Covid-19 : L'industrie face à un arrêt de l’activité très inquiétant

Publié le 08/04/2020

Mise à part l’électronique, tous les secteurs de l’industrie sont à l’arrêt ou presque. Une situation temporaire, mais qui soulève de grandes inquiétudes pour l’avenir. Alors que les usines françaises commençaient à peine à relever la tête après une décennie noire, cette nouvelle crise risque de fragiliser à nouveau tout le secteur productif français.

Depuis le début de crise, le dialogue social dans la métallurgie fait la preuve de son efficacité. Après avoir publié une déclaration commune dès le 20 mars appelant au « rassemblement » pour assurer la sécurité des salariés et la reprise de l’activité, le patronat, la CFDT, la CGC et FO ont conclu le 3 avril dernier un accord sur les congés payés, la durée du travail et les jours de repos dans les prochains mois. Dans ce texte, les partenaires sociaux réaffirment leur volonté de faire du dialogue social un levier essentiel pour trouver les solutions les plus adaptées à cette période de crise difficile pour les entreprises et les salariés.

A l’exception notable de la CGT qui continue de revendiquer l’arrêt total de toutes les activités industrielles jugées non stratégiques, patronat et organisations syndicales sont sur la même ligne depuis le début de la crise sanitaire. Priorité est donnée à la sécurité des salariés tout en mettant tout en œuvre pour préserver l’activité quand cela est possible. « Nous ne sommes pas pour l’arrêt des usines car cela peut être fatal dans certains cas, insiste Stéphane Destugues, secrétaire général de la FGMM-CFDT. Il y a un vrai risque qu’elles perdent des marchés et ne s’en remettent que très difficilement. Il faut dès à présent préparer la reprise. »

La sidérurgie dans la tourmente

A l’exception de l’électronique qui poursuit en mode « dégradé », le choc est brutal. L’aéronautique tente de reprendre difficilement, mais l’automobile est à l’arrêt comme la construction navale et la sidérurgie. Pour ce dernier secteur, le stade est au-delà de l’inquiétude. La crise est en train de mettre à l’arrêt l’ensemble des hauts-fourneaux français. ArcelorMittal a annoncé la mise en sommeil de ses sites de Fos-sur-Mer et de Dunkerque jusqu’en décembre 2020, laissant craindre une réorganisation de toute la production d’acier de la multinationale qui pourrait se faire au détriment de la France. Des milliers d’emplois qualifiés sont en jeu. La fermeture des hauts-fourneaux de Florange l’a bien montré, laissez s’éteindre l’activité, même temporairement, comporte des risques à un moment où l’Asie est en train de sortir du confinement et va être prête à inonder le marché d’acier à bon prix. « Si l’épidémie appelle des mesures fortes pour contenir sa propagation, les décisions d’ArcelorMittal en Europe et plus particulièrement en France surprennent par leur ampleur, souligne la CFDT du groupe qui soulève une question essentielle. S’agit-il de mesures proportionnées à la crise sanitaire ou d’une opportunité saisie par le leader de la sidérurgie mondiale pour peser sur les conditions de son implantation territoriale en Europe ? ».

A l’heure où les pouvoirs publics parlent de relocalisation de l’activité et de diversification des sources d’approvisionnement, la sidérurgie est un cas d’école dont devra s’emparer le gouvernement. « Nous ne transigerons pas sur la sécurité des salaries, conclut Stephane Destugues. En revanche, nous sommes prêts à examiner toutes les modalités pour maintenir ou faire redémarrer les usines. De nombreuses entreprises commencent à réunir des CSE pour négocier des accords de reprise. C’est un signe encourageant après ces premières semaines d’arrêts. »

jcitron@cfdt.fr