alternatives pérennes à leur proposer. Il faut trouver des solutions qui soient viables sur le long terme! De notre côté, on fait de notre maximum, mais on se sent impuissant. Dans la rue, ce sont des enfants, des femmes et des familles qui sont livrés à eux-mêmes. C’est dur. On ne peut pas accepter ça. Ça ne devrait pas arriver ! Mais ça nous conforte quant à l’importance de nos missions et du rôle de la brigade !

Comment vois-tu la sortie de crise ?

Dans un monde idéal, il faudrait plus de travailleurs sociaux. Sans leur travail quotidien, ce serait dramatique, ce serait le néant pour les personnes sans-abri. Les gens ne se rendent pas compte de l’ampleur du phénomène. Il faudrait aussi plus d’agents au sein de la brigade. C’est difficile de faire face à tous les besoins. [La mairie de Paris a comptabilisé 3 641 personnes sans-domicile fixe lors de la nuit des solidarités en 2019]. Une fois que ça sera terminé, il sera urgent d’améliorer l’accompagnement et la prise en charge des sans-abris. La solidarité ne doit pas être qu’un vain mot. Les personnes sans-abri sont des citoyens comme les autres.

Propos recueillis par glefevre@cfdt.fr

©Photo Stéphane Vaquero