Covid-19 : [Hôpital d’Orléans, semaine 1] Le calme avant la tempête

Publié le 17/03/2020

A la veille de la décision de confinement général, la situation était encore sous contrôle à l’hôpital d’Orléans, dans une région encore relativement épargnée par le coronavirus. Le calme avant un tsunami redouté par les soignants. Témoignages.

Covid Web« Nous avons eu un premier cas de Covidis 19 début mars et depuis le virus se propage, explique Chantal, déléguée syndicale. Une soixantaine d’agents est maintenue à domicile, un médecin a été touché. » Le plan blanc a été activé, une cellule de crise se réunit deux fois par semaine. Les mesures de protection du personnel soignants ont été mises en place. « On a retiré les flacons de gel hydro alcoolique de toutes les chambres parce que les visiteurs les piquaient ! s’exclame Chantal. Chaque personnel soignant dispose maintenant de son propre gel et de son masque. »

Il est question de renforcer les équipes, au besoin en rappelant des jeunes retraités. Les militants CFDT ont décidé de façon unanime de se mettre à la disposition des cadres de santé. Chantal par exemple, éducatrice de jeunes enfants, a accueilli dès lundi matin les enfants de ces collègues. Dans ce moment de flottement entre la décision de fermer les écoles et l’annonce d’un accueil réservé dans les établissements scolaires aux enfants de soignants, la décision a été prise d’improviser une garderie à l’hôpital, en plus des trois crèches existantes.

Christophe, assistant de régulation au Samu, ne compte plus ses heures. Il est à pied d’œuvre depuis huit jours d’affilée. L’afflux d’appels au 15 est vertigineux. « En 20 ans de carrière, je n’ai jamais vu ça, je traite environ 200 appels dans la journée, c’est du non-stop. On fait sauter les jours de repos de tout le monde. » Sa grande crainte ? Que des patients ne parviennent plus à être pris en charge à temps, à cause de l’encombrement du 15. « Les délais d’attente sont longs et nous ne devons pas passer à côté de cas d’AVC ou d’infarctus, » souligne-t-il. Le moral est bon, pour l’instant. « Tout le monde se serre les coudes et on avance, il y a un engagement très fort, un effet galvanisant de la crise, ajoute Christophe. Mais il faut tenir sur la durée, physiquement. On sait très bien que quand on est fatigué, on est plus réceptif à la maladie.» Cette crainte diffuse d’être soi-même infecté ou de présenter davantage de risques de contamination pour les autres, enfants et conjoints, est partagée par tous les soignants. « Le virus ne s’arrête pas à la porte du domicile, » remarque Chantal.

Vanessa, aide-soignante au sein de l’unité mère-enfants, militante CFDT, comprend cette préoccupation. « Personnellement, je me sens prête à affronter cette crise à l’hôpital jusqu’au bout. Mes enfants sont grands. En revanche, les jeunes collègues qui ont des enfants en bas âge, parfois seules, n’ont guère d’autres solutions que de se faire arrêter par le médecin pour rester avec eux et s’en occuper. »

Côté syndical, l’équipe CFDT s’organise. « La priorité est de continuer de répondre aux questions de nos collègues, précise Cécile, elle aussi membre de la section et infirmière. Les interrogations sont nombreuses : qui appeler en cas de symptômes : le généraliste ou le médecin du travail ? Est-ce que le coronavirus est dans notre cas considéré comme une maladie professionnelle ? Au bout de combien de jours peut-on retourner au travail ? Nous n’avons pas réponse à tout. Les gens sont inquiets, en tant que soignants nous sommes en première ligne. »

mneltchaninoff@cfdt.fr