Covid-19 : [Hôpital d’Orléans, semaine 2] Les soignants en ordre de bataille

Publié le 27/03/2020

Le Centre hospitalier régional d’Orléans, encore peu touché la semaine dernière (voir notre article du 17 mars) fait aujourd’hui face à un afflux de patients Covid-19. Les militants CFDT cumulent service actif et action syndicale. Point sur la situation avec Chantal Blanchet, déléguée syndicale. 

Covid WebLe 19 mars, un seul patient atteint du Covid-19 était admis à l’hôpital d’Orléans. Sept jours plus tard, ils sont une centaine. Peut-être même plus, difficile de le savoir. « Les patients ne sont plus testés systématiquement, indique Chantal, déléguée syndicale CFDT. Les médecins disent que les tests ne sont pas fiables à 100%, car certains malades symptomatiques, testés négatifs dans un premier temps, se révèlent positifs trois jours plus tard. Nous n’avons pas suffisamment d’écouvillons (longs cotons-tiges) qui servent à pratiquer les prélèvements, nous devons les économiser. »

La région Centre Val-de-Loire ayant été atteinte plus tardivement par la vague d’épidémie, l’hôpital a eu un peu de temps pour s’organiser. L’établissement s’apprête aujourd’hui à recevoir des patients transférés depuis la région parisienne, où la situation est devenue critique.

La solidarité joue à plein

Comme tous les hôpitaux de France, le CHR d’Orléans se livre quotidiennement à des calculs au plus juste, au respirateur près. « Notre service de réanimation médicale compte 26 lits, tous transformés en lits Covid, dont 22 sont actuellement occupés. En réanimation chirurgicale, où nous recevons les personnes victimes d’infarctus ou d’AVC, nous n’avons plus qu’un seul lit disponible sur les dix du service, explique Chantal. Nous pouvons ouvrir en tout 256 lits, soit en soins intensifs, soit en réanimation, mais la difficulté est de trouver le personnel médical en nombre suffisant. »

L’appel lancé aux jeunes retraités et aux écoles d’infirmières n’est pas resté lettre morte. « Les élèves infirmières sont venues en renfort, sur la base du volontariat, et plus de 600 anciens agents de l’hôpital se sont également portés volontaires, nous ne nous attendions pas à une telle solidarité », se réjouit Chantal.

Les soignants arrivés à la rescousse doivent être formés rapidement aux compétences spécifiques exigées par exemple en service de réanimation. « Le personnel hospitalier dans son ensemble fait preuve de beaucoup de bonne volonté et d’une grande adaptabilité, souligne Chantal. Chacun prend sa part. Les aides-soignantes se chargent de désinfecter le mobilier, les personnels de sécurité examinent les autorisations d’entrée dans l’établissement, les techniciens chargés de stériliser le matériel distribue les masques dans les services. Les agents sont très investis et mobilisés. »

Cela n’empêche pas les crispations occasionnelles dans les services. La protection des soignants contre le virus est une priorité difficile à assurer. « Nous manquons de masques FFP2, réservés au Covid, de charlottes et de combinaisons. L’armée nous a livré samedi un stock suffisant de masques chirurgicaux. Nous avons pu en distribuer dans les Ehpad, qui dépendent du groupement hospitalier de territoire. »

Situation critique dans les Ehpad

La situation de ces maisons de retraite devient critique, autant pour les personnes âgées privées des visites de leurs proches que pour les personnels soignants. « Les résidents sont confinés dans leur chambre. Ceux qui souffrent de pathologie de type Alzheimer, dont l’une des caractéristiques est le besoin de déambuler, ne comprennent pas les consignes. Les soignants sont obligés de leur appliquer des mesures de contention, sur prescription du médecin bien sûr, mais c’est très mal vécu par les personnels. » À cela s’ajoute la flambée du virus, qui entraîne de nombreux décès. « Dans les Ehpad, on ne réanime plus. Même si c’était déjà le cas auparavant dans certaines situations, cela reste choquant. Les soignants sont habitués à accompagner les patients en fin de vie, mais pas de façon aussi brutale. »

Cellule d’aide psychologique

Face au risque de traumatisme psychique auquel s’exposent les soignants, la CFDT a demandé la mise en place d’une cellule d’aide psychologique, un dispositif exceptionnel prévu en cas d’attentat ou de catastrophe naturelle. Les 40 psychologues employés par l’hôpital ont déprogrammé leurs consultations habituelles et se mettent à la disposition des patients et des agents en souffrance. « Les soignants sont pour l’instant dans la maîtrise des ressentis et des affects, mais une fois la crise passée, nous risquons de voir des gens décompenser. Nous avons évoqué la question hier en CHSCT, organisé en visio-conférence. La psychologue du travail propose un questionnaire à relayer auprès de tous les agents, afin de remonter les situations à traiter en urgence et envisager la suite. »

La reconnaissance en maladie professionnelle du Coronavirus contracté par les soignants a rassuré la syndicaliste. « C’est important en termes de prise en charge des frais médicaux et des éventuelles séquelles », souligne Chantal. Quant aux annonces du président Macron, promesses d’investissement massif et de primes aux personnels, elles sont accueillies ici avec une pointe d’amertume. « Il aura fallu une catastrophe sanitaire majeure pour comprendre l’importance de l’hôpital public. »

mneltchaninoff@cfdt.fr

©Photo Hamilton/Réa