Covid-19 : [Hôpital d’Orléans, semaine 3] La solidarité au plus fort de la crise

Publié le 03/04/2020

A l’hôpital d’Orléans, cette troisième semaine de lutte contre l’épidémie se place sous le signe de la solidarité. Toutes les énergies sont mises au service d’un même objectif, traverser la crise. Témoignages des militants CFDT, pleinement engagés auprès de leurs collègues.

Retrouvez les épisodes du 17 mars et 27 mars.

Mardi 31 mars. Deux patients Covid dans un état grave viennent d’être transférés à l’hôpital d’Orléans depuis la région parisienne, 6 sont arrivés de Reims. Le Centre hospitalier régional pousse les murs pour accueillir le plus grand nombre de malades possible. « Nous ne sommes pas encore débordés, mais cela ne va pas tarder, s’inquiète Céline, élue CFDT et infirmière. Le service de réanimation médicale était plein lundi, il reste quelques places en réanimation chirurgicale.» Au vu de l’évolution de l’épidémie dans le Centre Val de Loire, l’hôpital ne devrait plus être en mesure d’accueillir de nouveaux patients venus d’autres régions.

Face au besoin croissant de personnels médicaux, paramédicaux, d’appareils de réanimation et de matériel de protection, l’hôpital organise les solidarités. « Une centaine de soignants, venus de cliniques privées ou de la réserve sanitaire nous ont rejoints, » explique Chantal, déléguée syndicale. Les moindres pistes sont explorées. Un accord de coopération du CHR avec la Chine en est une. « Nous recevons tous les ans des médecins chinois qui viennent se former chez nous, indique Chantal. La direction étudie la possibilité d’en faire venir certains en renfort, avec leur matériel médical et leurs équipes de façon à ce qu’ils soient autonomes. » Côté équipement, on fait feu de tout bois. Une coopération efficace avec le privé a permis de récupérer des respirateurs inutilisés. D’autres ont été retrouvés dans des anciennes maternités de la région, fermées depuis peu. Les masques, le gel hydroalcoolique et les gants sont gérés au plus juste. Les surblouses en revanche, qui doivent être changées à chaque fois que l’on sort d’une chambre Covid, sont devenues une denrée rare.
« C’est dans les Ehpad de la région que la situation est la plus dramatique, à cause du manque de masques notamment, souligne Chantal. Nous nous sommes mis syndicalement à la disposition du personnel de ces établissements souvent dotés de peu de moyens. Nous avons sollicité de l’aide auprès de la direction de l’hôpital par mail, le lendemain, les Ehpad étaient livrés en masques. » 

12 heures par jour

Les militants CFDT, tous revenus à temps plein dans leurs services respectifs, n’en continuent pas moins d’être attentifs aux conditions de travail. « Le temps de travail est passé à 12 heures par jour, contre 8 auparavant, et à 10 heures pour les équipes de nuit, explique Céline. En revanche nous tenons à ce que les temps de pause soient respectés. » Elle-même est infirmière, affectée à « l’unité tampon Covid , » qui accueille les patients dans l’attente des résultats de leur test. Au-delà des craintes d’être contaminé, de la difficulté technique de travailler dans un service où les patients sont de passage car très vite réorientés en réanimation ou à leur domicile, certains détails rendent le quotidien plus pénible.  « Travailler douze heures de suite équipée d’une combinaison intégrale et d’un masque, avec des lunettes rapidement embuées, c’est difficilement supportable, tu as juste envie de te débarrasser de tout ça pour respirer ! » s’exclame Céline.

La section CFDT, désormais en lien permanent avec le service RH, tente de concilier au mieux la qualité de vie au travail et les nouvelles exigences. « Nous nous sentons davantage considérés comme des partenaires à part entière, précise Chantal, qui se félicite d’une communication plus fluide entre la direction et le syndicat. « Ils nous appellent assez souvent pour prendre la température des services ». Tout récemment, la discussion a porté sur le taux d’encadrement médical des patients Covid. « Habituellement, un binôme infirmière et aide-soignante peut prendre en charge 15 patients dans un service de médecine, explique Céline. Nous sommes descendus à 7 patients Covid par binôme en médecine et à 2 patients en réanimation contre 5 auparavant. La direction nous a passé un coup de fil : est-ce que 7 patients pour un binôme, cela vous semble raisonnable ? Nous avons consulté les agents, cette décision a été prise en concertation, et validée en CHSCT. »

Les soignants, mais aussi les ouvriers et les techniciens de l’hôpital, tout aussi impactés, continuent de manifester un haut niveau d’engagement. La CFDT tient à ce que cet investissement hors norme soit reconnu. « Je pense que la direction est consciente des efforts consentis par les agents, et nous nous apprêtons à discuter des formes que pourra prendre cette reconnaissance,» conclut Chantal.

mneltchaninoff@cfdt.fr