Covid-19 : “On prend enfin conscience de l’utilité de notre métier ”

Publié le 07/04/2020

Agent de la fonction publique territoriale au centre intercommunal d’action sociale (CIAS) du Pays de Fénélon (Dordogne) et secrétaire de la section CFDT, Émilie, aide à domicile, rend quotidiennement visite aux personnes les plus fragiles. Une présence indispensable et plus que jamais nécessaire.

Covid Web« On ne s’arrête pas ! lance Émilie Florance. Nous avons notre conscience professionnelle, même si nous avons peur. Peur pour nous, peur pour nos familles et peur pour les personnes que nous visitons. Mais nous devons être là tous les jours pour nos bénéficiaires. Un rendez-vous quotidien particulièrement attendu par les personnes âgées. En ce moment, ils ont plus que jamais besoin de nous, pour certains d’entre eux, nous sommes leur unique lien social. Ils sont effrayés par tout ce qui se passe. Ils ont peur d’être abandonnés, de se retrouver seuls et d’être livrés à eux-mêmes. On les rassure comme on peutIls sont soulagés de savoir qu’on reviendra demain ».

Consciente des contraintes et des risques inhérents à sa mission, notamment pour ses proches, cette mère de deux enfants, de 13 et 9 ans, reste professionnelle jusqu’au bout. Un engagement qu’elle a hérité de ses parents et qu’ils continuer de lui prouver au quotidien. Diabétiques, et donc à risque, ils assurent la garde de leurs petits-enfants pendant que leur fille est au travail : « Tu as un métier important. Les gens ont besoin de toi. Tu dois y aller. Nous on est là-derrière pour t’aider et te soutenir. »

Le soutien précieux de sa « tribu » lui permet d’être sur tous les fronts. « L’appui et le boulot que fait le syndicat Interco 24 sont aussi très précieux. Ils se rendent disponibles et nous communiquent toutes les informations utiles. Heureusement qu’ils sont là. » Coup de fil sur son temps personnel pour prendre des nouvelles d’un bénéficiaire ou répondre aux interrogations des collègues, les raisons d’être accrochée au téléphone sont très nombreuses. Les aides à domicile s’inquiètent du manque de matériel, si les masques et blouses sont bien distribués, ils le sont en quantité insuffisante.

Autre sujet d’angoisse, les rémunérations. La crise sanitaire a impliqué une réorganisation des plannings et une baisse du temps de travail. Alors que les salaires ne sont pas à la hauteur de l’engagement des aides à domicile, Émilie s’inquiète des conséquences financières de cette mesure sur le pouvoir d’achat des agents; l’occasion pour la syndicaliste de dénoncer la précarisation du secteur et le recours régulier aux contractuels. « Si une aide à domicile ne dit pas oui à tout, ça peut rapidement être compliqué pour elle d’avoir des heures ou d’envisager une carrière. Ce n’est pas acceptable. Il faut que ça change. Si on doit trouver un côté positif à tout ça, c’est celui-là : comme on parle de nous à la télévision, ça va peut-être enfin faire bouger les choses. » Et changer les mentalités.

Jusque-là nous étions considérées comme des bonniches. Nous montons d’un grade”

L’aide à domicile reçoit de nombreux remerciements, notamment de la part des familles. Une nouveauté. « Avec tout ce qui se passe les gens se rendent compte de tout ce qu’on fait ! En plus de l’entretien courant, on tient compagnie et on remonte le moral. » Emilie espère que cette exposition médiatique bénéficiera à l’ensemble de la profession. « On parle enfin de nos conditions de travail, on nous associe même au personnel médical. Nous sommes montés d’un grade ! D’habitude on nous considère comme des bonniches. » Alors que l’employeur public compte sur ses personnels, Emilie espère que le dialogue social sortira renforcer de cette crise. « Les échanges avec les élus sont constructifs. Ils ont pris conscience du rôle que nous avions à jouer. Cela devra continuer une fois l’épidémie passée. » Revalorisation des salaires, lutte contre la précarité, reconnaissance des qualifications, après la crise, les chantiers à traiter seront nombreux. « Nous voulons être reconnues comme un membre à part entière de la famille médicale ! »

glefevre@cfdt.fr