Covid-19 : “Nous ne sommes pas prêts ”, l'appel au secours d'un infirmier de l'APHP

Publié le 02/04/2020

 À l’hôpital Émile Roux (Assistance publique - hôpitaux de Paris), de Limeil-Brévannes, dans l’Essonne, les 1 400 personnels attendent avec anxiété de faire face à un afflux de patients. Manque de matériel, absence de dépistage, injonctions contradictoires, « nous ne sommes pas prêts », confie Thierry Bourrier, 53 ans, infirmier en unité de long séjour et militant CFDT. Rencontre.

Covid WebAlors qu’un service dédié au Covid-19 a été mis en place dans l’établissement, Thierry Bourrier pointe les défaillances du cloisonnement. « Les patients sont mélangés, tout le monde se croise, les risques de contamination sont évidents », déplore l’infirmier, après l’apparition de cas de coronavirus chez plusieurs personnels soignants de l’hôpital. Si les agents comprennent l’urgence de la situation et les difficultés inhérentes, ils regrettent que les informations et la communication de la direction se fassent au compte-goutte. Par ailleurs, les ordres et contrordres, dispensés de manière autoritaire par certains cadres, se multiplient. L’organisation et le temps de travail ont complétement été bouleversés. Les organisations syndicales ont été mises devant le fait accompli. « Les agents feront ce qu’ils savent faire le mieux : s’adapter. Encore une fois ce sont eux qui payent pour les manquements de la direction. »

Les personnels malades renvoyés au travail

« Nous sommes livrés à nous même, soupire Thierry. Nous ne savons pas vers qui nous tourner pour avoir des consignes claires. Si j’ai une question, je ne sais pas à qui la poser. » L’infirmier est inquiet, diabétique hypertendu, il fait partie des personnes à risque. « Je suis censé ne pas m’occuper de patients porteurs, mais s’il y a dans mon service et que je suis seul ? Et bien je devrais intervenir. » Ce n’est pas la seule incohérence. « Nous utilisons les mêmes ascenseurs, nous nous rendons dans les mêmes endroitsNous sommes forcément exposés. » La confusion règne et les craintes grandissent. « Nous sommes les grands oubliés ! Les collègues sont désorientés. Il y a une grande détresse et des interrogations par dizaine. » Malgré les annonces et les promesses, les tests de dépistage ne sont pas systématiquement réalisés. « Alors que certains collègues présentent des symptômes, le test leur est refusé. On les renvoie travailler ou chez eux, malgré les risques que cela fait peser, sur les patients, sur les familles et sur les collègues. Une décision potentiellement dangereuse sur le long terme. Malgré tout ça, nous ferons le travail, nous donnerons de notre temps. Nous ferons tout pour aller au bout. On tiendra. Mais jusqu’à quand ? » A la sortie de la crise, il faudra rendre des comptes. Thierry Bourrier alerte sur un point en particulier. Le recours aux contractuels, en plus d’accroitre la précarité des personnels, s’est normalisé ces dernières années dans l’établissement, il s’interroge sur l’avenir de ces agents. « Alors qu’ils sont en première ligne, comment seront-ils remerciés ? »

glefevre@cfdt.fr