Covid-19 : [Hôpital d’Orléans, semaine 7] “Les affaires syndicales reprennent !”

Publié le 08/05/2020

Au centre hospitalier régional d’Orléans, mille et une questions se posent à la veille du déconfinement. A l’écoute, les militants CFDT ont listé une série de revendications. La première d’entre elles, une meilleure reconnaissance des agents.

Retrouvez les épisodes précédents :
17 mars : Le calme avant la tempête
27 mars : Les soignants en ordre de bataille
3 avril : La solidarité au plus fort de la crise
10 avril : "On est épuisé et les tensions montent"
17 avril : Bientôt la fin du tunnel ?
23 avril : Entre pice de la crise et retour à la normale

« Si je n’ai pas de solution de garde pour mon enfant, je fais comment la semaine prochaine ? » La question revient souvent aux oreilles des militants CFDT de l’hôpital d’Orléans, à quelques jours du déconfinement. « Le personnel est à 98% féminin, et comme chacun sait, les femmes sont encore très impliquées dans la garde des enfants... » souligne, pince sans rire, Chantal Blanchet, déléguée syndicale. L’école a certes continué de fonctionner pour les enfants de soignants mais l’accueil mis en place à l’hôpital, qui couvre une plage horaire plus large, va cesser à partir du 11 mai. Il était pourtant bien utile, ouvert de 6 heures à 22 heures, samedi et dimanche compris, recevant chaque jour en moyenne une quinzaine d’enfants de 4 à 12 ans.  « Certaines écoles ne rouvrent pas et la plupart n’offrent pas de solution pour l’accueil périscolaire, constate Chantal. Nous ne savons pas encore de quelle façon les absences des parents de jeunes enfants seront prises en compte. »  

Une question en amène une autre : dans quelles conditions l’activité du Camsp, centre d’action médico-sociale précoce, où cet accueil avait élu domicile, va-t-elle reprendre ? Trois cents enfants dont beaucoup sont porteurs de handicap y sont régulièrement suivis en psychologie, orthophonie ou kinésithérapie. Chantal, qui y reprend son service en tant qu’éducatrice de jeunes enfants, anticipe une forte demande des familles, dont certaines ont connu de grandes difficultés pendant le confinement. Organiser les salles d’attente de façon à éviter tout contact sera compliqué.

Quelles protections après le confinement ?

Les mesures de protection des agents et du public en vue de la réouverture complète de l’hôpital est le sujet du moment. Le retour en grâce de l’hygiaphone un temps évoqué a fait long feu : « les médecins disent que cela ne sert à rien... » La rubalise et le plexiglass deviennent les ressources clés pour sécuriser la circulation dans cet hôpital dont l’architecture intérieure privilégie les vastes espaces ouverts, à commencer par la « rue médicale », artère centrale de 700 mètres de long. « Nous allons devoir protéger nos administratifs, nos agents d’accueil et nos secrétaires, » s’inquiète Chantal. Les médecins recommandent pour ces dernières le port de la blouse, mais elles ne disposent pas de vestiaire... Mille et une questions d’ordre pratique se posent chaque jour, portées devant le CHSCT par les militants CFDT.

Ceux-ci se sont retrouvés avec plaisir dans leur local syndical, de nouveau ouvert tous les jours, puisque chacun a récupéré l’intégralité de ses heures de délégation. « C’est le retour aux affaires syndicales, » note avec satisfaction Chantal. L’une des priorités de la section est de veiller à ce que les agents soient récompensés de leur investissement exceptionnel pendant toute la durée de la crise sanitaire. La prime de 1000 à 1500 euros annoncée par le Premier ministre fait l’objet de spéculations diverses. « On regarde tous les jours si un décret n’est pas tombé, note Chantal. On ne sait pas qui va y avoir droit, pour quel montant. Nous attendons des éclaircissements sur cette question. » 

Quid de la prime de 1000 à 1500 euros ?

A l’hôpital, les bruits courent. La fameuse prime du gouvernement, mais aussi d’autres rétributions, parfois minimes mais dont la portée symbolique est importante, sont en jeu. Les personnels vont percevoir une prime de contagion, prévue dans un contexte d’épidémie. D’un montant de deux à trois euros, elle peut être appliquée à des taux différents selon le degré de risque encouru. « Dans le cadre de la cellule de crise, les médecins prennent les mesures liées au Covid mais abordent également d’autres sujets. Nous avons appris qu’ils sont en train de discuter de la répartition de cette prime parmi les personnels, poursuit la déléguée syndicale. Or tous les agents ont été exposés, tous y ont droit. Nous avons exprimé notre désaccord dans un courrier à la direction générale. Ces questions doivent être traitées dans le cadre du dialogue social. » Pendant toute la durée de la crise, les médecins de l’hôpital ont eu les coudées franches car l’urgence imposait une prise de décision rapide. « Nous assistons à un retour en force du pouvoir des médecins, remarque Chantal. La cellule de crise doit gérer le Covid. Les instances représentatives doivent être respectées. A chacun son rôle. »

Le retour du travail syndical

La liste de revendications de la section ne s’arrête pas là. La section souhaite le paiement ou la récupération d’une demi-heure par jour perdue pour les agents, car elle est systématiquement grignotée sur la pause de midi. Elle demande également « la mise en stage massive des CDD » au nombre de 800 dans l’établissement, en vue de leur titularisation. Une attention particulière doit être portée au recrutement dans les Ehpad dépendant de l’hôpital. « Nous nous sommes rendu compte que certains de nos agents sont dans la misère, se désole Chantal. Ils sont embauchés à 75% du Smic. » Autre sujet qui peut sembler mineur, la prime de 2 euros 71, censée permettre aux agents d’acheter des chaussures réservées au service, n’est attribuée qu’à un tiers du personnel. « Quand je demande qu’elle soit étendue à tous, on me répond que ce n’est pas possible, que le coût global nous ferait perdre deux postes... »  Autant de détails révélateurs d’une politique d’économie menée jusqu’à l’absurde à l’hôpital public.

Ces sujets syndicaux, récapitulés dans un courrier adressé à la direction, seront abordés au cours des semaines qui viennent. Le répit accordé par l’accalmie de l’épidémie le permet. Une situation fragile, cependant. « Nous avons encore 100 patients en service Covid, 28 en réanimation, 15 en soins de suite, rappelle Chantal. Quand l’épidémie s’est déclarée, nous avons dû improviser dans l’urgence. Aujourd’hui, l’hôpital sait comment procéder, en cas de deuxième vague, nous sommes capables de réarmer des services. » Une perspective que personne ne souhaite voir se réaliser. Soignants, non-soignants, tous ont traversé la tempête, ils aspirent maintenant au retour de jours meilleurs.

mneltchaninoff@cfdt.fr 

photo Réa