Covid-19 : [Hôpital d’Orléans, semaine 4] “On est épuisés et les tensions montent”

Publié le 10/04/2020

Quatre semaines d’une crise dont ils ne voient pas la fin. A l’hôpital d’Orléans, les soignants, mais aussi les personnels ouvriers et techniques, sont toujours aussi mobilisés. Les militants CFDT notent toutefois des signes de fatigue et de tensions.

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27 mars
3 avril

Comment tenir dans la durée ? La question est dans toutes les têtes à l’hôpital d’Orléans, en cette quatrième semaine d’une mobilisation hors norme contre l’épidémie de Covid-19. Le pic redouté s’est transformé en plateau. Les services de réanimation ne désemplissent pas. Dès que des lits se libèrent, l’hôpital se tient prêt à accueillir de nouveaux patients envoyés par les régions les plus engorgées. Comme dans la plupart des hôpitaux en France, les soignants n’épargnent ni leur temps ni leur énergie, s’adaptant rapidement aux nouvelles exigences dictées par la situation et redoublant d’ingéniosité pour parer au manque de moyens. La dernière trouvaille en date est l’utilisation de sacs poubelle pour se protéger les avant-bras, afin d’économiser les surblouses toujours aussi recherchées, aujourd’hui fournies par des couturières bénévoles de la région. « Les agents ont fait preuve d’un grand dévouement durant ces quatre dernières semaines, résume Chantal, déléguée syndicale CFDT. Nous n’avons plus de planning, plus d’horaires, nous avons tous donné nos numéros personnels pour être prêts à rejoindre nos collègues dans la demi-heure. Le problème, c’est que le flux de patients ne va pas baisser. Nous sommes en train de réaliser que la crise s’inscrit dans le temps. »

Les congés… quels congés ?

Il faudrait pouvoir souffler un peu. En ce début de vacances de Pâques, la question des congés est d’actualité. Céline, infirmière à l’unité tampon qui accueille les patients en attente de diagnostic Covid, a sacrifié sa semaine de vacances. « Nous allons récupérer ces jours, mais quand ? » lâche-t-elle, dubitative. Certains maintiennent leur congé et tentent de se ressourcer chez eux, de passer un peu de temps avec leurs enfants actuellement eux aussi en vacances. Pas facile d’avoir l’esprit tranquille... « Les cadres ont tendance à les rappeler, ils se disent que puisqu’ils sont confinés, ils peuvent tout aussi bien venir donner un coup de main. Nous sommes en train de réfléchir à des gardes fous garantissant le droit à la déconnexion. » Quant aux congés d’été, personne ne sait encore sur quoi pouvoir compter. « Tout dépend des mesures prises au moment du déconfinement, indique Christophe, militant CFDT, assistant régulateur au Samu. Nous redoutons tous un rebond de l’épidémie, ce risque n’est pas à écarter. »

Lassitude et anxiété

Manque de visibilité sur les congés, heures supplémentaires « payées au lance-pierre », au-delà des soignants, la lassitude gagne tous les personnels de l’hôpital, agents d’entretien, personnels des cuisines, de la lingerie, des plateaux logistiques, qui eux aussi sont exposés et doivent assumer une charge de travail supérieure à la normale. La crainte d’être contaminé s’ajoute à la fatigue. « Nous avons décidé de ne plus jeter les surblouses des soignants après usage, nous les donnons à laver, explique Chantal. Malgré les protocoles de sécurité, les agents de la blanchisserie ont pris peur. Nous voyons, à la permanence que nous continuons d’assurer, des gens qui pleurent, qui sont à deux doigts de craquer. Les soignants sont habitués à être confrontés à la maladie et à la mort, ce n’est pas le cas de tous les personnels. »

Dans ce climat d’anxiété latente, le moindre incident peut dégénérer. « Nous recevons beaucoup de dons de la part d’entreprises de la région ou de simples particuliers, une biscuiterie nous a envoyé des boîtes de gâteaux que la direction a distribuées au personnel, raconte Chantal. Le partage a entraîné des disputes et des agents en sont même venus aux mains. » Autre anecdote révélatrice : des bons d’essence, offerts par le groupe Total, ont été attribués en priorité aux médecins exerçant au sein du service Covid. Là aussi, le mécontentement s’est manifesté de façon épidermique, sous la forme d’un ressentiment vis-à-vis des médecins et des cadres. « C’est le signe d’un sentiment de manque de reconnaissance chez les agents de catégorie C, observe la déléguée syndicale. De nombreux agents ont de faibles salaires et tout ce qui peut les aider à boucler les fins de mois est apprécié. » L’une des prochaines priorités de l’équipe CFDT est d’obtenir le paiement rapide et intégral des heures supplémentaires. « C’est presque un retour à la normale dans cette situation de crise, précise Chantal. Nous reprenons notre bâton de pèlerin de syndicalistes. » Le dialogue social sera plus nécessaire que jamais, à l’issue de cette crise qui aura marqué les corps et les esprits.

mnetchaninoff@cfdt.fr

photo Réa